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Publié le 18 août 2019 Mis à jour le 19 août 2019

Comment l’éducation artistique peut développer la créativité et la curiosité des jeunes?

De la nécessaire (re) formation des professeurs d’art au Cameroun... et ailleurs

Dietmar Temps : Ethiopian Tribes, Suri @Flickr

L’Afrique dispose d’une énorme diversité et richesse culturelle et artistique. Cependant, des politiques culturelles inadéquates[1] ou désuètes ne cadrent point avec les besoins des populations locales de même qu’avec les exigences de la mondialisation. Au Cameroun, les beaux-arts n’ont pas forcément de beaux lendemains. Les professionnels de ces filières ne sont presque pas soutenus par les politiques culturelles en place. Face à l’absence d’un environnement favorable[2], de structures de production et diffusion adéquate et d’une consommation locale rentable, la plupart des praticiens des beaux-arts se voient contraint à l’exil. S’il est vrai, que l’art est souvent l’expression d’une passion, le créateur doit pourtant pouvoir en vivre et échapper à l’ombre de la pauvreté qui couvre la plupart de ceux qui pratiquent ce métier.

Cependant, l’exil, qu’il soit volontaire ou non, est une perte précieuse en capital humain et une menace pour la survie et le rayonnement de ces filières pour les générations de demain. L’enseignement est donc capital par sa double mission: d’une part, faciliter la transmission intergénérationnelle des savoirs, savoir-faire et savoir être ; d’autre part, relever le niveau d’éducation artistique et culturelle des populations culturelles et ainsi enrichir le secteur de l’économie culturelle.

Si les populations locales sont majoritairement peu intéressées par les artefacts culturels c’est parce qu’ils ne disposent pas suffisamment des clés de lecture pour décoder les signes esthético-poétiques de l’artiste. L’éducation artistique et culturelle est donc une étape clé sinon fondamentale pour le développement des industries culturelles et créatives. Quels sont donc les enjeux pédagogiques de l’enseignement des arts et comment pourrait-on améliorer les politiques culturelles actuelles.  

Les principes pédagogiques de l’enseignement des arts.

L'enseignement des arts exige que l’apprenant soit véritablement conscient de leur utilité en tant que matières d'apprentissage. Il doit, en particulier, être convaincu :

  • Que l'acte de création est avant tout un besoin qui enrichit les hommes et les femmes car il engendre une tension permanente entre leur esprit, leur vision, leurs mains et leur corps. C'est par conséquent un acte qui mobilise à la fois le corps et l'esprit ;
  • Que l’art développe énormément la créativité[3]. En effet, la créativité basée sur la culture est une composante essentielle d’une économie postindustrielle.
  • Que, pour s'épanouir, la créativité artistique nécessite beaucoup de liberté et d'initiatives personnelles, qui ne doivent pas être entravées par des approches pédagogiques traditionnelles d'autoritarisme et de coercition.

Cependant, comment est-ce que ces trois composants s’articulent-ils dans la formation des apprenants ou professionnels de l’art, en particulier au Cameroun.

De la formation des professeurs et étudiants d’art au Cameroun

Jusqu’en 1992, il n’existait aucune école d’art au Cameroun et on pouvait d’ailleurs toujours se demander si les pouvoirs publics ne se désintéressaient pas totalement de cette branche. Ce n’est qu’en 1993, que l’Université de Yaoundé I a ouvert une section Arts Plastiques et Histoire de l’Art. Puis dès 2009, l’Université de Dschang et l’Université de Douala ont chacune ouvert un institut des Beaux-Arts, respectivement à Foumban et Nkongsamba. Bien qu’il existe une politique culturelle, elle ne tient pas véritablement comptes des matériaux disponibles et des réalités socio-culturelles et économiques existantes.

Une meilleure stratégie pédagogique propre à former les professeurs doit être envisagée par le Ministère Camerounais des Arts et de la Culture (MINAC). La formation pédagogique dans le domaine des arts peut s'adresser à l'ensemble des enseignants relevant du système officiel, aux artistes chargés d'enseigner à l'école et aux fonctionnaires qui gèrent le programme d'éducation artistique au sein des écoles ou universités, qu’elles soient publiques ou privées. Par ailleurs, d'autres orientations sont vivement recommandées : des artistes spécialisés ou des artistes-en-résidence devraient participer aux programmes scolaires; des visites guidées dans les musées ou centres culturels locaux doivent être organisés au niveau des écoles, etc.

Il faudrait enfin, que les professeurs se destinant à l'enseignement des arts soient formés dans des institutions spécialisées et que le cursus dispensé leur fasse prendre conscience de la nécessité d'utiliser les ressources disponibles dans la communauté[4] et chez les élèves. Il est absolument nécessaire de former les enseignants en exercice. Les institutions tertiaires doivent donc s’ouvrir aux professeurs en leur donnant la possibilité de se former. Il faut aussi exiger que les institutions non officielles offrent une formation qui coïncide avec les besoins de la politique scolaire afin d'éviter les disparités. On doit donner aux éducateurs et aux administrateurs des départements artistiques une formation qui leur permette de comprendre les exigences de la politique éducative.

Pour ce qui des professeurs en exercice, les conférences, ateliers, séminaires, cours et stages pourraient être organisés, notamment en relation avec l’UNESCO[5]. Par exemple, on pourrait organiser des stages de formation sur les méthodes de recherche de fonds et de revenus supplémentaires qui augmenteraient la capacité budgétaire, afin de soutenir et de promouvoir efficacement l'éducation artistique.

Un tremplin pour tous les domaines

En définitive, l’art nourrit notre imaginaire, créativité et sensibilité. Il est capital de donner à tous les jeunes, africains et camerounais, le gout et la curiosité[6] de l’art et de la culture, leur permettre de découvrir et apprécier de meilleurs produits ou services culturels, différents de l’offre culturelle mondialisée à laquelle ils sont confrontés en permanence.

L’éducation artistique et culturelle, à travers l’enseignement, intégré de façon holistique dans l’ensemble du cursus, du primaire au supérieur, permettra ainsi aux populations – principalement les enfants – d’élaborer ou peaufiner leur jugement esthétique. L’organisation régulière de manifestations culturelles facilite les rencontres avec les praticiens professionnels des beaux-arts, de comprendre leurs motivation, source d’inspiration et les contours de la création artistique.

Comme je l'ai expliqué ici, la finalité de toute politique d’éducation artistique et culturelle, notamment celle du Cameroun, est de permettre à l’enfant et au jeune de se fonder une réelle culture artistique et de développer ses propres moyens d’expression. D’où l’importance de valoriser les approches pédagogiques centrées sur l’expérimentation personnelle, la créativité et la curiosité.

 

Notes et Références


[1] Christian Elongué, ‘Comment surmonter les entraves à l’industrialisation de la culture africaine?’, Afropolitanis, 2018 [accédé 13 Novembre 2018]
http://lafropolitain.mondoblog.org/2018/04/22/surmonter-entraves-industrialisation-culture-africaine-economie/
 

[2] Par exemple, Michel Alexis Keubeun, président de l’association des infographistes professionnels du Cameroun, déplorait l’absence de reconnaissance légale de leur métier « comme nouveaux et opérants dans le domaine des NTIC », et dénonçait les mauvais traitement dont ils sont victimes : « il ne se passe plus de jour sans que l’on observe des scènes de conflit entre les artistes graphistes-plasticiens et des donneurs d’ordre ou encore entre les infographistes professionnels et assimilés et leurs employeurs, à la suite de la création d’une œuvre graphique dont le particulier ou l’entreprise bénéficiaire refuse de payer les prestations, de régler des droits d’auteur ou encore la gestion de ceux qui vont avec la création de ladite œuvre d’art »
 

[3] Jean Van’t Hul, ‘Art et enfant : créativité et développement’, FemininBio [accédé 13 Novembre 2018].

[4] ‘L’Art du Peuple’, Damanhur [accédé 13 Novembre 2018].

[5] UNESCO, L'éducation artistique et la créativité dans l'enseignement primaire et secondaire : Héritage culturel, créativité et éducation pour tous en Afrique, Port Elizabeth, Afrique du Sud, juin 2001.
http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001246/124647fo.pdf

[6] Jean-Pierre Saez and Aurélie Filippetti, ‘Donner le goût et la curiosité de l’art’, L’Observatoire, 2013, 11–16.


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