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Publié le 23 janvier 2023 Mis à jour le 23 janvier 2023

Pourquoi et comment faire des MOOC un bien commun ?

Se donner les moyens de ses politiques

Dans un contexte foncièrement marqué par un capitalisme farouche, parler du « bien commun » peut paraître idéaliste. Car, tout a un prix et rien n’est cédé sans contrepartie. Et pourtant, l’attention particulière que l’on accorde à la question de l’écologie de nos jours, nous oblige tout de même à nous intéresser à ce sujet. Alors c’est quoi un bien commun ?

Un bien commun est un ensemble de ressources matérielles ou immatérielles, publiques ou privées décidées collectivement comme étant accessibles et/ou gérées par tous « en commun, au service du bien commun », comme le dirait Cécile Renouard (2012). Quand on parle de bien commun, une multitude de réalités peuvent être prises en compte à l’instar de l’éducation, qui est un bien commun très particulier.

Avec les avancées technologiques, on a vu naître plusieurs initiatives visant à rendre accessible l’éducation à travers les MOOC (massive open online course) par exemple. Mais, le coût parfois élevé de ces cours limite l’accès aux certificats sanctionnant la fin des formations, surtout en Afrique subsaharienne[1], ce qui peut freiner son accès au grand nombre. Et pourtant, ces MOOC sont une grande opportunité pour le continent africain et plus particulièrement pour sa partie subsaharienne. Un tel constat nous amène à questionner le bien fondé de faire des MOOCs un bien commun.

L’éducation à distance est valorisée grâce aux MOOC

Internet a cette capacité d’atteindre le plus grand nombre en un clic, dans sa chambre ou dans son salon, sans avir à se déplacer. Cela, certains concepteurs des MOOCs l’ont compris. Car, à l’origine, et même de nos jours, les initiateurs de cette forme d’éducation notamment les deux canadiens Stephen et Downes en 2008, et plus tard deux professeurs de l’Université de Stanford, ont pensé à mettre à la disposition des individus une école ouverte de la sorte, afin de partager des ressources cognitives avec le monde entier. Ceci est d’autant plus vrai que Thierry Curiale, directeur du programme Open Collaboration Learning à Orange, le reconnaît parlant de Coursera (plate-forme américaine de MOOC), en remarquant que cette plateforme a pour objectif de mettre à la disposition du grand nombre, une masse importante de connaissances[2]. On reconnaît une dimension morale[3] dans cette action de partage qui révèle en arrière-plan la notion de bien commun. Est-ce à dire que les MOOC investissent la sphère du bien commun ?

Certes, l’accès à l’éducation est un droit fondamental consacré par des dispositifs normatifs à l’instar de la Déclaration Universelle des droits de l’homme à son article 26 qui stipule que : « toute personne a droit à l’éducation ». Par conséquent, il est un bien commun particulier comme le reconnaît Jean Pierre Proulx[4]. Toutefois, cet accès à l’éducation qui se voudrait massif est conditionné par sa gratuité. Il en est de même pour les MOOC qui est une analogie de l’éducation. C’est dire que, pour que les MOOC soient accessibles à tous, il faudrait qu’ils soient gratuits pour atteindre le plus grand nombre même si certains le sont déjà en réalité.

Pour ceux qui sont payants, leur coût quoique fixé par les établissements qui les dispensent, les individus déboursent en moyenne une dizaine d'euros[5] pour obtenir un certificat de fin de formation. Malheureusement, ce privilège tout le monde ne peut pas se l’offrir étant donné qu’en Afrique subsaharienne, le taux de revenu journalier est estimé entre 4 et 20 dollars, l’équivalent de 3,75 et 18,58 euros[6]. Il est de ce fait clair que ce critère disqualifie d’office des personnes de cette zone qui seraient intéressées par une formation quelconque. Et pourtant, l’objectif originaire est tout à fait noble puisqu’il sert de voûte pour l’accomplissement d’un droit fondamental qui se voudrait commun. Par conséquent, il serait logique que cette voûte qu’est le MOOC investisse la sphère du commun. En dehors de cette idée, aussi faudrait-il mentionner la capacité des MOOC à répondre aux besoins professionnels et même académiques du moment.

Le MOOC répond aux besoins académique et professionnel du moment

Être au service de l’humanité, créer des initiatives et influencer son environnement, tel est l’objectif de toute personne désirant poser sa pierre pour l’édification d’une plus-value dans l’histoire de l’humanité. C’est de cette façon que l’on peut décrire l’initiative de ceux qui sont à l’origine des MOOC. Une telle initiative à caractère philanthropique semble encore plus intéressante lorsque l’on observe des niveaux de développement des pays qui varient selon que l’on est au « Nord »  ou au « Sud ». Par conséquent, il serait possible que l’accès à des connaissances pouvant être considérées comme nouvelles ne soient pas accessibles à tous suivant la zone géographique où l’on se trouve. D’où l’intérêt de rendre des initiatives de cours en ligne gratuits accessibles à tous.

Même s’il faut reconnaître que leur élaboration demande un fort investissement, comme Christine Vaufrey le relève, l’élaboration des MOOCS demande beaucoup de temps pour être plus précis, on parle là des centaines d’heures de préparation[7]. Patrick Jermann ne conçoit pas les choses différemment lorsqu’il reconnaît que « un MOOC représente une bonne centaine d'heures de travail, de la conception à l’encadrement des étudiants pendant un semestre. Une heure de vidéo représente au minimum 4 heures d’enregistrements en studio pour l’enseignant, en plus du temps de scénarisation et de préparation du matériel ».

Toutefois, tout cet acharnement en vaut la peine puisque très souvent ces MOOCs ont pour vocation de résoudre un besoin actuel et ponctuel. C’est dans cette perspective que Matthieu Cisel affirme que le MOOC est capable de combler un déficit éducationnel que ce soit au niveau académique ou professionnel[8]. Cette vocation, parce qu’elle lui permet non seulement de mettre l’instruction à la portée de tous, mais aussi les connaissances nouvelles doit être saluée.

Le MOOC a cette faculté à combler les problèmes éducatifs enregistrés en Afrique subsaharienne. Toutefois, les certificats issus de ce type de formation sont acceptés avec beaucoup de réticence dans certaines universités et pourtant, on peut la considérer comme une preuve de l’arrimage de l’étudiant à la nouvelle logique numérique. Ce qui démontre les capacités de l’apprenant en télétravail, facteur qui compte parfois lors de la recherche de certains emplois.

L’Unesco pour atteindre son objectif dans l’éducation, à savoir l’éducation pour tous, pourrait s’engager à financer ou à mettre sur pied de politiques de financement des MOOC afin de les rendre accessibles et gratuits à travers le monde. Même si la gratuité ne garantit pas l’accès pour tous, dans la mesure où tous les pays ne bénéficient pas de l’accès à l’énergie et autres outils nécessaires pour le fonctionnement des MOOC, elle pourrait favoriser l’augmentation du taux d’accès à l’éducation.

Références


[1] Aaron Akinocho, 2019, « MOOCs entre fantasme et réalité, quel impact sur l’éducation en Afrique », en ligne
https://urlz.fr/kk49

[2] Hello Future, 2017, « Mooc, des connaissances et des compétences à portée de clic », en ligne
https://hellofuture.orange.com/fr/mooc-des-connaissances-et-des-competences-portee-de-clic/

[3] Mathieu Cisel, « des MOOC pour « partager des connaissances » et « répondre à un besoin de formation » », en ligne
https://urlz.fr/ksSG

[4] Jean Pierre Proulx, 2004, « l’éducation, un bien commun particulier », OpenEditions Journals, Vol 6, No 1, en ligne
https://journals.openedition.org/ethiquepublique/2053 .

[5] Chauveau Julie, 2021, « Pourquoi s’intéresser aux candidats ayant validé des MOOC ? », DigitalRecruiters,
https://urlz.fr/ksSQ

[6] Laurent Bigot, 2017, « oui le taux de pauvreté en Afrique recule, mais le nombre de pauvre augmente », Le monde Afrique, en ligne
https://urlz.fr/ksST

[7] Christine Vaufrey, « très chers MOOC… avoir les moyens de produire les MOOCs académiques. Des alternatives existent », Thot Cursus
https://cursus.edu/fr/9318/tres-chers-moocs

[8]   Matthieu Cisel, « des MOOC pour « partager des connaissances » et « répondre à un besoin de formation », en ligne,
https://urlz.fr/ksSG


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