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Publié le 28 novembre 2023 Mis à jour le 29 novembre 2023

La reconnaissance professionnelle du métier d'aide à domicile

Un métier sous-estimé, pourtant utile

Bénéficier d’une rétribution après un travail abattu constitue l’attente de tout travailleur, peu importe son métier. Mais cela ne va pas toujours de soi pour ce qui est du «petit personnel» dans les établissements scolaires à l’exemple des cuisiniers, des techniciens de surface… du fait de la naturalisation de leurs compétences - comme quoi tout le monde peut faire le ménage -. Du coup, ces corps de métier connaissent une dévalorisation de leur travail, pourtant utile à la société. 

C’est dans ce sillage que Lucy Poquet rédige un mémoire de Master dans lequel elle interroge le manque de reconnaissance des aides à domicile – il s’agit concrètement des agents à domicile, les employés à domicile et les auxiliaires de vie sociale -, mémoire qu’elle titre comme suit : «La reconnaissance professionnelle du métier d’aide à domicile». 

L’objectif de cette recherche est de comprendre les raisons qui peuvent expliquer le manque de reconnaissance de la profession d’aide à domicile, de dégager les pistes de réflexion permettant d’apporter une ébauche de solution au problème. La question de recherche est : « Dans quelle mesure les aides à domicile peuvent-elles éprouver de la reconnaissance professionnelle alors même que la société peine à reconnaître leur profession ?»

Pour répondre à cette question, la chercheuse procède par une présentation de la revue de la littérature, du cadre théorique, de l’analyse des résultats, ainsi que des pistes de réflexion.

Revue de la littérature

D’entrée de jeu, la chercheuse dresse une vue panoramique du métier d’aide à domicile, qui est un secteur en croissance à cause du vieillissement de la population. Par ailleurs, elle dévoile les conditions pénibles de travail de ces agents parfois amenés à exécuter des tâches de manutention auprès de la personne accompagnée et lors des tâches ménagères d’une part, et d’autre part à travers une plage horaire à la fois intense et dense rendant difficile la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.

Après avoir dressé une vue panoramique sur ce métier, on a droit à un rappel historique concernant la naissance de ce métier. Delà, il ressort qu’elle voit le jour à la fin du XIXe siècle. mais qu'elle devient une profession à part entière dans les années 70- 80 grâce à la Convention Collective Nationale des Organismes d'Aide ou de Maintien à Domicile du 11 mai 1983. À partir de cet instant naît un débat autour du statut de cette activité : «Les aides à domicile, métier ou profession ?»

La chercheuse table sur le fait qu’il s’agit bel et bien d’un métier, vu qu’il est possible de l’exercer sans diplôme, il n’existe pas d’ordre professionnel constitué. Un métier étant, remarque la chercheuse, une activité nécessitant la maîtrise d’une technique, d’un art ayant pour but de rendre un service. 

À la suite de ce rappel historique, Lucy Poquet procède par une définition des termes clés de son travail à savoir compétence et professionnalisation d’une part, et la reconnaissance professionnelle d’autre part. Elle conclut que « les compétences sont le lit et le résultat d’un processus de professionnalisation qui participe à l’efficacité dans le travail mais aussi à la reconnaissance politique et sociale d’une profession ». Quant à la reconnaissance professionnelle, elle est une quête de confirmation des capacités qu’un individu attend d’autrui. Elle contribue à la construction de l’identité d’un acteur, qui n’attend qu’une rétribution morale pour le travail accompli. 

Après la définition des mots de son travail, Lucy Poquet, spécifie les bienfaits de la reconnaissance, et les conséquences d’une absence de reconnaissance. Dans le premier cas de figure, la reconnaissance favorise la fidélisation des employés, la satisfaction de la clientèle, le renforcement de l’estime de soi entre autres. À contrario, le manque de reconnaissance que Honneth assimile au déni et au mépris, contribue à l’invisibilisation de l’employé qui voit son identité professionnelle s’étioler. Ce qui donnera lieu au roulement de personnel, à l’absentéisme, à l’absence de coopération avec les autres acteurs, etc. (Roche (2014). Si toutes les professions son utiles, pourquoi la société accorde plus de crédit à certaines qu’à d’autres ?

L’absence de reconnaissance du métier d’aide à domicile, pourtant reconnu par les pouvoirs publics comme indispensable pour des personnes en perte d’autonomie dans une société vieillissante, s’explique par trois éléments notamment :  

  • La naturalisation des compétences (Devetter et Puissant 2018, p 35) ; 
  • La négation de la pénibilité de leur travail ; 
  • La facilité d’accès à ce métier pour les catégories dites « sous employées » (Devetter et Puissant, 2018, p 41).

Afin de mener à bien ce travail dans les règles de l’art, la chercheuse convoque un cadre méthodologique.

Cadre méthodologique

Lucy opte pour une méthode qualitative et des entretiens exploratoires semi-directif. La population enquêtée quant à elle, comporte :

  • Une assistante d’une mandataire judiciaire chargée de la coordination des aides et des soins et une infirmière libérale;
  • Une responsable de secteur en charge d’une équipe d’aide à domicile et participant aux recrutements de celles-ci;
  • Cinq aides à domicile exerçant dans différents secteurs.

À la suite de son enquête, la chercheuse dégage des résultats de recherche et des pistes de réflexion. 

Résultats et pistes de réflexion

Selon les résultats de son enquête, il s’ensuit que le manque de reconnaissance de l’aide à domicile est dû à :

  • Une méconnaissance des missions de l’aide à domicile 
  • Le métier d’aide à domicile pénible et peu rémunéré ;
  • Le diplôme est facultatif pour l’exercice de ce métier, pourtant la formation est la clé d’un positionnement professionnel ;
  • •Il existe une hiérarchisation symbolique des métiers d’aide.

Concernant les compétences des aides à domicile, il ressort que :

  • Les compétences des aides à domicile sont d’ordre organisationnelle, relationnelle et communicationnelle, sanitaire et domestiques.

Pour ce qui est de la reconnaissance que ces agents reçoivent, on retient que :

  • Les aides à domicile reçoivent de la reconnaissance de la part des bénéficiaires et leur famille, de leur structure d’attache, et de certains professionnels intervenant au domicile ;

  • Les professionnels d’aide à domicile trouvent de la reconnaissance à travers le service rendu et en tissant des liens avec la personne qu’ils accompagnent.

Quant aux pistes de réflexion, pouvant améliorer leur condition de travail l’on note entre autres :

  • La reconnaissance des compétences et de pénibilité ;
  • La médiatisation du métier
  • La formation

Illustration : alexraths - DepositPhotos

Références

Poquet Lucy, 2022, « La reconnaissance professionnelle du métier d’aide à Domicile », Sciences de l’Homme et Société, en ligne
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03850965



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