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Soyez pro, soyez punk

7 leçons de vie et de professionnalisme offerts par le mouvement Punk.

Par Frédéric Duriez , le 15 avril 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 16 avril 2019

Pour vous soutenir dans votre vie professionnelle, vous avez suivi les conseils des meilleurs. Les épicuriens, les stoïciens, les grands noms du développement personnel et du management vous ont prodigué leurs maximes.

Certaines vous ont aidé, mais vous avez besoin de leçons de vie plus fortes, plus radicales ? Alors, le mouvement punk pourra sans doute vous faire gagner en professionnalisme. Voici comment en sept points !

1. N’attendez pas d’être prêts avant de vous lancer en public.

Vous croyez peut-être qu’il y a un ordre chronologique entre l’apprentissage et la pratique. Il faudrait d’abord se former, s’exercer en privé, puis se lancer devant un public bienveillant et enfin devant un public plus large. La musique, avec le solfège et la longue et difficile maîtrise des instruments n’échappe pas à ce principe. Des artistes témoignent de cet apprentissage laborieux, qui passe par un dressage du corps. Les instruments à cordes, à vent ou les percussions s’apprennent dans la douleur.
 
Oubliez ce préjugé.
 
Lancez-vous d’abord. Vous apprendrez quand vous aurez le temps nous disent les punks.
Paul Simonon, bassiste des Clash n’avait jamais touché un instrument de musique. Il se destinait à une carrière dans les arts plastiques et la peinture. Mais il attire la lumière par son visage et ses tenues. Un membre du groupe tente de lui apprendre la guitare. En vain. Pas de problème, il sera bassiste. Il monte sur scène avec les notes peintes sur le manche de sa basse pour ne pas se perdre, et gagne progressivement en compétences.
 
D’autres groupes, et en particulier les Ramones ont adopté ce parti pris. Monter sur scène avec quelques rudiments, se débrouiller pour compenser les erreurs techniques, et apprendre au fil des concerts !
 
" Nous sommes nuls, nous ne savons pas jouer. Si tu attends de savoir jouer, tu seras trop vieux quand ça arrivera »
Joey Ramones.

2. Soyez indulgent avec vos erreurs

Notre perfectionnisme nous fige parfois.
 
Le mouvement, l’engagement, la présence sont parfois préférables à une perfection statique. C’est une conséquence qu’il faut tirer de la première règle. Paul Simonon, des Clash nous dit :
 
" Qu’est-ce qu’on en a à faire des quelques fausses notes ? On veut voir des personnes qui sautent dans tous les sens, on veut de l’excitation, on veut s’amuser... Pas juste rester immobiles et raides avec les notes justes. Pour ça, vous pouvez juste écouter les disques. »

3. Échangez les rôles

Quand avez-vous invité pour la dernière fois un collègue, pour qu’il observe votre travail ? Avez-vous remplacé un collègue au pied levé pour une animation ou une présentation. Si tel est le cas, vous saurez que l’exercice est à la fois difficile et formateur. Surtout si la personne à remplacer est très populaire...
 
Et c’est bien le cas de Shane Mac Gowan, chanteur des Pogues dont la voix est reconnue immédiatement par tous les fans, et qui a dû parfois se faire doubler par Joe Strummer, issu des Clash. Rentrer dans les chaussures d’un autre, avoir la modestie de respecter le style et la cohérence d’un groupe sans jouer les imitateurs est à coup sûr une expérience formatrice.
 
Cette expérience post-punk ne peut qu’encourager chacun d’entre nous à jouer à « vis ma vie » avec nos collègues !
 
Shane MacGowan et Joe Strummer

4. Choisissez vos adversaires

La clé d’un bon positionnement marketing est de choisir ses adversaires. Dans une stratégie de marque, on définit d’abord dans quelle arène on souhaite jouer. Lorsque les punks débarquent aux États-Unis et en Grande-Bretagne, ils appliquent ce principe. Il y a bien entendu des rivalités internes comme celles qui opposent en 1977 les Clash et les Damned. Mais ces querelles n’intéressent personne.
 
En revanche, les punks vont rapidement s’opposer aux plus renommés des musiciens rock, et en particulier Elvis Presley, les Beatles, les Rolling Stones ou les Pink Floyd.  Les Clash parodient la couverture du premier album d’Elvis tandis que d’autres groupes ne l’épargnent pas dans leurs commentaires. S'attaquer à Elvis ou au Beatles, c'est prétendre initier la prochaine révolution musicale.
 


5. La nécessité, les contraintes sont parfois le début du style

« Vous pensez qu’avec davantage de temps, de ressources et d’équipements vous feriez un meilleur travail ? » m’interroge mon voisin. Il constate que beaucoup de personnes se lamentent sur le manquent de moyen et nous disent combien elles seraient créatives si seulement elles disposaient de tel ou tel équipement. Les punks nous ont appris le design frugal avant que le mot n’existe...
 
Richard Hell trainait avec un tee-shirt déchiré, dont il avait rassemblé les lambeaux avec des épingles à nourrice. Elles sont rapidement devenues un emblème. Jamie Reid, qui a œuvré comme graphiste pour les Sex Pistols nous le confirme, il n’avait pas le choix :
 
" Nous n’avions par d’argent, j’ai donc découpé des photos et des titres d’articles de magazine pour faire des collages. Le graphisme punk vient simplement de là ».
 
 
Richard Hell invente malgré lui (?) le style punk
 

6. Être, c’est bien. Avoir été, ce n’est pas mal non plus !

Rester punk toute sa vie, c’est possible. Les Wampas ou les Sleaford Mods nous le prouvent. Mais si on quitte le mouvement, avoir été punk est un gage d’authenticité et de vécu. Malcom Mac Laren et Vivienne Westwood l’ont bien compris.
 
Après avoir accompagné les Sex Pistols, Vivienne Westwood a poursuivi dans la mode. Elle a été décorée par la reine qui figure sur la pochette du disque « God Save The Queen ». Nul doute que son histoire rejaillit sur l’image de ses produits, et que les personnes fortunées qui achètent ses vêtements ont la douce impression de s’encanailler.
 
 

7. Ce n’est pas parce que vous détestez vos collègues que vous pouvez manquer de cohérence

Les tensions internes dans une organiation finissent par se ressentir. Les partenaires, clients, usagers le perçoivent rapidement. Pourtant, les punks nous donnent encore une fois une leçon.
 
Les Ramones étaient si cohérents sur scène, ils se ressemblaient tant que même les fans pouvaient les prendre pour des frères. Et pourtant, pendant les 22 ans de la vie du groupe, Joey et Johnny Ramones ne se sont pas adressé la parole. À la fin des concerts, chacun repartait en silence dans son hôtel. Les biographies des membres du groupe témoignent de violences verbales et physiques entre les membres.
 
Mais faut-il s’inspirer des punks, et jusqu’où ? Pour ce qui concerne la tenue, Paul Simonon nous met en garde :
 
" C’est vraiment très étrange. Partout où je regarde autour de moi, je reconnais des trucs que nous, les punks, avons inventés. [...] Je n’envie pas ces mômes, car ils s’habillent en uniforme. C’est exactement comme quand ils étaient petits et qu’ils demandaient un déguisement à Noël.
 
À notre époque, personne ne nous disait ce que nous devions nous mettre sur le dos. Nous l’inventions. Des créateurs comme John Galliano jusqu’aux Monoprix, notre style a été digéré, récupéré... »
Paul Simonon, entretien avec JD Beauvallet — 2003
 
Il reste donc quelques principes, qu’on aurait sans doute pu attribuer à d’autres courants musicaux ou artistiques, sur d’autres périodes. Mais le mouvement punk, par ses excès et sa brièveté, nous raconte une histoire unique, porteuse d’enseignements inattendus !
 
Illustrations : Frédéric Duriez
 
Ressources
 
Bassist Magazin — Interview de Paul Simonon par Scott Rowley — octobre 1999.
Les inrockuptibles hors série - The Clash - février 2017
Rolling Stone - Hors Série du 14 octobre 2016 - Punk is not Dead, 40 ans d'outrage rock.

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