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Publié le 17 janvier 2024 Mis à jour le 17 janvier 2024

La résillience climatique... par la prévention et le respect des lois

Se donner les moyens, prendre les moyens.

Innondation

À Lagos, au Nigeria

Depuis 10 ans est apparue une nouvelle catégorie de citoyens appelée les nomades climatiques. Ces personnes vivent au bord de la mer depuis plus de 1000 ans et maintenant quand la mer monte pendant les grandes marées, elle envahit les maisons qui deviennent inhabitables pendant quelques mois de l’année. En attendant les marées basses, ces personnes vivent ailleurs.

À Uvira, en République Démocratique du Congo

Lorsque les pluies tombent abondamment, elles ruissellent des montagnes, deviennent des torrents et rejoignent les fleuves et les lacs. Les ponts sont sous-dimensionnés car non prévus pour de tels débits liées au réchauffement climatique. Cette eau qui s'engouffre sous les ponts et derrière les ponts des rives s'érodent et des quartiers de ville s’effondrent.

Quelle est la différence entre les deux ?

D’un côté, Lagos bénéficie d’un savoir faire constructif d’un niveau beaucoup plus élevé qu’à Uvira. Après le passage de la mer, les bâtiments de Lagos sont toujours debout alors que ceux d’Uvira, construits plus traditionnellement avec des matériaux de fortune, s’en vont avec le courant. 

“Lagos, 2050
Dans la mégapole tentaculaire qui se répand sur plus de 1.000 kilomètres carrés, 16 à 22 millions d’habitants s’entassent. Les gouvernements du monde ont échoué à se mettre d’accord non seulement pour respecter l’Accord de Paris, mais aussi pour aider les États africains à s’adapter à la catastrophe annoncée. La température s’est globalement élevée de 2,7 degrés (scénario RCP-4.5 du Giec) et la mer s’est élevée de mer de 25 à 30 cm et atteint 80 cm par endroits, voire 1,50 mètre en cas de survenance de phénomène extrême (scénario SSP2-4,5).

Sur les 20 districts constituant la ville de Lagos, construite originellement sur une lagune, 14 sont entièrement sous l’eau et 82 % des zones humides sont affectées par la montée de la mer, générant une perte de biodiversité et une destruction des écosystèmes associés. Plus de 3 millions de personnes sont concernées par cette élévation et par le réchauffement climatique, 1,5 million d’entre elles ont dû être relogées tant bien que mal et 2 millions vivent dans un état de pauvreté et extrême pauvreté. Sous l’effet de l’avancée de l’océan Atlantique, 400 centres de santé ont cessé de fonctionner privant plus de 2 millions de personnes d’accès aux soins.

Plus de 500 écoles ont également été obligées de fermer leurs portes empêchant l’accès à l’éducation de plus de 500.000 étudiants…

Pour préparer la plus grande ville du Nigéria aux conséquences du réchauffement, le Boston Consulting Group a modélisé les conséquences humaines et financières à 2050 et présenté un plan de résilience d’ici à 2030. Reste à trouver les financeurs…"

Source : COP 27 : Lagos, emblème de l’adaptation en Afrique - dec 2022
https://www.lesechos.fr/weekend/planete/cop-27-lagos-embleme-de-ladaptation-en-afrique-1915198

En 2023, Uvira, une veille de 700 000 habitants, est laissée presque seule à elle-même. Quelques ONG internationales sur place monitore la situation mais en attendant 150 000 personnes ont perdu leur logement. Ils vivent à 80% sous des tentes de fortune abandonnés à leur sort. C’est une catastrophe climatique nationale, c’est au pays de payer les aides. Jusqu’à présent l’aide nationale et internationale est extrêmement réduite. 

L’ONG suisse ECOSYSTEM VLG world a travaillé sur la zone depuis quelques années et sur la cartographie des zones à risque afin de prévenir de nouveaux désastres.

“CHAMPS d’ACTION PRIORITAIRES 
La ville connaît actuellement deux sérieux problèmes environnementaux dont les inondations  et les érosions liées au changement climatique et aux actions anthropiques. 

Inondations 
Depuis les années 1900 jusqu’à nos jours, la ville d’Uvira est affectée par des inondations  récurrentes qui causent des pertes en vies humaines et dégâts matériels énormes. À titre d’exemple, les cours d’eau Kamongola, Kalimabenge, Nyarumanga, Mulongwe et Kavimvira  ont connu plus de 64 crues qui ont causées plus de 163 décès et beaucoup de dégâts matériels  (10 393 maisons détruites et ensevelies, destructions de plusieurs écoles, centres de santés,  églises…).

Érosion

En plus, la ville est menacée par les effets érosifs dont les glissements de terrain (plus de 120),  ravinement (plus de 90 dont certains isolent les avenues et quartiers), la RN5 coupée en  plusieurs endroits et l'érosion des berges des cours d’eau.

De ce qui précède, il y a lieu de confirmer que la ville d’Uvira est vouée à la disparition si  aucune intervention n’est envisagée.  C’est pourquoi, l’équipe des consultants du CRH-UVIRA se sont décidés d’élaborer ce présent  rapport en vue de trouver des solutions à ces menaces.

Stratégies de solutions

Cartographier les formes d’érosions, les zones d’inondation, les zones à haut risque; 
Déterminer le climat, l’hydrologie des bassins versants des cours d’eau d’Uvira ; 
Exécuter  le programme de lutte antiérosive et restaurer la couverture végétale dans les bassins de  cours d’eau traversant la ville d’Uvira ;  
Protéger l’habitat menacé par ces fléaux ; 
Mettre en place les stratégies de contrôle et de prévention des catastrophes
Sensibilisation de la population sur les pratiques agricoles
Protection de  l’environnement, 
Respect de la législation sur l’occupation des zones côtières,  riveraines et à haut risque”.  

Source : Rapport intermédiaire : Rapport sur les Inondations dans la Ville d'Uvira 2023
https://docs.google.com/document/d/1Pfp9Ik2nM3CrsJTtDI66HbiyaoTJ8k2CFPwZpyoHMzM/edit?usp=sharing

Si nous reprenons les points un par un :

  • Cartographier les formes d’érosions : Oui c’est possible car un terrain qui va s’effondrer présente des spécificités d’érosion. Cela veut dire que ce genre de catastrophe peut dans beaucoup de cas s’anticiper.
  • Déterminer le climat, l’hydrologie des bassins versants des cours d’eau d’Uvira; car une catastrophe ne frappe pas au hasard. Si il y a des perturbations pluviométriques, celles-ci créent des perturbations hydrologiques comme des inondations récurrentes.
  • Exécuter  le programme de lutte antiérosive… Un terrain stable sera plus résilient, plus fort face à des agressions comme des inondations qu’un terrain abîmé par d’autres phénomènes comme la déforestation, l’agriculture intensive, les sécheresses à répétition. Un sol sain est plus à même de résister aux agressions.
  • Protéger l’habitat menacé par ces fléaux; Dans certains cas, comme dans le cas de la montée du niveau de la mer, nous pouvons anticiper et si nous pouvons anticiper, nous pouvons protéger pendant un moment de ces montées des eaux. Après c’est une question de moyen, au japon, il y a des murs gigantesques le long des côtes, en France les bords de mer sont protégés par d’énormes cailloux. Après, cela a une certaine limite et il faut préparer l’évacuation définitive.
  • Mettre en place les stratégies de contrôle et de prévention des catastrophes. Plus nous observons et enquêtons et plus nous serons à même de faire de bonnes évaluations de situation et donc de mettre en place de bonnes stratégies de prévention.
  • Tout en sachant qu’aujourd’hui, il n’y a pas ou peu de financements dédiés à la prévention. Toutes les aides sont tournées vers la gestion des crises et des victimes. Il y a un remaniement à penser car si on peut prévenir alors on réduit drastiquement le nombre des victimes.
  • Sensibilisation de la population… sur les pratiques agricoles, sur les bonnes pratiques en général pour éviter la crise ou dans le cas extrême pour bien la gérer. Cela s’apprend. L’autonomisation face à la crise s’apprend, la mise en place de plans d’évacuation préventifs aussi.
  • Protection de  l’environnement : crise ou pas crise, c’est toujours positif de regarder dans ce sens afin de préserver notre patrimoine de vie. L’air pur pour respirer, l’eau pour s'hydrater et source de la vie…
  • Respecter la législation sur l’occupation des zones côtières,  riveraines et à haut risque. Ceci est un problème fondamental. Avant que la catastrophe n’arrive si on veut l'enrayer, il y a des événements, des signes avant-coureurs sur lesquels des lois peuvent être posées. Comme l’interdiction de construire ou de reconstruire sur une zone inondable.

C’est le plus grand blocage à surmonter au niveau des individus et des populations. Plus une population sera pauvre et moins elle aura les moyens financiers et psychologiques de s’extraire de son milieu pour se mettre en sécurité car l’insécurité à d'autres niveaux, financiers par exemple, est déjà son quotidien.

Par contre, si on prend le cas des pays occidentaux, quand votre assureur refuse de vous assurer ou d’assurer votre bâtiment, déjà premièrement, posez-vous la question du problème qui est sous-jacent à ce refus. Les assurances assurent les risques quand ils sont faibles et n’assurent pas les risques importants. Et surtout sans assurance vous ne pourrez pas reconstruire ce qui au final est un retournement positif des choses.

L’eau est pire que le feu. Quand l’eau est passée quelque part, elle pourrit ou détruit tout et surtout elle revient toujours là où elle est passée dans le cas des inondations. Et l’hydrologie est une science qui a des règles et des outils d’évaluation. Si un hydrologue vous conseille d’évacuer, vous devez évacuer et construire ailleurs.

Si les changements climatiques étaient considérés comme fantaisistes il y a encore quelques années, ils sont une réalité qui commence à prendre forme mais ce n’est pas catastrophique si les changements sont anticipés. Et anticiper, devenir hydrologue et, dans le pire des cas, gérer des crises, cela s’apprend.

Image - Pixabay - Hermann Traub


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