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Publié le 24 janvier 2023 Mis à jour le 24 janvier 2023

Chat GPT une intelligence ?

Dépasser l’hégémonie du mental

Robot assis

Comme à chaque nouvelle avancée technologique l’espoir et la peur se dispute le terrain de l’illusion et du commentaire. Chat GPT est-elle une intelligence ?

Redéfinir l’intelligence

Il y a bien longtemps que la machine a montré ses capacités à gagner aux échecs. Mais est ce  de l’intelligence ? Est-ce autre chose qu’une capacité à gérer de l’information ?

Les dernières avancés scientifiques en matière de neurophysiologie semblent indiquer que l’activité de pensée des hommes ne se résume pas à leur activité cognitive : on ne pense pas qu’avec sa tête. Le cerveau qu’on a toujours cru etre le siège de la pensée semble etre plutôt réduit à une fonction de gestion et de coordination des informations sensorielles produites par ailleurs dans le corps et notamment par le cerveau entérique.

Notre conception de l’intelligence nous fait privilégier la gestion de l’information sur la production de l’information. Toutes les démarches de développement personnel ou spirituel ont pointé du doigt ce déficit de conscience du siège de la production d’information en tentant d’amener les individus à dépasser l’hégémonie du mental et d'une conception de l’intelligence comme se résumant à l’activité cognitive.

Qu’appelons-nous intelligence ?

En réalité notre conception de l’intelligence se résume souvent à la capacité à élaborer le plus rapidement possible des habitudes mentales des « arc-reflexes cognitifs » qui nous permettent de répondre aux stimuli sociaux. Ne considérons-nous pas qu’un rat a fait preuve d’intelligence quand il a réussi rapidement à aller sans erreurs d’un point à un autre du labyrinthe ? Alors qu’en fait c’est plutôt tout le temps où il a erré dans le labyrinthe avec une suite d’essais-erreurs qu’il a fait preuve d’intelligence. Il a initialisé des actions, gérés des essais erreurs, tiré des leçons de son interaction avec son environnement, élaboré des stratégies, les a mémorisé.

Mais on ne conclut à l’intelligence que quand il produit la performance attendue par le chercheur : il en va ainsi de l’enfant à l’école. Il va rassurer l’enseignant sur sa raison d’être en produisant rapidement la réponse attendue. Comme le rat dans le labyrinthe, ce sont les habitudes de pensée qui constituent le mental qu’on identifie comme étant l’intelligence. Ainsi on assimile la performance cognitive à l’intelligence  alors qu’elle n’en est que l’observable.

Or on peut faire une autre hypothèse sur la fonction du cerveau ou en tout cas des fonctions cognitives supérieures ou du néo cortex. Il semble que sa fonction soit comme le QG militaire et la tour de contrôle, une instance qui coordonne des informations sensorielles venant d’ailleurs pour produire du sens. En effet comme le montre la recherche (La décision - Berthoz), le sens de notre environnement est une décision que nous prenons, sans avoir conscience de comment nous nous y prenons pour faire cela.

Et c’est à partir de ces décisions de sens que nous prenons nos décisions d’action.

Dans un précédent article j’avais proposé de ramener le concept d’intelligence artificielle à une réalité plus banale et plus modeste de Gestion Automatisée des Flux  d’Information (GAFI). (L'intelligence artificielle : un mythe réactualisé).  Mais comme Deep Blue en son temps, Chat Gpt demeure un objet technologique de plus.

Chaque fois qu’une nouvelle technologie apparait, ressurgit Don Quichotte qui se battait contre les moulins a vent, premiers objets technologiques destinés à augmenter la productivité. Le rejet  qui ressurgit est la même que celui qui poussait les ouvriers tisserands qui «sabotaient» les machines à tisser en y jetant leur sabot. Mais pour voir dans cette nouvelle technologie un concurrent pour l’homme il faudrait qu’il en ait les caractéristiques. L’homme sait qu’il existe et en a conscience. En va-t-il de même pour notre machine

Chat GPT existe-t-elle ?

Je lui ai posé la question et il semble que de son propre point de vue elle n’existe pas.  Notre échange :


Du point de vue de ses concepteurs il semble que l’intelligence puisse exister sans conscience.  C’est en soi le cœur du problème que nous créons avec ces machines. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais.

On peut discuter de l’abus de langage que constitue cette définition de l’intelligence. Jerome BRUNER dans son ouvrage « Savoir dire, savoir faire » disait: « l’idéogramme chinois transcrivant "pensée" combine les traits de "tête" et ceux de "coeur". Quel dommage qu'il ne comporte pas aussi ceux de "autres" car il illustrerait à merveille notre propos. ».

L’intelligence n’est pas un état mais une dynamique. On n’est pas intelligent, mais on est « en intelligence avec ». C’est une dynamique qui s’auto-produit. Une dynamique capable d’être dans l’action et pas seulement dans la réaction. Dans la réaction comme peut l’être la machine qui ne peut que répondre à une sollicitation. À aucun moment on peut imaginer cette machine décider de venir de son propre chef nous solliciter. L’intelligence renvoie à la capacité à être à l’initiative d’action qui permettent de gérer des relations et à être en bonne intelligence avec les autres, son environnement et surtout avec soi-même.

Le problème de cet outil n’est pas tant qu’il est un concurrent à l’intelligence de l’homme. Il réside essentiellement en ce que sa complexité rend plus difficile la perception des biais qu’il produit. Difficile aussi d’avoir un regard distancié et critique sur ses productions.

Comme à chaque fois qu’une nouvelle technologie multiplie la puissance d’action, elle nous oblige à plus de conscience, plus d’éthique, plus de regard critique et à une vision à plus long terme des effets possibles. Ce qui nous a manqué dans la gestion des énergies fossiles.

Il en est de nos passions comme de l’eau et du feu : ce sont de bons serviteurs mais de mauvais maitres. Disait Roger L’Estrange. Au lieu de se laisser hypnotiser par le coté magique de cette nouvelle technologie il est plus urgent d’être consciemment attentif à ce qu’on en fait. 

À propos de machine à tisser, je rappellerai cet évènement historique du 19 ième siècle d’un consul de France au Maroc qui a vendu à prix coutant une machine à tisser à un artisan local qui est devenu rapidement un industriel puissant mettant en faillite de nombreux petits artisans. Puis à chaque fois que la machine tombait en panne ou nécessitait un intervention extérieure, l’industriel repayait le prix qu’il avait payé pour acquérir la machine.

S’il avait été un industriel intelligent et éclairé il aurait pu anticiper sur la suite et savoir dire non à quelque chose qui pouvait représenter un risque ou considérer de meilleures conditions. Dire non à quelque chose qu’on peut pourtant faire c’est ce qui caractérise un adulte : savoir se dire « non » même quand c’est possible. Ce qui n’est pas le cas de nos sociétés en ce qui concerne la question de l’énergie fossile. Et se dire non à soi n’est pas non plus une capacité des machines c’est en ce sens qu’elle ne pourront pas être intelligentes.


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