La méfiance française envers les journalistes
Partout, la méfiance envers les journalistes a une place prédominante. En France, le chiffre était aberrant : seuls 29% de la population sondée disait leur accorder du crédit.
Publié le 28 février 2024 Mis à jour le 28 février 2024
Le journalisme, considéré comme le quatrième pouvoir, a fait rêver et fait encore rêver de nombreuses personnes. L’importance des journalistes n’est plus à démontrer mais dans une société qui évolue, notamment en termes de technologies, de sources d’information et de formation, il est légitime de se demander comment faire pour rester le meilleur. Quel serait le profil idéal du journaliste à l’ère du numérique ?
Le journalisme reste un métier avec des codes à respecter, entre autres ceux concernant la vérité et la précision. Un journaliste se doit de vérifier sa source d’information. Il ou elle doit toujours s’efforcer d'être précis, de donner tous les faits pertinents dont il ou elle dispose et de s’assurer qu'ils ont été vérifiés. Lorsqu’une information n’est pas vérifiée, il faut s’abstenir de la diffuser. La véracité des faits et la transparence n’est possible que si le journaliste est indépendant. La question de l’indépendance du journaliste est très discutable dans la mesure où ils font souvent partie de médias avec des lignes éditoriales précises.
Au-delà de la ligne éditoriale, ils sont très souvent sujet à la pression de leurs employeurs. Au Cameroun, un journaliste, Bruno Bidjang, aujourd’hui incarcéré à la prison centrale, a officiellement pris fait et cause pour son patron accusé d’avoir séquestré et assassiné un autre journaliste. Il est même allé jusqu’à se désinscrire de la plus prestigieuse école du journalisme, l'Esstic, car cette école n’a pas voulu faire de son patron, le parrain d’une promotion. Ce cas n’est pas isolé mais une indépendance permettrait d’être équitable et impartial.
Être impartial implique d’être responsable et avoir le sens de l'humanité. Les journalistes ne doivent pas nuire aux individus ou aux groupes de bonne foi. Ce qu’ils publient peut-être blessant, mais ils doivent être conscients de l'impact des mots et des images sur la vie des autres. Comme le précise Amaury de Rochegonde dans un article sur les Défis du journalisme de demain,
« Le côté multitâches (vidéos, photos, sons…) ne doit pas se faire au détriment des fondamentaux du métier (vérification, sources contradictoires, contextualisation…) »
De la recherche à la mise en public d’une information, les journalistes sont obligés de réaliser plusieurs tâches. La prise de notes, les interviews, la rédaction du papier, le montage vidéo, la prise de photos, la mise en son, ne sont que quelques activités que doit réaliser un journaliste. Même si dans certains cas, surtout dans les médias classiques, les tâches peuvent être répartis entre plusieurs personnes, ce n’est pas le cas du journaliste web.
Le journaliste web doit avoir une polyvalence multimédia. Il travaille sur différents supports : textes, image, vidéo, son, podcast, etc. Il doit être à l’aise avec ces différents formats et savoir les adapter aux usages du web. Être multitâche est une donnée qui s’impose de plus en plus compte tenu de l’évolution du paysage médiatique. Être polyvalent implique surtout de se frotter aux activités liées au numérique.
Dans un rapport bien élaboré du Conseil de l’Europe, publié en 2016, au moment où l'intelligence artificielle quoique existante n’avait pas encore occupé les débats avec ses générateurs de textes et de contenus, le basculement vers le journalisme numérique était déjà très important. A ce propos, une des conclusions était la suivante :
« L’évolution vers un univers où les médias numériques, mobiles et sociaux occupent une place de plus en plus importante et se livrent une bataille de plus en plus âpre pour capter l’attention du public. Les médias traditionnels comme les radiodiffuseurs et les journaux y sont ainsi soumis à une pression accrue. »
Conscient de ce basculement, il est important pour le journaliste contemporain de maîtriser la rédaction web. Le journaliste numérique doit comprendre les spécificités de l’écriture en ligne, y compris le référencement naturel (SEO). Il doit savoir utiliser des mots-clés, structurer les articles avec des titres et des intertitres, et optimiser la longueur du contenu.
Le même rapport suscité développe tout une partie sur l’impact des réseaux sociaux dans le journalisme. Non seulement il contribue à la diffusion des informations mais la rend très vite obsolète. Du coup, un journaliste doit être entreprenant.
La réactivité et l’instantanéité doivent guider le journaliste. Dans un environnement où l’information circule à une vitesse fulgurante, le journaliste doit être réactif. Il écrit et met à jour des articles en temps réel, intègre des liens hypertextes, des vidéos et des images, et informe rapidement les internautes.
Ceci d’autant plus que celui qui a la primauté de l’information aura certainement le plus d’audience. Il ne suffit pas d’être le premier à donner l’information mais également être présent pour répondre aux questions des internautes.
Plusieurs médias classiques ont de plus en plus des pages sur les réseaux sociaux sur lesquelles des extraits de leurs émissions sont diffusées ultérieurement. Lorsqu’elles s’y retrouvent, les commentaires suivent et il faut souvent y répondre.
Le journaliste peut réagir aux commentaires des internautes sur les articles ou vidéos publiés. Il surveille également les blogs et sites influents pour proposer des sujets pertinents. Il ne faut donc pas négliger cet aspect d’autant plus que « ce sont les réseaux sociaux qui contrôlent l’accès au public. » (Simon, 2019).
Il est certes vrai que le journaliste est souvent fragmenté en plusieurs métiers : on a des spécialistes du sport, des spécialistes des conflits, les reporters, les rédacteurs, pour ne citer que ceux-ci. Quelle qu'en soit la spécialité, il est important d’avoir une culture générale. Car l’information a la particularité de toucher plusieurs domaines à la fois.
Une information sur une blessure d’un sportif peut convoquer des données sur la médecine, par exemple. Le fait d’avoir une culture générale permet surtout de vite traiter l’information et de gagner en temps afin de pouvoir la rendre au public le plus vite possible. Le journaliste doit avoir une bonne culture générale et rester informé des dernières évolutions technologiques. Cela lui permet de proposer des sujets en phase avec les besoins des lecteurs.
Que serait le journalisme sans éthique ? Tout en optimisant les informations, le journaliste doit respecter l’éthique journalistique. Il est important de le marteler car, face à la pression financière, économique voire politique, les journalistes sont souvent obligés de satisfaire leurs employeurs ou des personnes qui détiennent les organes de presse.
C’est notamment ce que décrit GELLON Lucille dans un article paru en 2014 intitulé « Philosophie : L'éthique des journalistes ». Cet article met en exergue des contraintes susceptibles de corrompre l’éthique des journalistes.
Le fait pour un journaliste de pouvoir manipuler plusieurs langues est une aubaine à plusieurs égards : l’accès à des sources diversifiées et internationales, l'entretien avec de personnalités étrangères et la couverture des événements internationaux, la compréhension des cultures des autres, l’adaptabilité dans la communication avec les collègues, la traduction des documents etc.
Afin d’éviter des dérives, dans un domaine de plus en plus structuré et en perpétuel mutation, il est important de se former. Le journaliste avant des années 80 et 90 s’est principalement formé sur le tas et entre 1980 et 2005, on a observé une multiplication par plus de sept des centres de formation en journalisme comme le précisent Géraud Lafarge et Dominique Marchetti (2011) :
« Alors que la formation professionnelle initiale des journalistes s’opérait « sur le tas », elle tend donc à devenir plus « scolaire » au sens où le passage par une formation reconnue par la profession constitue un sésame quasi indispensable pour accéder aux grands médias nationaux d’information générale et politique, qui composent la fraction la plus réputée de l’espace journalistique. »
Ainsi, que ce soit par un passage dans une école ou une formation sur le tas ou à travers des tutoriels ou autres outils en ligne, le journaliste doit se former afin de s’adapter aux exigences de son temps.
Se former ouvre des portes aux nouvelles compétences ou orientations du domaine. L'une des plus récentes est sans doute le “datajournalisme”. Oui, le commerce de données qui monopolise le paysage numérique est une aubaine pour les journalistes.
On a connu le “data linguistic”, le “dada analyst”, le “data scientist” et j’en passe ; c’est l’heure du “datajournalisme”. Un data journaliste est une personne qui à accès a une riche base de ressources dans laquelle il collecte les données, les analyse et les publie. Pour ce faire, il doit maîtriser un ensemble de d’outils informatiques, en plus de son talent collaboratif:
“ Le data journaliste doit alors maîtriser un certain nombre d'outils informatiques et les programmes dont il a besoin. On peut citer pour exemple l'utilisation d'un langage de programmation pour automatiser la collecte et le recoupement des données issues des instances locales, de la police et d'autres sources civiles par Adrian Holovaty avec Chicago Crime et EveryBlock.” ( Krajnc, 2023).
Les frontières entre les différents compartiments du journalisme se rapprochent de plus en plus, ce qui supprime certaines tâches tout en créant de nouvelles.
Avec l’intelligence artificielle ou de manière générale le numérique, la concurrence devient rude et pour se faire une place dans le domaine, il est important de se distinguer. Non seulement, il faut connaître les fondamentaux du domaine, mais aussi être multitâche, polyglotte, proactif, cultivé, maîtriser le numérique et j’en passe.
Même si l’école des médias fait moins rêver (Baillargeon, 2016), il n’en demeure pas moins que le numérique est en même temps une opportunité pour les acteurs du journalisme (Nielsen et al, 2016). Le datajournalisme est la preuve que je journalisme se perfectionne davantage à l'ère de l'IA.
Image : DALL E 3 "Journaliste multitâches"
Références
Amaury de Rochegonde, 2022, « Les défis du journalisme de demain», https://www.strategies.fr/emploi-formation/management/LQ1040710C/les-defis-du-journalisme-de-demain.html
Baillargeon, Stéphane, 2016, « L’école des médias fait moins rêver », Les désaffections médiatiques, https://www.ledevoir.com/les-desaffections-mediatiques.
Krajnc, Antoine, 2023, "Qu'est-ce que le datajournalisme?", https://www.jedha.co/blog/data-journalisme#:~:text=Le%20journalisme%20de%20donn%C3%A9es%20permet,informations%20chiffr%C3%A9es%20en%20sa%20possession.
Lafarge, Géraud, Marchetti, Dominique, 2011, « Les portes fermées du journalisme, L'espace social des étudiants des formations « reconnues », https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2011-4-page-72.htm
Nielsen, Rasmus Kleis et al, 2016, « Défis et perspectives pour les médias et le journalisme d’information à l’ère du développement des médias numériques, mobiles et sociaux », Rapport du Conseil de l’Europe.
https://rm.coe.int/16806c0384%20
Simon, Felix, 2019, « Cinq choses à savoir sur l’avenir du journalisme », https://fr.ejo.ch/articles-courts/cinq-choses-savoir-avenir-journalisme-reuteurs-institute-numerique-futur-tendances