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Publié le 14 juin 2023 Mis à jour le 15 juin 2023
Les pays africains subsahariens ont expérimenté des systèmes éducatifs hérités des puissances coloniales. Après plus de soixante ans et après avoir expérimenté plusieurs approches, parmi lesquelles l’approche par les objectifs et l’approche par les compétences, le niveau de développement en Afrique n’est pas toujours à la hauteur des attentes de la population. Du coup, d’autres solutions voient le jour. Depuis 2011, le Maroc expérimente l’école alternative à travers l’installation de l’école Montessori. La toute dernière école à voir le jour dans ce pays est Loppsi Kindergarten School. C’est une crèche-maternelle créée en 2022 « inspirée du modèle pédagogique finlandais et qui vient s’ajouter à la liste des structures d’enseignement dit « alternatif » proposées aux parents d’élèves du royaume» (Achraf Tijani).
En Afrique subsaharienne, précisément dans les pays francophones, quelques projets ont vu le jour. L’une des premières écoles du genre est ECOLOJAH au Bénin. Récemment au Cameroun, c’est l’École des lendemains, du Leadership et de l’entrepreneuriat (ELLE) qui a été lancée. Ces deux écoles se réclament être des écoles alternatives; du coup qu’est-ce qu’ une école alternative ?
Les écoles alternatives ont la particularité de ne pas imposer un système de connaissance et de pensée aux élèves. Les apprenants seraient les principaux acteurs dans la mesure où ils contribuent à la mise sur pied des contenus. Ce serait des écoles qui accordent de l’importance à l’épanouissement des apprenants. Pour mieux comprendre cette approche pédagogique, nous nous approprions cette définition du Lycée la Jonchère :
« Qu’elle soit inspirée de Maria Montessori, Rudolf Steiner, Célestin Freinet… l’école alternative couvre des courants pédagogiques qui font de l’enfant un acteur de ses propres apprentissages. Appelées aussi pédagogies actives, ces pédagogies alternatives, fondées sur une approche bienveillante, se distinguent de la pédagogie traditionnelle dans la mesure où elles n’imposent pas, comme au sein de l’Éducation nationale, l’autorité d’un professeur, un programme prédéfini, des notes, des sanctions. »
Même si ces écoles ont le vent en poupe, il ne faut pas perdre de vue qu’elles ne sont pas parfaites. Dans un article sur le site en ligne « ça m’intéresse», les rédacteurs présentent les avantages et les inconvénients de ces écoles. La créativité, l’épanouissement, l’autonomie sont entre autres des points positifs. Par contre, ces écoles ne seraient pas si élitistes et le parcours des enseignants n’est pas assez clair. Elles seraient également très coûteuses car détenues par le secteur privé. Malgré ses limites, ces écoles se développent en Afrique. Du coup, en quoi est-ce qu’elles peuvent contribuer au développement de l’Afrique ?
À travers trois exemples d’écoles alternatives, nous allons questionner son importance en Afrique.
L’école Montessori est la principale école alternative du monde. En Afrique, elle est très courue, entre autres par des ressortissants du Ghana, d ’Afrique du Sud et du Nigéria. Elle est principalement sollicitée par la classe moyenne en quête du meilleur pour leurs enfants. Parlant de son public, Marie-Laure Viaud affirme : « Ces nouvelles classes moyennes des pays émergents, en quête de la « meilleure école » pour leur enfant, sont peut-être, au niveau mondial, les premiers « demandeurs » d’écoles Montessori. » (2017).
Même si l’école Montessori a le vent en poupe, il faut préciser qu’elle n’a pas trouvé un terrain vierge en Afrique. ECOLOJAH, créée en 2000 à Ouidah au Bénin, est une originalité dans l’éducation au Bénin. En plus de matières classiques comme les mathématiques et la géographie, cette école enseigne aux apprenants l’usage optimal de la nature non seulement pour satisfaire leurs besoins mais également pour la protéger :
« Dès le plus jeune âge, les élèves sont initiés à la culture maraîchère et au désherbage. Le cours d’art utilitaire leur permet d’apprendre à faire des ustensiles en coco, des assiettes et des saladiers en calebasse …. Ils font de la transformation agroalimentaire avec la production de lait de soja, jus et breuvage (jus bissap, jus de baobab …). Ils ont également des cours en éducation végétalienne » (Wandara).
C’est donc une école qui tient compte de la communauté, de l’environnement auquel ses apprenants évoluent. Elle paraît futuriste. Si l’école de Ouidah forme les jeunes dès le bas âge et enseigne certaines matières du système classique d’éducation au Bénin, ce n’est pas le cas de l’école école alternative ELLE (Ecole des Lendemains, du Leadership et de l'Entreprenariat) du Cameroun.
L’école ELLE est une idée du jeune Binyou Bi-Homb Marius Yannick. Selon ce jeune camerounais, le système éducatif ne permet plus aux jeunes du Cameroun de s’épanouir. En plus du système classique, les jeunes désœuvrés et mêmes travailleurs devraient bénéficier de formations qui prennent en compte leur environnement immédiat. C’est ainsi que depuis mai 2023, un appel à candidature a été lancé dans trois villes du Cameroun : Dschang, Douala et Yaoundé pour la première cuvée. Pendant trois ans et à travers une séance de coaching par mois, cette école espère donner la possibilité à ses apprenants d’être des auto entrepreneurs, de transformer leur environnement et de susciter le développement de leurs communautés. C’est une école qui fait intervenir des facilitateurs de domaines divers mais principalement orientés vers les enseignements pratiques.
Au demeurant, on peut affirmer que les écoles alternatives n’ont pas une approche unique même si la pédagogie active est au centre de leur fonctionnement. Selon le pays et les contextes dans lesquels elles sont créées, elles adaptent leurs méthodes. Elles ne sont alternatives que parce qu’elles essaient de faire ou font les choses différemment. Elles sortent du cadre éducatif national dans les pays où elles se trouvent. Cependant, il faut remarquer que les apprenants y adhèrent librement et ont la possibilité de contribuer à la production de contenus. Il est encore très tôt pour évaluer leurs impacts réels; néanmoins, ce sont des propositions à ne pas négliger tant que les apprenants s‘épanouissent et font la fierté de leur entourage.
Bibliographie
Tijani, Achraf, (2022), « Maroc : l’enseignement « alternatif » séduit de plus en plus de parents» , Jeune Afrique, https://www.jeuneafrique.com/1378368/societe/maroc-lenseignement-alternatif-seduit-de-plus-en-plus-de-parents/
La Jonchère, (2023 ), « L’école autrement : les différentes écoles alternatives», La jonchère, https://lajonchere.org/blog/lecole-autrement-les-differentes-ecoles-alternatives/
Viaud, Marie-Laure, (2017), « Les écoles Montessori dans le monde », https://journals.openedition.org/ries/6047?lang=en#tocto2n6
Wandara, (2020), « Découvrez l’école panafricaine béninoise « ECOLOJAH » , https://www.myafroweek.com/decouvrez-lecole-panafricaine-beninoise-ecolojah/