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Pédagogie différenciée à l'université : lancez-vous !

Quelques manières simples d'introduire de la diversité dans son enseignement universitaire, sans réinventer son métier

Par Christine Vaufrey , le 14 mai 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 25 avril 2017

Les amphis de plusieurs dizaines, voire centaines d'étudiants que l'on rencontre fréquemment dans l'enseignement supérieur se prêtent a priori mal à la pédagogie différenciée. Tout comme les cours communs aux étudiants de plusieurs disciplines, dans lesquels certains sont inévitablement plus forts que d'autres. Ou encore les cours mêlant adultes en reprise d'études et jeunes blancs-becs en formation initiale. 

 

S'appuyer sur les méthodes existantes -et sur les étudiants

Mais Amaury Daele, puisqu'il s'agit de lui, n'est pas découragé par ces configurations. Voici quelques années déjà, depuis son université de Lausanne, il fournissait quelques judicieux conseils aux enseignants qui sentent bien que la pédagogie monolithique n'est pas satisfaisante, mais qui pensent aussi qu'on-ne-peut-rien-y-faire-c-est-comme-ça-il-faudrait-tout-changer-que-voulez-vous-c-est-la-vie.

Il souligne qu'il ne s'agit pas d'individualiser l'enseignement, mais bien de le différencier. Autrement dit, l'enseignant propose quelques parcours différents, entre lesquels les étudiants choisiront selon leur niveau initial, leurs centres d'intérêt, leur propension au travail collectif, etc.

Il rappelle aussi que les étudiants disposent déjà d'une certaine autonomie, ce qui leur permet de prendre en charge certaines des tâches d'organisation de l'enseignement différencié. Ils peuvent le faire "par exemple en s’entraidant, en recherchant des ressources complémentaires, en s’évaluant l’un-e l’autre, en se répartissant le travail, etc."

Il insiste également sur le fait qu'il ne s'agit pas pour l'enseignant de tout inventer, mais plutôt de combiner et d'intensifier ce qui existe déjà. A mille lieux des images d'Epinal qui caricaturent l'enseignement universitaire, ce dernier n'est pas uniquement composé de cours magistraux. L'enseignement et l'apprentissage s'y distribuent sous de multiples formes : travaux de groupes, suivi individuel, stages, évaluation formative par les pairs, etc. Il convient sans doute d'extraire toutes ces techniques pédagogoiques des contextes dans lesquelles elles sont généralement mises en oeuvre et de les combiner pour varier et rendre son propre cours plus vivant, plus accessible aux étudiants dans toute leur diversité.


Combiner les supports, naviguer entre structure et synthèse

Les conseils d'A. Daele ont-ils été suivis ? Il ne le dit pas. En revanche, une enseignante à l'ENAP (Ecole Nationale d'Administration Publique, Québec) semble appliquer assez systématiquement une pédagogie différenciée avec ses étudiants. Les leçons de son expérience sont reprises dans le bulletin en ligne "Le Tableau", qui favorise l'échange de bonnes pratiques entre enseignants de niveau universitaire, publié par l'Université du Québec. Nancy Brassard en effet justifie la diversification de ses approches pédagogique par des arguments relevant des sciences cognitives (théorie des intelligences multiples) du'ne part, de la sociologie d'autre part (accès aux études supérieures d'étudiants aux parcours antérieurs de plus en plus diversifiés, qui intégreront eux-mêmes des professions et organisations exigeant des compétences diverses). 

Elle s'appuie sur la théorie des inteligences multiples dont elle retient deux éléments :

  • L'existence selon H. Gardner de 7 ou 9 formes d'intelligence,
  • Les deux procédés majeurs de traitement de l'information (séquentiel et simultané).
     

Elle a donc entrepris de diversifier ses séquences d'enseignement / d'apprentissage. De manière plutôt classique, elle veille à présenter l'information sous une forme visuelle en mêmle temps qu'auditive, d'alterner les travaux individuels avec les exercices de groupes, d'utiliser des espaces d'échange en ligne comme les forums ou les wikis pour faciliter le travail en groupes de pairs et l'expression de ceux qui ont une approche intrapersonnelle de l'apprentissage.

Elle veille aussi à organiser ses séquences de cours de manière à ce qu'elles "parlent" aussi bien à ceux qui traitent l'information de manière séquentielle qu'à ceux qui le font de manière simultanée. Ce qui implique de découper strictement le cours en segments ordonnés, tout en établissant des synthèses au début et à la fin.

Rien de bien terrible, donc. Tout enseignant devrait être en capacité d'adopter les préconisations d'Amaury Daele ou de Nancy Brassard, sans avoir le sentiment de réapprendre son métier. Cela suffira t-il à intéresser tous les étudiants, et même à améliorer la rétention et l'appropriation des informations communiquées ? La question reste posée. Mais ce n'est pas en ne faisant rien que nous y répondrons. 

Différencier son enseignement à l'université ? Amaury Daele, blog Pédagogie universitaire, mai 2009.

Pourquoi varier les approches pédagogiques ? Une réflexion de Nacy Brassard, professeure à l'ENAP. Le Tableau, volume 1 Numéro 1, 2012.

Photo : velkr0 via photo pin cc

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