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Publié le 13 novembre 2024 Mis à jour le 13 novembre 2024

Réduire la distance relationnelle au sein des groupes

Vers une présence collective

Ne vis pas pour que ta présence se remarque mais pour que ton absence se ressente.
    Bob Marley

Les origines de la distance relationnelle au sein des groupes


La distance relationnelle dans un groupe découle d’écarts de compréhension, de communication et d’interaction. Les théories de la distance sociale (Bogardus, 1933) et de la distance culturelle (Triandis, 1994) montrent comment ces écarts résultent de différences culturelles, sociales, psychologiques, historiques, matérielles, philosophiques et territoriales.

Chaque individu arrive avec un bagage unique — valeurs, croyances et expériences — influençant ses perceptions et comportements (Hofstede, 2001). Si cette diversité enrichit, elle peut aussi devenir une barrière sans une pleine conscience des différences.

  • Les différences culturelles, par exemple, introduisent diverses manières de percevoir l’autorité, la collaboration ou l’indépendance (Triandis, 1994).

  • Les différences sociales créent des rapports de pouvoir et de statut, pouvant générer des tensions (Bourdieu, 1989).

  • Sur le plan psychologique, chaque membre amène des sensibilités, des aspirations et parfois des blessures, qui, si elles ne sont pas reconnues, peuvent induire de la méfiance (Rogers, 1961).

  • Les contextes historiques teintent également les rapports entre individus ou entre groupes, fonctionnant comme un filtre qui amplifie les distances (Elias, 1994).

  • Les inégalités matérielles, telles que l'accès aux ressources, exacerbent les écarts relationnels au sein des groupes (Sen, 1999).

  • Les différences philosophiques et territoriales influencent aussi les perspectives et valeurs de chaque individu, affectant la vision du collectif et des objectifs partagés (Nussbaum, 2001).

La présence consciente comme voie de rapprochement

Dans ce contexte, la présence à soi, aux autres et au monde devient un levier pour réduire la distance relationnelle. Cette présence est un processus d’attention active, de conscience ouverte, qui permet de se recentrer sur ses émotions, pensées et intentions, tout en accueillant les autres dans leur singularité (Kabat-Zinn, 1990).

La pleine conscience favorise des relations interpersonnelles harmonieuses, en augmentant l’ouverture et l’écoute des différences (Brown & Ryan, 2003). Les dimensions de cette présence incluent l’écoute profonde, l’empathie et l’acceptation. Carl Rogers (1961) définit cette qualité d’écoute comme une "écoute empathique", une attention silencieuse aux nuances non-verbales et aux silences.

La recherche montre que cette écoute améliore la confiance et l’ouverture, favorisant un espace de sécurité psychologique au sein du groupe (Goleman, 2006). Cette qualité de présence crée aussi un espace où chaque membre se sent légitimé pour exprimer ses idées et ses ressentis (Kabat-Zinn, 2003).

La présence collective et le partage des intériorités

La présence collective ne se limite pas aux présences individuelles ; elle est un « nous » où chaque membre ressent un lien d’appartenance tout en respectant la singularité de chacun (Senge, 2006).

Ce partage des intériorités — pensées et émotions de chacun accueillies sans jugement — permet de générer une intelligence collective, ce que Scharmer (2009) appelle un « champ énergétique commun ». Cet espace facilite la collaboration et la créativité collective. Partager ses intériorités requiert vulnérabilité et ouverture, ce que Brown (2012) identifie comme clé pour construire des relations authentiques. Ce partage réduit les distances relationnelles en permettant aux membres du groupe de se rapprocher par la reconnaissance de leurs aspirations communes.

La cognition incarnée de Varela (1991) met en lumière comment l'attention portée aux ressentis corporels et aux émotions influence la qualité des interactions. Quand la présence collective atteint cette cohésion, le groupe devient un espace de communication fluide et d’apaisement des tensions, permettant une intelligence collective (Senge, 2006).

Cette intelligence exige un engagement continu pour maintenir une attention ouverte, car chaque fermeture peut réintroduire des distances relationnelles (Scharmer, 2009). En cultivant cette présence collective, le groupe devient un lieu de co-évolution, propice à l’apprentissage mutuel (Isaacs, 1999).

Chaque soi-même devient le groupe

Les recherches montrent que la distance relationnelle au sein d’un groupe peut être transformée par une présence consciente, individuelle et collective. En développant cette présence, les membres réduisent les écarts, ouvrant un espace de collaboration authentique.

Bien que cela demande un engagement mutuel, les bénéfices sont profonds : une communication enrichie, des relations solidifiées et une action collective fondée sur la richesse des ressources individuelles.

Image : Gerd Altmann - Pixabay


Sources

Bogardus, E. S. (1933). Une échelle de distanciation sociale. Sociologie et recherche sociale.

Bourdieu, P. (1989). La distinction: critique sociale du jugement. Paris: Les éditions de minuit.
https://www.decitre.fr/livres/la-distinction-9782707302755.html

Brown, B. (2012). Daring greatly: How the courage to be vulnerable transforms the way we live, love, parent, and lead. Gotham Books.
https://www.decitre.fr/livres/daring-greatly-9780241257401.html

Brown, K. W., & Ryan, R. M. (2003). The benefits of being present: Mindfulness and its role in psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 84(4), 822.

Elias, N. (1994). The civilizing process. Blackwell Publishing.

Goleman, D. (2006). Social Intelligence: The New Science of Human Relationships. Bantam Books.

Hofstede, G. (2001). Culture's consequences: Comparing values, behaviors, institutions, and organizations across nations. Sage Publications.

Isaacs, W. (1999). Dialogue and the art of thinking together: A pioneering approach to communicating in business and in life. Currency.

Kabat-Zinn, J. (1990). Full catastrophe living: Using the wisdom of your body and mind to face stress, pain, and illness. Random House.

Kabat-Zinn, J. (2003). Mindfulness-based interventions in context: Past, present, and future. Clinical Psychology: Science and Practice, 10(2), 144-156.

Nussbaum, M. C. (2001). Upheavals of thought: The intelligence of emotions. Cambridge University Press.

Rogers, C. R. (1961). On becoming a person: A therapist's view of psychotherapy. Houghton Mifflin Harcourt.
https://www.decitre.fr/livres/on-becoming-a-person-9781845290573.html

Scharmer, C. O. (2009). Theory U: Leading from the future as it emerges. Berrett-Koehler Publishers.
https://www.decitre.fr/livres/theorie-u-l-essentiel-9782364291218.html

Senge, P. M. (2006).  La cinquième discipline - Levier des organisations apprenantes - Eyrolles
https://www.decitre.fr/livres/la-cinquieme-discipline-9782212559378.html

Sen, A. (1999). Development as Freedom. Oxford University Press.
https://www.decitre.fr/livres/development-as-freedom-9780192893307.html

Triandis, H. C. (1994). Culture and social behavior. McGraw-Hill.

Varela, F. J., Thompson, E., & Rosch, E. (1991). The embodied mind: Cognitive science and human experience. MIT Press.


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