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Publié le 11 mai 2022 Mis à jour le 11 mai 2022

Escapade dans le syndrome du voyageur [Thèse]

Ou l’étude des clichés et représentations du soi-même et de l’autre en France et au Japon

Groupe de Grue du Japon  survolant des grues de chantier pres de la Tour Eiffel,

« Et la beauté réside dans l’œil de celui qui regarde même si je n’aime pas les clichés »

Oscar Wilde — Écrivain (1854 - 1900)


Le syndrome du voyageur correspond à un trouble psychique, la plupart du temps passager, que peuvent rencontrer certains visiteurs. Ce trouble est lié à la confrontation du sujet et de la réalité du lieu visité. Le syndrome du voyageur présente différentes variantes dont les plus connues sont le syndrome de Stendhal aussi appelé syndrome de Florence (abondance d’œuvres d’art) ou encore le syndrome de Jérusalem (abondance de symboles religieux).

Il existe un autre trouble, le syndrome de Paris touchant certaines personnes, principalement japonaises, en visite à Paris. Ce syndrome résulte de l'antagonisme de la réalité et de la vision idéalisée que s’est construite le sujet avant sa venue à Paris. Cette forme d’érotisation de la capitale française se fait au travers de films (Amélie Poulain), de peinture, de livres, de publicité ou par le biais de l’enseignement du français. Elles donnent lieu à un engouement des sujets pour une France utopique et sublimée qui s’effondre alors soudainement au contact du réel.

Mais comment se construisent ces représentations ? Comment se transmettent-elles ? Comment pourrions-nous prévenir le syndrome de Paris ? C’est ce que nous propose de découvrir le linguiste Kumiko Ishimaru dans sa thèse « Stéréotypes et représentations du soi-même et de l’autre en France et au Japon : regards croisés sur les Français et les Japonais ».

Pourquoi lire cette thèse

La thématique centrale de cette thèse est universelle : le choc de la déception. Qui ne s’est jamais retrouvé désemparé face au réel lorsqu’il distance un peu trop l’idéal de nos attentes ? L’auteur propose de manière simple et surprenante d’explorer cette thématique par une étude linguistique d’articles de presse française et japonaise ainsi qu’une enquête auprès d’étudiants français et japonais.

Dans un style à la fois simple et prenant, Kumiko Ishimaru nous invite à faire l’expérience de la France d’un point de vue nippon au travers de ses recherches et de son expérience personnelle. Le travail de rédaction ainsi que les différents angles d’études sont réalisés avec finesse, minutie et méthode.

La présentation claire de l’objectif, du corpus, et des cadres théoriques et méthodologiques de ce travail rendent l’ensemble compréhensible et intéressant pour les profanes du sujet.

De la poudre aux yeux

« Au travers des journaux, des magazines, de la télévision, des livres pour les enfants et de la publicité…, les stéréotypes nous entourent et sont omniprésents dans tous les domaines faisant ainsi partie de notre vie quotidienne et il en est de même dans les manuels des langues. L’enseignement-apprentissage des langues et cultures étrangères nécessite une étude comparative prenant en compte à la fois la langue et la culture de son propre pays. Pungier (2007) explique que le sentiment d’“akogare” (aspiration, admiration, adoration, rêve…) envers la France constitue un élément important qui incite les étudiants japonais à choisir la langue française 1. Il est donc très important pour les enseignants d’appréhender les stéréotypes saisis par les apprenants.

Il est très courant pour de nombreux Japonais de développer, pendant l’adolescence et par l’intermédiaire des livres et surtout des magazines, des images fantastiques de la France. L’auteur de cette thèse peut d’ailleurs affirmer avoir personnellement vécu cette expérience. Une réalité indéniable s’impose donc à nous : à travers les médias, les Japonais cultivent une admiration pour la France. Et pour ces mêmes raisons, ils sont bien souvent amenés à apprendre la langue française à l’université.

Nous avons toujours travaillé jusqu’ici sur la relation entre les médias et le discours en France et au Japon. Notre mémoire de maîtrise a porté sur la féminisation des noms de métiers dans la presse française. Nous avons ensuite traité le discours publicitaire des produits cosmétiques en France et au Japon en DEA à l’Université de Nantes, ainsi qu’au cours du doctorat à l’Université d’Osaka (Japon) : titre de thèse présentée “Étude comparative de la publicité sur les produits de beauté en France et au Japon : Du point de vue de l’analyse du discours” (en japonais, Ishimaru 2006).

Nous souhaitons à présent aborder un sujet qui nous tient à cœur depuis de longues années : celui du décalage entre les images développées et la réalité de la société en France et au Japon. C’est-à-dire les images médiatiques du Japon et des Japonais développées en France qui amusent ou choquent parfois les Japonais ; ou encore les images de la France et des Français dans les médias japonais. Tous ces éléments nous ont dirigés vers l’analyse des discours représentatifs et stéréotypés en France et au Japon."

Tomber des nues

Parmi les trois analyses proposées, l’une des plus surprenantes est celle concernant le regard croisé entre les étudiants français et japonais.

Sans pour autant pouvoir tirer de conclusion générale claire, l’enquête sur les représentations des élèves français et japonais semble montrer que ces dernières varient en fonction du niveau de connaissances des étudiants.

Ainsi, les étudiants français non-apprenants de la langue japonaise ont des représentations plus négatives que celles des apprenants de cette langue. Étrangement, chez la population des étudiants japonais, ce sont les étudiants spécialistes de la France qui ont tendance à avoir des représentations négatives tandis que celles des étudiants “novices” sont principalement positives.

La paille et la poutre ?

Les travaux de Kumiko Ishimaru permettent de mieux comprendre comment se mettent en place les représentations idéalisées au travers des médias, de l’enseignement, de la promotion culturelle ou encore de l’art. L’auteur propose en conclusion que les professeurs de français ou de japonais essaient de réfléchir à une manière de donner à leurs étudiants un bagage linguistique et culturel suffisant pour déconstruire les stéréotypes.

En outre la maîtrise d’une nouvelle langue, l’apprentissage doit également permettre un pont culturel, émotionnel et empathique effaçant les stéréotypes ou les représentations et promouvant la rencontre, la découverte ainsi que l’acceptation d’un autre.


Pour reprendre la citation choisie par l’auteur :

“Je est un autre”, disait Rimbaud ;

il faudrait préciser :

“Je est un autre moi-même, semblable et différent”.

Patrick Charaudeau

Et vous alors ? Quels sont vos représentations de Tokyo ?

Bonne lecture


Ce travail a été soutenu le 11 juin 2012 à Nantes, dans le cadre de l’obtention du grade de docteur de l’Université de Nantes à l’école doctorale Sociétés, Cultures, Échanges (SCE) : ED 496 (Nantes — France)

Source

Kumiko Ishimaru. Stéréotypes et représentations du soi-même et de l’autre en France et au Japon : regards croisés sur les français et les japonais. Sciences du langage. Université de Nantes, 2012. Français.

Thèse : http://www.theses.fr/2012NANT3016#

PDF : http://archive.bu.univ-nantes.fr/pollux/show.action?id=03f6cfc3-8ba1-489e-9ccf-a22e928adb47


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