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Enjeux linguistico-politiques

Quand les langues deviennent un enjeu de gestion des communications

Par Sandrine Benard , le 02 décembre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 03 décembre 2018

Au XXIe siècle, dans une société ultra-connectée et mondialisée, les enjeux de la communication n’ont jamais été aussi importants. Or, la langue est et demeure l’instrument de communication par excellence. La connaître, la pratiquer et la maîtriser est un sine qua non pour le bon fonctionnement de notre développement et de notre intégration à la société. Une bonne organisation et une gestion efficace sont donc indispensables et cela doit commencer par les hautes instances, à savoir ce qui dirige nos sociétés, la politique.

En 2019 auront lieu les prochaines élections européennes et l’apprentissage des langues est justement au cœur de ces enjeux. En novembre 2018, au Canada, un problème politique sème la zizanie entre les Canadiens anglophones et francophones.  Pourquoi est-ce que la gestion des communications à l’échelle linguistique est-elle indispensable au bon fonctionnement d’un pays ? En quoi cette organisation se doit-elle d’être irréprochable ? Pourquoi est-ce si important ?

Élections européennes et langues

Un des principaux avantages de la communauté européenne, c’est son ouverture, principalement en ce qui concerne la mobilité des personnes d’un point de vue professionnel. En effet, il est assez facile pour un Français d’aller travailler en Angleterre, ou pour un Allemand de développer sa carrière en Italie, ou encore pour un Portugais de déménager en Norvège, tout cela, sans les contraintes (ou presque) de paperasse administrative ou autres visas si difficilement accessibles dans d’autres pays du monde.

La mobilité c’est bien, mais encore faut-il pouvoir se débrouiller avec la langue du pays d’accueil ! Or, selon le rapport sur l’enseignement des langues étrangères (de Taylor et Manès, 2018), l’Europe n’a guère évolué en matière d’apprentissage des langues… pire, elle serait même en déclin ! Ce constat est alarmant, d’autant plus que la langue est bien l’instrument premier de toute socialisation, mais aussi la matrice de l’avenir, d’une part pour la connaissance que chacun peut avoir de l’autre et d’autre part pour la place qu’il gardera lui-même comme mosaïque culturelle individuelle du continent. Enfin, l’idée de préservation et d’avenir d’une culture européenne commune est également en jeu vis-à-vis des autres grandes sociétés culturelles mondiales. 

Le problème, c’est que la gestion de la communication de l’Europe est davantage axée sur l’économie que sur la culture ou l’éducation.

Certes, il y a bien eu la création du CECR (cadre européen commun de référence pour les langues), des programmes d’échanges, des centres d’études, des classes bilingues, des apprentissages précoces… mais peu de progression. Le problème ? La facilité de se concentrer seulement et uniquement sur l’anglais, la langue passe-partout (rappelons au passage que l’Angleterre quittera l’Europe en 2019 suite au vote sur le Brexit).

Or, en 2019, l’Europe veut revenir à son idée première : vivre en communauté, mais en mettant en valeur la richesse de la diversité culturelle et linguistique de ses participants. Pas d’hégémonie. Concrètement, on souhaiterait moderniser l’apprentissage des langues en se basant sur une didactique plus intégrative, organisée et dotée d’une éthique à vocation plurilingue, avec des échanges équilibrés en matière de traduction et de production artistique. Reste maintenant à voir ce qu’il en sera… réponse aux prochaines élections de 2019 !

Zizanie linguistique au Canada

La date du 15 novembre 2018 est entrée dans l’histoire franco-ontarienne. Ce jour marque l’annulation du projet de l’université de l’Ontario français, mais surtout la suppression du poste de commissaire aux services en français. Dans un pays officiellement bilingue, la guerre a été déclarée. Certes, l’Ontario n’est pas une province francophone comme l’est le Québec, mais faisant partie du Canada, elle est donc quand même tenue d’offrir des services tant en anglais qu’en français, d’autant plus qu’Ottawa en est la capitale fédérale. La population francophone y est tout de même présente avec plus de 100.000 francophones qui contribuent à la prospérité économique de la province. 

Comme le souligne Denis Laframboise, président de la Société économique de l’Ontario, « le bilinguisme est de 89,4 % chez les francophones, c’est la force de notre bassin entrepreneurial qui permet de réussir au sein des marchés hautement concurrentiels. La connaissance du français au Canada bilingue fait augmenter les exportations de 1,7 milliard $ US et les importations de 7,2 milliards $.»

En attendant, les Canadiens francophones ne décolèrent pas et réclament justice pour rétablir leur intégrité et identité culturelle et linguistique. À leur grogne se joignent les francophones des autres provinces et territoires canadiens, créant un véritable élan de solidarité linguistique, allant même jusqu’à hisser le drapeau franco-ontarien sur l’Assemblée nationale au Québec. 

Mais alors pourquoi une telle décision ? Les raisons sont obscures. Le motif officiel serait d’ordre économique, avec une histoire de déficit budgétaire… bien qu’on soupçonne davantage un simple désintéressement de la question par le gouvernement…

Finalement

En conclusion, on peut voir que la bonne gestion des communications est essentielle au fonctionnement efficace d’un pays ou d’une communauté. Les langues sont un élément indispensable à toute viabilité sociale, culturelle, économie et professionnelle. Nos deux exemples de l’Europe et du Canada prouvent l’importance de la langue dans cette organisation et surtout, ce à quoi cela peut mener si on n’y prête guère attention.

Communiquer oui, mais que cela soit dans l’essence même de la communication, à savoir bilatéral, entre différentes personnes et pas seulement sous l’égide et le choix d’un seul chef !


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