"Quand on veut, on peut." Vraiment?
Il s'agit probablement d'une phrase que nous avons tous entendue une fois dans notre vie : "Quand on veut, on peut." Or, que se cache-t-il derrière cette phrase?
Publié le 28 avril 2021 Mis à jour le 10 janvier 2024
Il y a un immense potentiel d’énergie communautaire pour atteindre des objectifs ambitieux à l'échelle de territoires, de grandes organisations ou de réseaux. Lorsque les dynamiques humaines basées sur l'allocation contrôlée des ressources et la coordination a priori achoppent, il s'agit d’apprendre à faire avec des énergies sociales latentes qui ne demandent qu’à s'exprimer.
Dans les années 90 Michel Maffesolli (1998) proclamait l'arrivée du temps des tribus et des appartenances communautaires. Il montrait une inflexion sociologique fondamentale avec un nouvel équilibre entre communautés et sociétés. Il posait les bases d’une approche post-moderne enrichissant la vision des sociétés traditionnelles.
Le développement communautaire offre une alternative au développement de projets économiques ou sociaux classiques, où quelques-uns pensent pouvoir tout diriger alors même que la compréhension de la complexité grandit et que chacun développe et exprime en ligne sa propre perspective.
L'enjeu se déporte sur la fédération des énergies humaines. Il est de créer de la vision, du leadership distribué, du sentiment d’appartenance, du consentement à agir, du followership (suiveur/participant) et de l’apprenance.
Ce qui importe dans l’accueil des énergies communautaires, c’est autant le cheminement pour faire corps, que le résultat final atteint ensemble. Pour prendre une image dans le pèlerinage de Compostelle, ce qui marque c’est la communauté de voyage et les pérégrinations tout autant que le résultat de l’entreprise. L’imaginaire communautaire joue un rôle dans les énergies sociales à l’œuvre. Trois dynamiques sont observables en fonction des contextes :
La définition qu’il est possible de donner à ce type de développement communautaire est «L'ensemble des procédés par lesquels les habitants d'un pays unissent leurs efforts à ceux des Pouvoirs publics en vue d'améliorer la situation économique, sociale et culturelle des collectivités, d'associer ces communautés à la vie de la nation et de leur permettre de contribuer sans réserve aux progrès du pays.»
À ce jour, le portefeuille de la Banque mondiale comprend 199 projets de développement communautaire dans 78 pays, ce qui représente un montant total de 19,7 milliards de dollars d'investissement. En outre, différents prêteurs et donateurs ont apporté un montant supplémentaire de 12,4 milliards de dollars. Des programmes visent plus spécifiquement les pays vivants des situations de conflits ou accueillant des populations déplacées et des réfugiés.
À titre d’exemple, le Canada a développé plusieurs programmes pour répondre à des besoins humains spécifiques chez les autochtones. Il est possible de citer des programmes à vocations sociales :
Il existe également des programmes à visées économiques par exemple dans le cas d’exploitation minière ou de valorisation de territoires. Le développement communautaire durable a alors pour objectif de contribuer aux besoins matériels et aux priorités à long terme de la communauté. Il s’efforce aussi de garantir une distribution équitable des coûts, des bénéfices, des risques et des responsabilités associés à l’exploitation minière. Idéalement, le développement communautaire durable doit être planifié et développé par la communauté et non pas imposé par les donateurs et les entreprises.
Le développement communautaire s’inscrit donc dans une visée d’habilitation des communautés pour se saisir de leur propre destin. Des boîtes à outils sont imaginées pour aider à adopter une approche juste.
De la même façon que des communautés se développent sur des territoires, les entreprises cherchent à faire émerger leurs « tribus » de clients, de fans, de commerciaux, de créatifs, de geeks, communautés d’intérêts ou de pratiques à partir de leurs usages et besoins propres. Des associations comme Make sense développent des méthodes spécifiques pour cela.
L'idée est ancienne, dans les années 90, Hubert Landier évoquait « l’entreprise poly-cellulaire » pour donner à voir la part organique et le croisement des différentes influences communautaires existantes dans l’organisation. L’entreprise est alors théorisée comme une communauté de communautés. Un organe vivant par lequel circulent les énergies de transformation.
Les tenants de la vision sociocratique poussent jusqu’à imaginer des gouvernances en cercles. Plusieurs cercles de décisions, de réalisations et de croisent fédèrent des collectifs aux orientations complémentaires. Les personnes aux intersection de ces cercles participent plus que tous à la vie communautaire.
Le point commun de ces communautés c’est qu’elles se soudent par l’apprentissage de ses membres autour d’un objet commun. La vision qui se dessine prend tout son sens dans l’accroissement du pouvoir d’agir individuel et collectif.
Apprendre est le ciment qui lie les membres de la communauté.
Un des effets dérivés de ces communautés réside dans l’apparition d’une intelligence collective qui perdure au-delà des situations qui l’ont vue naître avec l’envie de revivre des moments forts de fusion avec un sens et des performances renforcées.
Comme des cellules holomidales, chaque membre de la communauté n’a de cesse que de retrouver les autres pour faire perdurer plus longtemps l’expérience commune.
Les réseaux sociaux d’entreprise sont présents dans plus de 80 % des sociétés du CAC 40 (40 plus grandes entreprises françaises) et dans 36 % des entreprises en France. Ils prolongent et soutiennent plus qu'ils ne créent les communautés.
Les grandes structures ont compris le pouvoir émotionnel d’une circulation de l’information, des possibilités des travailleurs de se coaliser librement pour inventer des nouvelles solutions, pour partager des pratiques
L’ingénierie communautaire est un moyen de renforcer les communautés pour qu’elles s’autosaisissent des problèmes qu’elles affrontent et trouvent par elles-mêmes les moyens d’y remédier.
L’observation et la recherche relèvent plusieurs caractéristiques du développement communautaire :
Il existe une variété d’approches pour développer les communautés humaines, en voici quelques propositions :
Approche fractale : réalisation d’un test, d’une action réussie puis modélisation et réplication par des groupes motivés. L’imitation de pratiques qui fonctionnent par des pionniers autorise un déploiement des nouvelles pratiques dans l’ensemble humain. Quand les tenants de la nouvelle pratique se retrouvent, ils forment communauté et ont un sentiment d’appartenance aux pratiques en partage.
Approche systémique : les systèmes humains sont prédisposés à des formes d’action liées aux croyances ou habitudes de travail ou de relation. L’approche systémique consiste à intégrer ces plis déjà là, de les suivre et de les enrichir en apportant une légère divergence dans la façon de procéder pour faire évoluer l’ensemble en douceur. Une forme de résonance opère, un petit changement en entraînant un autre un peu plus grand jusqu’à ce que la communauté se ressente t-elle à partir de ces nouveaux langages, rites, usages inventés chemin faisant.
Approche énergétique : l’idée repose dans la création d’événement d’abord petits puis plus grands avec un impact émotionnel, l’approche aide à prendre conscience de la puissance du collectif de s’imaginer autrement, de se projeter en train d’atteindre ses rêves. L’énergie du rêve collectif est si puissante qu’elle produit l’envie irrépressible de le réaliser. C’est la force d’une utopie que l’on sait impossible à atteindre d’aimanter les énergies humaines. Aucun mythe humain ne saurait rester inaccessible au rêve.
Approche relationnelle : c’est la création de liens de haute qualité relationnelle avec quelques pionniers partageant de fortes valeurs. Cette énergie relationnelle est une matrice de projets, d’actions, de visions qui vont nourrir les membres de la communauté et qui vont finir par être communicatif.
Approche en rhizome : c’est une création de noyaux d’acteurs d’abord dispersés fonctionnant en archipel et facilité par des réseaux sociaux, des wikis ou des événements collectifs. Ces noyaux d’acteurs forment comme un terreau à partir duquel les autres peuvent planter les idées au bénéfice de tous.
A vous de choisir votre style ou de composer votre approche !
Sources
Programme communautaire de la banque mondiale
https://www.banquemondiale.org/fr/topic/communitydrivendevelopment#2
Maffesoli, M. (1988) Le Temps des tribus : le déclin de l'individualisme dans les sociétés postmodernes. Paris Le livre de poche
https://www.decitre.fr/livres/le-temps-des-tribus-9782710390305.html
Portail Québec Thésaurus Développement communautaire
http://142.213.144.135/tag/terme.do?id=4067
Le développement communautaire, une histoire, des concepts, des valeurs (journée d’ouverture du 6è module de form’action organisé
par la FCSS et la FCSSB-FBCMW en avril 2003 sur le thème « travail social et développement communautaire»)
https://www.fdss.be/wp-content/uploads/TravailSocEtDevComCombo.pdf
https://france.makesense.org/organisations/entreprises/creation-et-developpement-de-communautes/
Bessire, D. & Mesure, H. (2009). Penser l'entreprise comme communauté : fondements, définition et implications. Management & Avenir, 10(10), 30-50. https://doi.org/10.3917/mav.030.0030
Les communautés internes moteurs de votre transformation
https://entrecomsocial.com/les-communautes-internes-moteur-de-votre-transformation/
Cohendet, P., & Diani, M. (2003). L'organisation comme une communauté de communautés croyances collectives et culture d'entreprise. Revue d'économie politique, 113(5), 697-720.
Guillaume, L. P., Delmas, C., & Goglio-Primard, K. (2017). Schneider Electric pilote les communautés de pratique avec le programme Communities@ Work. Les communautés d’innovation, Editions EMS.
Lenhardt, V., & Bernard, P. (2021). L'intelligence collective en action: Repères pour une co-construction du sens de l'entreprise. Pearson.
https://www.decitre.fr/livres/l-intelligence-collective-en-action-9782744067679.html