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Bouger pour apprendre, Ouiiiii.

La dépense physique influence la qualité des apprentissages, justifiant largement le sport à l'école.

Par Julie Trevily , le 28 avril 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 27 mai 2015

Bien des parents se sentent particulièrement agacés par les postures remuantes, de nos chères têtes blondes lorsqu'elle apprennent - plus ou moins efficacement - leurs leçons.

Le parent a quitté depuis si longtemps l'enfance qu'il en oublie parfois qu'il a aussi allègrement gigoté sur sa chaise tout en répétant poésie ou autre table à mémoriser. A cette époque déjà, un adulte en face de lui le rappelait alors constamment à l'ordre : "arrête de t'agiter, installe-toi et concentre-toi!".

Désormais, les choses ont changé et même si le calme règne dans les salles de classe, d'aucuns pensent que pour apprende mieux et à long terme, il est important de cumuler activité intellectuelle et activité physique.

L'éducation kinesthésique

Ce principe a été inventé dans les années 1980 autour de l'idée selon laquelle le mouvement permet l'apprentissage dans des conditions optimales. Le terme est souvent utilisé sous l'appellation marketing «Brain Gym». Loin d'être une totale lubie, cette proposition s'appuie sur des exercices couramment réalisés hors des périodes pures d'apprentissage théorique par une grande majorité d'enseignants, en particulier à la maternelle.

Ces exercices de motricité ont à la fois des incidences sur la coordination, l'habileté manuelle ou encore la vision binoculaire. Ces éléments ont des impacts directs sur l'empan visuel nécessaire à la lecture ou à la motricité fine directement impliquée dans l'écriture.  

De la même manière, en introduisant des objets, comme des balles ou des cerceaux, l'enfant est habitué à tenir compte des éléments extérieurs pour s'adapter aux situations. Ils sont alors plus attentifs, plus réactifs et alertes ou tout simplement pour l'écoute et la compréhension dans la salle de classe.

La Brain Gym et l'éducation kinesthésique ne sont donc pas vraiment des nouveautés puisqu'elles s'appuient sur des phases déjà utilisées à l'école, la différence se situe essentiellement au niveau du moment de pratique. En faire une méthode stricte mêlant en permanence mouvement et apprentissage théorique semble discutable, toutefois, on constate que dans la pédagogie créative récente, la combinaison corps/apprentissage théorique se mêle de plus en plus.

Mens sana in corpore sano

Cet adage a traversé les millénaires pour affirmer que l'idéal de vie est "un esprit sain dans un corps sain". La preuve, une étude néo-zélandaise montre que des tests cognitifs sont meilleurs chez des sujets toniques et musclés.

En effet, savoir investir son corps amène une posture qui ouvre davantage à la découverte, à la détente. Tenir un crayon, présenter un exposé debout, manipuler des objets pour faire une démonstration sont autant d'activités qui demandent d'une part une bonne aptitude intellectuelle mais qui ont comme point commun d'autre part d'exiger une certaine aisance physique. On ne peut pas écrire bien et longtemps si le bras et le corps ne sont pas libérés.

De même, la confiance en soi qui autorise la prise de parole en public, pour réciter une poésie ou faire un exposé ne sont envisageables que par la pratique et la confrontation visible aux aléas.  Qui n'a pas entendu dire de quelqu'un "il est à l'aise dans son corps, il a de la chance!". Est-ce de la chance? Rien n'est moins sûr. C'est avant tout de la confiance en soi, des encouragements de l'extérieur, une bonne image de soi et une liberté d'utiliser son enveloppe charnelle sans crainte particulière.

Réciter, debout, face au groupe demande à la fois de retenir des mots, un ton, une signification, tout en assurant une représentation de soi en équilibre, instable. Dans une société qui juge, c'est une prise de risque : "et si je rate? que se passera-t-il? serai-je marqué à vie du sceau du ridicule?". L'angoisse de l'échec lui donne une consistance qu'un déséquilibre physique, un tic ou un stress trop important, qui consuisent à l'oubli de ce qu'on a appris si durement.

Apprendre en condition, avoir conscience de son coprs, le maîtriser au mieux sont des atouts pour la restitution, la concentration sur la diction et une attitude calme et assurée. L'amusement est aussi un moyen de fixer la théorie en mémoire : apprendre une poésie en sautant sur son lit peut donner un rythme au phrasé, tout comme jouer au ping pong en même temps.

Mêler intellectuel et physique pour mieux mémoriser

De nombreux sportifs de haut niveau répètent leurs performances dans leur tête, en effectuant physiquement les mouvements : mieux se souvenir du point de corde dans le virage, de l'endroit où fournir l'impulsion, de la position des mains ou des pieds... Par ailleurs, on constate que les sujets les plus jeunes qui pratiquent du sport plusieurs fois par semaine ont un volume d'informations mémorisé plus important.

C'est également valable pour les plus âgés puisqu'une étude montre que l'exercice musculaire a un effet bénéfique sur le déclin cognitif en augmentant la plasticité neuronale et vasculaire cérébrale. Il est donc important à tout âge de bouger et d'utiliser son corps pour apprendre ou ne pas déasapprendre. Enfin, le sport permet aussi d'agir sur la tension intellectuelle et sur l'anxiété en diminuant le taux de stress, tout en permettant des transferts de compétences entre disciplines. C'est aussi un apprentissage des règles et du respect qui serviront également dans la classe pour la vie du groupe.

Illustration : Kzenon - Shutterstock 

Références

Aerobic exercise boosts brain power - Springer Select
http://www.springer.com/about+springer/media/springer+select?SGWID=0-11001-6-1398641-0

Benefits of regular aerobic exercise for executive functioning in healthy populations -  Hayley Guiney, Liana Machado - Psychonomic Bulletin & Review - 2013
http://link.springer.com/article/10.3758%2Fs13423-012-0345-4

L'exercice physique dope le cerveau à tout âge - Martine Perez- Le Figaro
http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/12/24/19627-lexercice-physique-dope-cerveau-tout-age

De l’importance du corps pour apprendre - Brain Gym
http://apprendreaeduquer.fr/brain-gym-limportance-du-corps-apprendre/

L’éducation physique et sportive à l’Ecole : apprendre à agir en réfléchissant - Académie de Rennes
http://back.ac-rennes.fr/publica/BN58/Pages/BNdossInterw.htm

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