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Publié le 12 novembre 2020 Mis à jour le 12 novembre 2020

Combien valent les données d'un étudiant ?

Les entreprises numériques devraient-elles payer une taxe pour financer l'éducation ?

Données des étudiants

Le concept de la valeur d'une donnée dépend de avec quoi on la met en relation.  Une personne qui fait une recherche sur une «dermatite» sur Google rend Google capable de vendre son espace publicitaire à une entreprise ou un service en rapport avec «dermatite».  Si en plus cette personne fait partie d'un groupe Facebook «Dermatite», Facebook ne manquera pas d'en profiter. 

Les coordonnées d'une femme enceinte, à partir du moment où le fait est connu ou déduit, prend subitement une très grande valeur commerciale. Un diabétique, un propriétaire de motocyclette, un coureur, en fait n'importe quelle activité pratiquée, achat fait, lieu fréquenté ou état assumé peut caractériser un individu et de là être monnayé aux entreprises intéressées.

L'Idée que les individus soient payés pour leurs données ou que les entreprises numériques soient taxées ou soient en partie nationalisées ou autre formule similaire, afin de contribuer au fonctionnement de l'état et de la société n'apparaît pas si irréaliste. Il existe même des barèmes de la valeur de différentes données, allant du simple nom et adresse à celles du dossier médical ou des coordonnées de carte de crédit.

Les données des étudiants

Les écoles sont particulièrement encadrées en ce qui concerne les données de leurs étudiants. La possibilité de voir le dossier disciplinaire ou les notes des étudiants circuler dans Internet n'est pas inexistante mais peu probable à grande échelle ni même très intéressante. Pour l'école, les données intéressantes des étudiants sont à l'intérieur même de l'école : progression, assiduité, résultats, etc.  Mais le temps passé à jouer à des jeux vidéos par ses étudiants elle ne le sait pas.  Twitch, Nintendo ou Microsoft le savent en partie mais personne ne le sait au total, pas plus que les banques et compagnies de cartes bancaires savent au total ce que les étudiants achètent sur Internet et ailleurs. Les mieux placées pour connaître les étudiants demeurent les grands réseaux sociaux.

Car ce sont surtout les données que les étudiants dispersent sur les réseaux qui font problème et qu'ils peuvent traîner comme des boulets, comme des tatouages quasi indélébiles que l'on peut éventuellement masquer sans jamais toutefois les faire complètement disparaître.

Pour l'instant ces données ont peu de valeur, mais à mesure qu'ils vieilliront et que les intelligences artificielles mettront ces données en corrélation avec ce que l'ancien étudiant est devenu, ces données prendront une haute valeur prédictive : niveau de revenu, opinion politique, espérance de vie, implication sociale, apparence physique, état de santé,  etc.  Tous ces éléments que l'on étale plus ou moins implicitement à chaque fois que l'on se sert d'un réseau social, que l'on partage une photo, que l'on sort sa carte de crédit, que l'on fait une recherche sur Google ou sur Google map, peuvent servir à nous comprendre et à nous prédire. 

Mieux encore, son réseau de relations personnelles qui est allègrement partagé à chaque fois que l'on ajoute une nouvelle personne à son carnet d'adresse, est d'une haute valeur collective. On peut ainsi tracer un réseau quasi universel d'affinités et pouvoir diffuser à grande échelle n'importe quelle information aux cibles forcément intéressées.

On s'illusionne si on pense que les étudiants vont restreindre leurs activités internet; une contrepartie pour leurs activités mérite alors d'être considérée.

Payer les vaches

Ainsi l'idée de payer quelque chose pour les données de chaque personne n'est pas totalement dénuée d'intérêt. Les étudiants investissent dans un téléphone et dans un abonnement à un service internet, ils transportent partout leur mobile et l'alimentent continuellement. Ils en profitent, ils paient pour. Pour le reste, on les trait comme des vaches dociles.

Les montants pour chaque vache annuellement peuvent être faibles, de l'ordre de quelques dizaines ou centaines de $€, mais collectivement le montant peut-être appréciable. D'où l'intérêt de la collectivité pour cette idée.

Utiliser le pouvoir de prédiction

Un autre aspect des données massives est qu'elles permettent de prédire des tendances, allant de la diffusion des microbes aux habitudes de consommation ou de l'intérêt de certaines formations. Pour l'instant, ce pouvoir est essentiellement orienté vers la monétisation : tant que ça rapporte, on fera le travail d'analyse. Par exemple, si quelqu'un est prêt à payer pour identifier les personnes les plus susceptibles de faire du bénévolat ou de suivre un cours en physique quantique, on le fera et les données prendront de la valeur. Il ne s'agit plus de sondage, mais de la réalité des gens connectés et le service peut-être éminemment utile et efficace.

Finalement, en analysant les possibilités offertes, le problème n'est pas tellement le fait que l'on monétise les données mais plutôt ce qu'on peut en faire, au service de qui.  Les paramètres éthiques pour encadrer l'utilisation des données et l'intelligence artificielle sont vraiment au centre de la question.  Si quelqu'un est prêt à payer pour diffuser de fausses nouvelles ou mobiliser tous les fanatiques de la région, doit-on accepter l'argent ? Si on découvre qu'émouvoir les gens avec des cas dramatiques leur fait consommer plus de savon, va t'on les manipuler en ce sens si une compagnie de savon est prête à payer ?  La zorglonde n'est pas nécessairement sous la forme imaginée par Franquin.

On ne jettera pas le bébé avec l'eau du bain, mais on doit s'arranger pour que l'eau demeure propre et le bébé en santé, ainsi que ses parents et leur milieu de vie.


Références

La valeur réelle de nos données personnelles - Yves Benchimol - Comk
https://comarketing-news.fr/la-valeur-reelle-de-nos-donnees-personnelles/

La Valeur de nos données personnelles - ESTIA
https://www.groupe-estia.fr/point-de-vue-la-valeur-de-nos-donnees-personnelles/

Combien valent vos données personnelles sur le dark web? - Nicholas De Rosa - Radio Canada
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1325939/questions-reponses-jean-philippe-decarie-mathieu-fuite-vol-de-donnees-desjardins-capitalone-vente-valeur-darkweb

Bientôt tous rentiers grâce à nos données personnelles ? - Perrine Créquy - Mes datas et moi.fr
https://www.mesdatasetmoi-observatoire.fr/article/bientot-tous-rentiers-grace-a-nos-donnees-personnelles

Des données qui ont de la valeur - Les affaires
https://www.lesaffaires.com/strategie-d-entreprise/management/des-donnees-qui-ont-de-la-valeur/562499

La valeur de nos données personnelles  - Pierre Trudel - Le Devoir
https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/522496/la-valeur-de-nos-donnees-personnelles

Travaillons-nous tous pour Facebook ? -  Jean-Sébastien Gagnon -  La Presse
https://plus.lapresse.ca/screens/ca5a9c21-3f94-4e33-a546-58ba3495176b__7C__sxcxa-9l_R9S.html



Mots-clés: Données Personnelles Protection des données Datas Zorglonde Taxation

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