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Comment développer les compétences numériques - les cadres de référence

L'Europe, la France, la Wallonie et le Québec produisent des cadres de référence qui vont au delà de l'éducation.

Par Frédéric Duriez , le 03 juin 2019

Les acteurs de la formation, du social et du numérique convergent depuis quelques années sur plusieurs constats. Ce n’est pas parce qu’on nait avec l’ordinateur, les tablettes et les smartphones qu’on en devient expert. Savoir envoyer un selfie sur Instagram en un instant ne démontre pas une compétence générale en informatique. Quelle que soit la lettre, génération X, Y ou Z, on a besoin d’être accompagné et formé au numérique.

Par ailleurs, l’accès généralisé à l’information et aux échanges élargis crée de nouvelles formes de vulnérabilités : informations fausses et rumeurs, cyber harcèlement, et illectronisme pour ceux qui ne parviennent pas à se situer dans un monde où la moindre démarche administrative passe par Internet.

Les gouvernements de nombreux pays ont donc considéré qu’il était temps de développer ces compétences dans les établissements scolaires. Mais quelles compétences ? Comment les sélectionner ? Comment éviter qu’elles n’empiètent encore sur les fondamentaux que sont l’écrit, le calcul, l’analyse et l’oral ? Quelles sont ces bases qu’il faut acquérir dans les années 2020 pour faire face à un monde numérique étendu et ne pas rester sur la touche ?.

Agir en citoyen éthique et mobiliser des habiletés technologiques

A l’occasion du Sommet du numérique en éducation organisé à Montréal en avril 2019, les ministres de l’Éducation et de la Recherche et de la Transition numérique gouvernementale ont présenté le cadre de référence de la compétence numérique pour le Québec.

Le gouvernement a mis au centre deux compétences transversales essentielles : « Agir en citoyen éthique et Développer et mobiliser ses habiletés technologiques pour apprendre. »

La question de l’éthique dans ce champ peut intriguer. Le travail engagé par le RÉCIT aide à en comprendre les principes. Benoit Petit en donne une explication très concrète et opérationnelle. La démarche éthique commence par le fait de situer et de circonscrire ce dont on parle. On objective la question avec les fameuses questions qui, quoi, où, pourquoi, comment, quand...

On cherche ensuite à établir les différents points de vue. L’éthique n’affirme pas ce que serait le bien ou le mal. On admet que les acteurs ont des perspectives et donc des points de vue différents, on les confronte, on précise les valeurs, les normes qui les sous-tendent, on cherche quelles pourraient être les conséquences d’un choix ou d’un autre, on exprime enfin le choix qui pourrait le mieux répondre aux besoins du groupe à un instant T.

Benoit Petit

Des questions comme le droit à l’intimité, au respect, à l’image et au secret doivent être posées, tout comme la propriété intellectuelle. La connaissance du cadre économique et politique, la confrontation des modèles propriétaires et des logiciels libres peuvent aussi enrichir une réflexion éthique, et un usage responsable du numérique.

quelques pistes

De nombreux cadres de compétence qui convergent !

Comme le souligne Marie-Claude Gauthier, les dix autres compétences sont celles définies comme essentielles au XXIème siècle, présentées ici dans leur dimension numérique. Le Québec a eu une démarche intelligente et modeste à la fois, en ne cherchant pas à réinventer ces compétences clés mais en utilisant les travaux de nombreux autres pays, eux aussi engagés dans un cadre de compétences. Il trouve sa place dans un plan d’action numérique, présenté un an plus tôt, et englobe les élèves, les étudiants, les parents, les associations, les enseignants et les équipes dirigeantes des établissements.

Le schéma ci-dessous présente une synthèse personnelle de ces compétences qui ont par ailleurs été détaillées dans un document plus officiel.

les compétences numériques - cadre proposé par le Quebec en 2019

cliquer sur l’image pour agrandir

Parmi les modèles francophones, celui de la France propose quatre niveaux de maîtrise. Une originalité : il met en évidence la connaissance des conséquences des excès d’écran, et les stratégies de régulation pour éviter la cyberdépendance et limiter l’impact sur l’environnement de la sollicitation régulière de serveurs éloignés. La plateforme Pix permet l’auto-évaluation en ligne, mais également la certification de ces compétences.

L’Europe a conçu un cadre qui vise le monde de l’entreprise comme celui de l’éducation, et qui s’appuie sur de nombreux outils. En particulier, Europass a mis au point une grille d’auto-évaluation assez complète. N’oublions pas le référentiel de Wallonie, qui insiste sur la perspective professionnelle.

Outiller !

Ce projet ambitieux nécessite de créer des outils pour les responsables d’établissement et surtout des outils et des formations pour les enseignants eux-mêmes. Le cadre21 a ainsi mis en cohérence son offre de formation avec le cadre de référence québécois dans une présentation graphique.

Les enseignants et formateurs se reporteront aussi au très riche travail de recensement de Thierry Karsenti, professeur à l’Université de Montréal, qui a participé à la coordination du cadre de compétence.

La crainte est grande d’être submergé par de nouveaux objectifs et de voir la place consacrée aux fondamentaux décliner. Écrire, lire, compter, s’exprimer, se situer dans une chronologie ou un espace... Heureusement, la présentation des compétences numériques montre justement qu’elles sont un des aspects de compétences plus générales : chercher de l’information, communiquer, adopter un regard critique, travailler avec les autres... 

Les formateurs et enseignants qui ont fait le pas sont habitués à expliquer qu’ils n’ont pas abandonné les livres ou les œuvres classiques. Bien au contraire. Le temps passé sur les écrans n’a d’ailleurs pas attendu que les pouvoirs publics s’y intéressent pour augmenter de manière exponentielle. Il est même possible d’espérer que l’accroissement des compétences se traduise aussi par une consommation plus raisonnée !

Illustrations : Frédéric Duriez

Ressources

Gouvernement du Québec — Le cadre de référence de la compétence numérique - avril 2019
http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/ministere/Cadre-reference-competence-num.pdf

Marie-Claude Gauthier — Nouveau cadre de référence de la compétence numérique : le Québec passe de la disquette à l’intelligence artificielle
https://www.journaldequebec.com/2019/04/24/nouveau-cadre-de-reference-de-la-competence-numerique--le-quebec-passe-de-la-disquette-a-lintelligence-artificielle

archiclasse - les compétences du XXIème siècle - publié en octobre 2008, consulté le 30 mai 2019 
https://archiclasse.education.fr/Les-competences-du-21e-siecle

Bureau international de l’éducation de l’UNESCO — Principes directeurs sur l’apprentissage au XXIème siècle 
http://www.ibe.unesco.org/sites/default/files/resources/guiding_principles_brochure_fre.pdf

Jenny Soffel - world economic forum What are the 21th century skills every students needs, publié le 10 mars 2016, consulté le 30 mai 2019
https://www.weforum.org/agenda/2016/03/21st-century-skills-future-jobs-students/

Ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche (France) — Cadre de référence des compétences numériques 
https://www.ac-paris.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2017-01/cadre_de_reference_des_competences_numeriques_690478.pdf

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