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Publié le 11 octobre 2022 Mis à jour le 14 octobre 2022

Équité versus Égalité en éducation

Comment l'école peut sortir des ornières pédagogiques pour atteindre des objectifs professionels

Pixabay

Nous sommes face à des changements sociaux professionnels importants où les diplômes sont en train d’être remplacés par des compétences et les structures hiérarchiques remplacées par des structures groupales et cercles de décisions.

L’école est la dernière à muter, elle attend, elle observe, elle expérimente peu ou plus depuis plus de 30 ans. La créativité appliquée est la compétence clé qui a désertée les salles de cours. Pourquoi ?

En voulant contrôler la qualité et les cadres scolaires, le système pédagogique a eu pour effet de stériliser, de neutraliser les velléités créatives et les initiatives qui sortent des programmes définis. Et cette stérilisation a gagné jusqu’aux écoles pédagogiques.

Est-ce un choix, une conséquence ? Difficile à dire car c’est aussi lié à la vocation des professeurs à devenir des enseignants ou à rester en poste alors qu’ils ont usé leur motivation.

L’école modélise le futur.

Est-ce que l’on veut un futur où ce qui compte est de rentrer dans une case appelée diplôme avec à la clé un salaire ?

Est-ce que l’on est prêt à sortir de ses zones de confort où, au lieu de lire bêtement le manuel égalitaire, le professeur est invité à faire preuve d’adaptabilité et d’agilité face à ses élèves pour non plus les faire rentrer dans une case, mais les mener à un objectif professionnel.

C’est un choix. La question est de savoir si on a encore des ressources pour mettre en place la solution. Et, si on ne les a plus, comment faire pour reformater le système pour le rendre résilient et agile ?

L’entrée par les finalités

La forme scolaire traditionnelle devient obsolète dans plusieurs milieux, et cette obsolescence est le fil rouge de la plupart des problématiques et tensions qui traversent aujourd’hui l’école de haut en bas, y compris l’enseignant lui-même chaque fois qu’il est l’heure de « faire classe » ou de donner de la voix dans le débat public. Et comme l’aurait dit Einstein « Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes avec la même façon de penser que celle qui les a engendrés ». Nous avons besoin d’air pour faire respirer l’école; d’un projet, de l’image projective et désirable d’une « toute autre école ». Bref, la réforme de l’école sera un changement culturel ou ne sera pas…

À notre sens, cet éternel aplatissement n’est pas le fait des pénuries budgétaires. Ce n’est pas le fait de l’inertie inhérente au statut du personnel enseignant. Ce n’est pas non plus le fait des conservatismes, qu’on dit plus actifs et plus massifs dans l’enseignement qu’ailleurs. C’est plutôt, d’abord, le fait du poids des structures.

Des structures stérilisantes

« Quand j’étais accompagnateur pédagogique dans un réseau [une fédération de pouvoirs organisateurs – NDLR], je m’étais mis à organiser la mise en place de classes-projets. C’était incroyable, ça marchait du tonnerre ! À un moment donné, le grand patron m’a dit : “C’est très chouette ce que tu fais, mais pas plus de septante classes à la fois.” Il a tenu parole, à la soixante-neuvième je me suis fait f… en l’air. » Les profs innovants vous le diront après quelques heures de vol, et nombre d’acteurs extérieurs qui collaborent avec le monde scolaire s’en rendent vite compte : il y a quelque chose de fossilisé dans l’univers scolaire,...”.

Source : Dans La Revue Nouvelle 2016/5 (N° 5) - L’école par (au moins) quatre chemins de Thomas Lemaigre  - https://www.cairn.info/


La solution la plus confortable pour le management pédagogique est-elle celle qui a réellement une utilité ? Former des élèves sages et sérieux est-ce bien ce qui est nécessaire et désirable ? C’est la question fondamentale à se poser. 

On marche sur la tête !

Quelle que soit la filière, c’est la même chose. De l’école de dessins animés, des métiers de l'audiovisuel à l’école de Sciences Politiques ou même à la plus scolaire fac de Droit, le même profil est recherché : un étudiant qui se démarque par sa personnalité, son originalité, sa créativité… pourtant tout ce que l’on devait mettre en sourdine, voire cacher, au cours de sa scolarité.

En fait, ils cherchent tous les élèves que l’on a étouffé à petit feu lors des années d’école… Et pour ceux qui ont réussi sagement à être dans le moule, il va falloir du temps pour les en ressortir, de ce moule, pour qu’ils aient les moyens de prendre des risques, s’investir personnellement, être créatif au delà de ce qu’on leur a appris, se mettre en avant, être force de proposition après des années où on leur a proposé tout ce qu’il y avait à savoir, connaître, faire”.

Source : https://matrajectoire.com/competences-professionnelles/

“Pourquoi diable commence-t-on à faire l’inverse à l’école ???

(Un petit aparté pour remercier tous les enseignants qui se battent pour que l’enfant puisse se construire en respectant sa personnalité et sa créativité. Certains enseignants bienveillants, ouverts, et voulant mettre du sens à ce que représente la scolarité, font un travail formidable. Malheureusement, c’est une lutte qu’il faut mener à l’intérieur d’un système lourd de passif et d’inertie.)

Pourquoi donc, disais-je, fait-on à l’école l’inverse de ce que les parents font naturellement pour faire grandir leurs enfants entre 0 et 3 ans ? À l’école :

  • Les rêves n’ont pas leur place. L’école, c’est quelque chose de sérieux, et on y apprend à être raisonnable et raisonné.
  • Les idées personnelles dérangent le cours prévu par l’enseignant, qui respecte un programme.
  • L’imagination doit respecter un protocole : thèse, antithèse, synthèse, ou doit passer par un théorème attendu, pour ne pas sortir des critères d’évaluation définis.
  • L’invention doit se faire ailleurs, à la maison ou dans les loisirs si tout va bien. Rebutée ou même réprimée. L’invention et la créativité sont estampillés « erreur », « faute », voire « échec », car « non-respect des consignes » ou « mauvaise compréhension » …

Bref « mauvais élève » ! On y est !”

Source : https://matrajectoire.com/competences-professionnelles/

Qu’est-ce que la créativité ?

La créativité en neuroscience est définie comme la capacité de produire quelque chose de nouveau et adapté à un contexte. Le critère d’adaptation est très important car il est possible de générer des choses très originales par hasard, mais si cela n’est pas approprié ou ne répond pas à un but ou une intention, on ne peut pas qualifier cela de créativité.

La créativité est pour nous une capacité et non un résultat. Ce que l’on étudie c’est avant tout la capacité des gens à mettre en œuvre des processus. Cette capacité est bien sur liée à l’accomplissement créatif des individus dans la vie réelle, mais ce n’est pas le seul facteur, la créativité est multidimensionnelle”.

Source : https://institutducerveau-icm.org/fr/creativite-neuroscience

La fabrique à mauvais élèves

Il faut rentrer dans le moule pour être bien noté. Refréner son originalité, donc sa personnalité et ses idées, pour ne pas déranger les apprentissages prévus.

Combien de fois peut-on « tomber » pour apprendre son premier pas ? Des centaines de fois lorsqu’on apprend à marcher. Mais à l’école, nous n’avons pas la possibilité de cette exploration.

La première fois qu’on « tombe », cela passe, mais on est déjà repris avec l’idée que le résultat que nous avons réalisé « n’est pas bien»,  «pas correct», «faux», est une «erreur».

La deuxième fois, non seulement le résultat est jugé tout aussi négatif, mais notre démarche ou notre attitude, et rapidement notre personne, en prend un coup. «Tu ne fais pas les choses correctement», «tu n’as pas appris», «tu ne respectes pas les consignes», «tu ne fais pas ce qu’il faut»…

Nous sommes bien loin de ce que nous apprend Edison dans sa fameuse citation: «Je n’ai pas échoué. J’ai simplement trouvé 10.000 solutions qui ne fonctionnent pas.». L’erreur n’est plus là pour apprendre et nous élever. Elle installe le doute sur nos compétences personnelles, et à travers elles, sur nous-même. Notre confiance en nous, pire, notre amour-propre, commence à défaillir”.

Source : https://matrajectoire.com/competences-professionnelles/

"Comment mesurer la créativité ?

Il existe 3 principales approches, c’est à dire 3 catégories de tâches expérimentales, pour évaluer la créativité des individus. Ces tâches sont aussi utilisées pour explorer les bases cérébrales de la créativité en neuro-imagerie.

  • La famille de tâches la plus utilisée est celle dite de « pensée divergente », qui consiste à demander à des participants de donner le plus d’idées possibles et inhabituelles. Par exemple, la tâche des usages alternatifs, pour laquelle on leur demande quelle utilisation ils pourraient faire d’un objet courant comme un stylo ou un trombone. On regarde alors le nombre d’idées proposées dans un temps donné et à quel point les idées sont originales, c’est-à-dire évoquées plus rarement par les participants.

  • Une deuxième approche, celle des « combinaisons associatives », dérive d’une théorie des années 1960 qui définit la créativité comme la capacité à combiner ensemble des choses qui ne sont habituellement pas associées entre elles, c’est-à-dire à créer de nouvelles associations et combinaisons.

    Cette capacité serait liée en partie à la fluidité et à la flexibilité de l’organisation de nos connaissances dans la mémoire sémantique, le stockage de nos connaissances sur le monde (objets, concepts, situations…). La tâche consiste à proposer trois mots à un participant, qui doit trouver un mot lié à chacun. Par exemple, si l’on vous donne les mots «pain», «culture» et «herbe», il faut trouver le mot « blé ».

  • Une troisième approche consiste à proposer des problèmes à résoudre. La tâche correspond à des petits problèmes qui ressemblent à de petites devinettes. Un des plus connus est le problème des neuf points où il faut relier tous les points en traçant 4 segments de droite, sans lever le stylo. Dans ce cas, le problème que les gens rencontrent est qu’ils restent à l’intérieur du carré virtuel, et souvent restent dans l’impasse de ce carré virtuel. Pour résoudre ce problème, il faut sortir du carré implicite que l’on s’imagine et tracer des segments qui sortent du cadre.

Ainsi ce type de problème permet d’étudier la capacité de sortir de l’impasse, de changer de perspectives et restructurer notre conceptualisation mentale du problème pour envisager d’autres types de réponses possibles que celles automatiquement et immédiatement évoquées. Le deuxième aspect de la créativité que ces problèmes permettent d’étudier est celui de ce qu’on appelle l’insight.

En effet, ces problèmes ont la particularité de susciter un phénomène de « Eureka » (ou insight), c’est-à-dire que la solution vient de façon très soudaine, sans que l’on puisse expliquer comment la solution nous est arrivée, à la différence d’un problème qu’on résout de manière algorithmique ou analytique, dans lequel on est capable d’expliquer toutes les étapes.

Source : https://institutducerveau-icm.org/fr/creativite-neuroscience/

Depuis toujours, on a géré les populations d'élèves comme une masse...

...à uniformiser égalitairement face aux dysfonctionnements sociaux. C’est une nécessité sociale mais pas un objectif professionnel à atteindre.

“L’école doit permettre aux élèves d’acquérir les compétences de base requises pour leur intégration professionnelle et sociale au sein de la société. Il incombe à l’école obligatoire d’offrir à tous les enfants qui lui sont confiés la possibilité de se développer dans des conditions favorables. Toutefois, l’équité de nos écoles est remise en question. En effet, tous les enfants ne bénéficient pas des mêmes chances, ce pour des raisons ne relevant pas de leur responsabilité.

Dans sa prise de position sur la politique en matière de formation «La ville fait école», l’Initiative des villes pour la formation a défini, en 2011, le champ d’action «Des chances pour tous», qui constitue un appel à l’égalité des chances des élèves:

«La Suisse possède une industrie et un secteur des services très développés. Au vu de cette situation, nous ne pouvons pas nous permettre de faire dépendre le succès de la formation principalement de la langue, de l’origine et/ou du milieu socio-économique des enfants.

Tous les enfants, indépendamment de leur origine, doivent pouvoir se développer selon leurs capacités et leurs aptitudes. Ils doivent par la suite prendre leurs responsabilités, pour eux-mêmes et envers la société.»

Les écoles situées dans les centres urbains sont particulièrement mises au défi de s’assurer que tous les élèves puissent atteindre des standards minimum adaptés en raison de l’hétérogénéité des familles. L’origine des élèves ne doit pas impacter leur réussite scolaire.”

Source : Equité à l’école : https://staedteinitiative-bildung.ch/cmsfiles/fr-equite_a_lecole.pdf
Gerold Lauber, President

Il y a une grande différence entre l’égalité et l’équité.

«L’égalité est que tous les élèves doivent apprendre la même chose, de la même façon, malgré leurs compétences différentes. Tous doivent répondre aux mêmes critères, malgré des besoins et des particularités diverses. L’égalité est quand tout le monde a du pain et en même quantité.  Qu’on ait faim ou non, qu’on souffre de carence ou qu’on ne soit pas capable de tout manger.

L’équité est de répondre aux besoins des élèves selon leurs particularités et leur façon d’apprendre. Pour que tous puissent avoir la même chance de réussir, mais différemment. Pour que les élèves dotés de caractéristiques différentes puissent être traités en conséquence de ces différences. De donner à tous, toujours de la même façon, sous-entend de viser « un moule commun », où chaque personne doit pouvoir s’adapter pour y trouver son compte, qu’il en soit capable ou non, que ce moule lui permette de s’épanouir ou non.

Ce n’est pas égoïste de vouloir stimuler davantage des jeunes brillants qui auront beaucoup à donner à la société en retour. Comme ce n’est pas égoïste de prendre soin des élèves qui ont des besoins d’apprentissages différents, d’y répondre en conséquence et de leur laisser plus de temps pour avancer.

Comme on ne demanderait pas à un enfant avec des prothèses de courir aussi vite que les autres. Ça ne sous-entend pas qu’il ne peut pas marcher par lui-même et qu’il puisse réussir à terminer la course avec un peu plus de temps. Et les enfants qui ont des compétences d’athlètes olympiques pour apprendre, il est plutôt triste de leur demander de ne pas exprimer ces belles forces.

Il est d’ailleurs particulier qu’on détecte tôt les futurs athlètes et que nous les entraînons spécialement pour qu’ils développent leur plein potentiel, mais qu’au niveau de l’intelligence, nous ne trouvons pas nécessaire de le faire. Et si en cours de route, par ennui, désintérêt et manque d’estime, nous perdions une quantité phénoménale de futurs athlètes intellectuels » ?  Ainsi que tout ce qu’ils auraient pu redonner à la société”.

Source : https://centrehapax.com/2020/08/equite-scolaire-plutot-que-legalite-eleve-surdoue-2/


L'école de demain sera multiple ou alors elle disparaitra comme un vieux dinosaure. Il y a une transition à amorcer rapidement pour prendre le train en marche. L'école est déjà à 2 vitesses, celle des riches et celle des pauvres. Ne participons pas  à une nouvelle scission, on y perdrait beaucoup au niveau sociétal.

Source image : DepositPhotos - apid



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