Les dix principes de base d’une gestion de l’information efficace
Une adéquation entre les personnes, les processus, la technologie et le contenu.
Publié le 02 décembre 2018 Mis à jour le 02 décembre 2018
Rien de mieux que le témoignage et l’expérience d’archivistes pour comprendre l’état des lieux de ce métier au Cameroun. S’il est vrai que les avis divergent d’un professionnel à l’autre, une constante demeure : le métier d’archiviste est menacé.
Didier Mvondo, archiviste camerounais dirigeant l’entreprise Archi-Tech[1], tout comme bien d’autres en a fait l’amère expérience. Cet archiviste autodidacte qui fut le Directeur des archives de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), a démissionné de sa fonction, après 13 années de services. Non pas qu’il en était lassé ou dégouté mais parce que le nouveau patron de l’entreprise publique au sein de laquelle il officiait n’appréciait point la collecte et la conservation des archives administratives.:
« Le directeur du CNPS, favorable aux archives, est devenu ministre et a été remplacé par un autre, explique Mvondo ; du jour au lendemain, mon service n'a plus reçu les documents de la direction que nous devions traiter. Lorsque je les ai réclamés, on m'a d'abord soufflé que l'on ne pouvait nous les transmettre, car le “boss” souhaitait les garder dans son bureau. C'est lorsque j'ai insisté que ma situation s'est vraiment détériorée. La transparence n'étant pas valorisée dans les administrations camerounaises, certains ont des sueurs froides rien qu'à la vue d'un archiviste. Il suffit d'un responsable un peu véreux pour qu'un professionnel ait au mieux du mal à travailler correctement, au pire, qu'il subisse des pressions et des menaces[2] ».
Bloquer ou limiter l’accès à l’information administrative est une pratique qui affecte lourdement la transparence et la bonne gouvernance[3]. Le gouvernement camerounais doit donner davantage de liberté d’accès à l’information administrative et légiférer sur la protection des renseignements personnels. Une campagne de protestation a d’ailleurs été récemment organisée sur ce même sujet au Ghana.
Cet obstacle informationnel[4], couplé à des conditions de travail largement insatisfaisantes et un cadre législatif peu favorable[5], sont des facteurs qui expliquent la démission massive ou reconversion, de nombreux archivistes, en général trois ans après la fin de leurs études.
« Les archives ne sont généralement qu'une porte d'entrée dans les administrations ou les entreprises d'État, explique Didier Mvondo ; les archivistes réalisent rapidement à quel point leur métier est risqué et changent généralement de métier dans les trois ans pour se mettre à l'abri ».
Comme on peut s’en rendre compte, le métier d'archiviste est peu valorisé au Cameroun. Loin des slogans politiques qui se concrétisent rarement sur le terrain, l'archivage est le parent pauvre de l'administration publique. Son impulsion pour que la transparence et les normes en la matière soient respectées est quasi nulle. Les archives sont presque absentes de l'activité générale de l'État et les grands projets patrimoniaux ne sont presque jamais financés par l'État, mais par d'autres organismes culturels indépendants. Des efforts ont été certes consentis. Mais la grande majorité du pays souffre encore aujourd’hui d’un déficit dans la prise en charge rationnelle des archives.
Il existe plusieurs mesures pour améliorer la situation, certaines ayant été évoquées dans la première partie de cette analyse. Celles qui semblent urgentes :
[1] C’est une société réalisant des missions d'archivage, de conseil, d'accompagnement et des formations pour les PME ainsi que pour les personnels administratifs et les ministères au Cameroun, Gabon en passant par le Congo, la RDC et le Tchad.
[2] Clémence Jost, « Archiviste au Cameroun, il raconte son métier à haut risque », Archimag, consulté le 3 décembre 2018,
https://www.archimag.com/veille-documentation/2016/11/30/archiviste-cameroun-metier-haut-risque
[3] Saliou Mbaye, « « Les archives en Afrique, un patrimoine culturel de l’Humanité » », Le Monde.fr, consulté le 2 décembre 2018,
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/03/20/les-archives-en-afrique-un-patrimoine-culturel-de-l-humanite_4598229_3212.html
[4] V. Schaefer, révélait déjà en 1973, les difficultés qu’il avait rencontré dans la réalisation de sa mission de consultation supervisée par l’Unesco au Cameroun : Mais la réalisation de ce calendrier se heurta à des obstacles imprévus : « l'accès aux archives des ministères ne fut pas possible avant la quatrième semaine ; c'est pourquoi au lieu de visiter la présidence de la République et tous les 19 départements ministériels et d'y étudier les conditions à fond, comme j'en avais eu l'intention, j'ai dû me contenter d'en voir la moitié. La présidence, d'ailleurs, ne figurait pas parmi les institutions accessibles ». from : V. Schaefer, « Organisation des Archives nationales et d’un système de préarchivage au Cameroun », UNESCO, Paris, 25p.
URL : http://unesdoc.unesco.org/images/0000/000096/009698fo.pdf
[5] Seuls quelques pays, comme le Sénégal, disposent de législations adéquates caractérisées par plusieurs lois portant notamment sur les archives (2006) et sur la protection des données personnelles (2008). Il faut souhaiter que de telles lois soient adoptées dans un avenir proche dans l’Afrique entière donnant ainsi aux Etats du continent l’opportunité de figurer au rang des pays du monde où l’archive compte.