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Publié le 01 juin 2023 Mis à jour le 01 juin 2023

Le Ndop : un élément patrimonial internationalisé en danger

Comment assurer la survie de cet art patrimonial?

Des étoffes de Ndop

Dans un contexte culturel mondialisé qui pourrait virer vers une uniformisation de la planète, il semble important d’exister d’une certaine manière dans ce monde. Cette existence est tributaire de la capacité de chaque peuple à proposer quelque chose de singulier afin de ne pas se rendre bras ballants au « rendez-vous du donner et du recevoir », en proposant un élément culturel porteur d’identité.

Au Cameroun, par exemple, l’on compte plusieurs initiatives locales allant dans ce sillage. Mais, celle qui fait l’objet de cet article est le Ndop. Nous entendons ici démontrer comment cet élément culturel a su transcender les frontières nationales. Pour ce faire, il semble important de retracer l’histoire de ce tissu traditionnel d’abord, de son processus de fabrication ensuite et enfin de mettre en lumière les dangers d’une telle vulgarisation.

Un détour sur l’histoire du Ndop

Originaire de la région de l’Ouest Cameroun, le Ndop est un tissu traditionnel à forte imprégnation culturel du fait des figures géométriques qui la constituent, témoignant de la cosmogonie du peuple dont il raconte l’histoire. Perrois et Notué ne conçoivent pas autrement les choses lorsqu’ils affirment que le Ndop « est un livre où l’on peut suivre le message transcrit par le brodeur au moyen de signes ». Ayant une forte ressemblance avec le Ndop Wukari venu du Nigéria, la présence du Ndop chez les peuples Grassfield remonte au XIXe siècle. Ce tissu a servi longtemps de monnaie d'échange entre le Nigéria et les peuples Grassfield jusqu’à une période avancée du XXe siècle, avant d’être remplacé progressivement par la monnaie papier.

Mais, le Ndop typiquement camerounais doit ses origines au roi Njoya qui a débuté sa fabrication dans la ville de Foumban. Ainsi, c’est à partir de 1914 que l’on parvient à percevoir ce tissu aux graphiques particuliers sur les photographies de la cour de Foumban. Destiné à la confection de vêtements des hauts dignitaires de la société traditionnelle bamiléké et bamoun, à l’instar des chefs, des notables, des membres des sociétés secrètes, notons que cette étoffe sert de manière générale lors des coutumes funéraires, agraires et rituelles. La réalisation de ce vêtement est le produit d’un processus reliant deux régions du Cameroun telles que le Nord et l’Ouest, qui sont ses principaux pôles de réalisation. Alors comment obtient-on ce tissu prestigieux ?

Les étapes de fabrication du Ndop

La fabrication du Ndop original suit le circuit de production suivant : au nord le tissage et la teinture sont opérés et à l’ouest les travaux de sur-couture et de finition. Se déroulant au nord du Cameroun, plus précisément à Garoua, la première étape consiste en un filage manuel. Cet exercice se fait soit seul ou au nombre de cinq environ. Une fois cette étape achevée, les tisserands entrent en scène. Ceux-ci tissent un ruban mince de coton écru appelé « gabaga » qu’ils vendent aux artisans venus de l’ouest. La moitié du travail effectué, ceux-ci peuvent reprendre la route de l’Ouest où le tissu poursuivra sa métamorphose grâce au savoir-faire des artisans.

Une fois à l’Ouest, les artisans cousent les tissus bord à bord afin d’obtenir une assez grande toile. Ainsi, sur chaque pièce écrue, un maître-artisan se sert d’une fourche de bambou taillé et trempée dans une encre végétale brune pour tracer les différents motifs qui constituent le Ndop. Plus tard, ces motifs seront matérialisés par des nœuds ou des ligatures de tissus à l’aide du fil de raphia qui sera retiré après la teinture du tissu.  Cette deuxième étape terminée, le tissu brodé est renvoyé à Garoua pour la teinture dans l’indigo. Une fois séché, le Ndop est transporté de nouveau à l’ouest par voie terrestre pour être acheminé dans les principaux pouls de production et de distribution à savoir Bandjoun, Foumban et Baham. Ces étapes particulières mettent en exergue un savoir-faire qui tend malheureusement à disparaître si rien n’est fait.

Sauver le Ndop, un devoir pour la jeune génération ?

Si grâce à la mondialisation, des opportunités plurielles sont offertes à tous les peuples, cette machine bienfaitrice a le petit défaut de broyer certaines particularités sur son passage lorsque les mesures nécessaires ne sont pas prises. C’est le cas du Ndop qui, grâce à sa magnificence a su séduire les sociétés de production industrielle qui parviennent à proposer sur le marché camerounais des tissus de basse qualité qui ne sont que des copies pâles du Ndop d'une part. D'autre part, l’appropriation des motifs de ce tissu par la célèbre maison de couture Hermès fait partie des initiatives qui contribuent grandement à la détérioration du caractère symbolique de ce tissu et à la longue, à la perte du savoir-faire artisanal selon les défenseurs de ce tissu à l’instar de Hermann Yongueu, président-fondateur de l’association "Sauvons le Ndop". Notons que cet art était transmis de génération en génération. Mais de plus en plus, avec l’avènement de la modernité, les jeunes fuient les campagnes pour les villes et s’intéressent de moins en moins à cet art.

S’il est vrai que les initiatives comme celles que nous avons signalé ci-dessus contribuent à une démocratisation du Ndop qui sort de sa sphère traditionnelle originelle, il n’en demeure pas moins qu’avec l’afflux des copies pâles de ce tissu les jeunes générations ne seront pas conscientes de sa valeur symbolique et même ne seront pas en mesure de distinguer l’original des copies. Cette inquiétude forme aussi l’un des chevaux de bataille de l’Association "Sauvons le Ndop".

C’est dans cette perspective de sauvegarde que l’on observe de plus en plus les acteurs de la musique urbaine arborer ce tissu à l’exemple de la rappeuse Kameni dans son vidéoclip "Back to sender" ou encore lors des jeux olympiques de Tokyo 2020, les athlètes camerounais ont porté fièrement cet élément patrimonial. Parmi ces initiatives, il convient de souligner également les Awards du Ndop et du Toghu mis sur pied par Hermann Yongueu.

Si l’association "Sauvons le Ndop" a déjà pu faire inscrire ce joyau au sein du patrimoine national, le chemin reste tout de même long. La prochaine étape serait que le Ndop intègre la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO afin de préserver ce savoir-faire en danger. Mais avant d’y arriver, il faudrait trouver des stratégies locales afin que la jeune génération plus citadine, et portées vers les métiers comme celui du transport de personnes à moto puisse s’intéresser à ce savoir-faire. Pourquoi ne pas créer une académie de couture Ndop afin de transmettre ces techniques? 

Références

AWOUNANG S. Francine, KOUOSSEU Jules, 2020, « Le tissu « ndop ». Un processus de fabrication entre tradition et modernité, dans l’Ouest Cameroun », e-Phaïstos, VIII- 1 en ligne https://journals.openedition.org/ephaistos/7739

DELPIERRE Antoine, 2022, « Cameroun : ndop un tissu traditionnel menacé » en ligne https://information.tv5monde.com/afrique/cameroun-le-ndop-un-tissu-traditionnel-menace-820069 

FOUTE Franck, 2021, « Cameroun : le ndop fait son retour dans le sillage du wax », en ligne https://www.jeuneafrique.com/1133443/culture/cameroun-le-ndop-fait-son-retour-dans-le-sillage-du-wax/

NKEMENI Fanda, « Awards du ndop et toghu : un évènement pour célébrer les artisan », en ligne https://voixdesjeunes.com/actualite/awards-du-ndop-et-toghu-un-evenement-pour-celebrer-les-artisans-du-ndop-et-toghu


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