Copier le modèle islandais en santé
Les déserts médicaux sont des réalités de plus en plus réelles que ce soit au Canada, en France ou en Allemagne. Peut-être faut-il s'inspirer des communautés de santé en Islande.
Publié le 09 avril 2025 Mis à jour le 09 avril 2025
Il ne sert à rien à l'homme de gagner la lune s'il vient à perdre la terre
François Mauriac
La crise écologique actuelle soulève des questions profondes sur la manière de concilier les défis sociaux et environnementaux. Les travailleurs sociaux, traditionnellement engagés dans le soutien des populations vulnérables, rencontrent désormais un impératif d’intégration des enjeux écologiques dans leurs pratiques.
Cette évolution des missions nécessite une approche plus systémique, tenant compte de l’interconnexion entre l'individu, la société et l'environnement. L'idée de la Deep Ecology (écologie profonde) éclaire cette perspective, en soulignant que les crises sociales et écologiques sont des symptômes d'une rupture entre l’humain et la nature. L’état interne d’un individu — qu’il soit agité, fragile, confus ou en colère — peut se répercuter sur son environnement immédiat et, par extension, sur les écosystèmes globaux.
Un déséquilibre intérieur peut contribuer au "réchauffement" des esprits, alimentant ainsi le réchauffement climatique pour paraphraser Paul Virilio. Cette dynamique interconnecte les perturbations personnelles avec des crises écologiques plus larges. Ce phénomène appelle une transformation intérieure et sociale, où les travailleurs sociaux, dans leur rôle de soutien, deviennent des médiateurs dans cette réconciliation entre l’humain et son environnement.
Le soin de soi est une étape fondamentale dans l’engagement écologique du travailleur social confronté aux conséquences bien visibles des dérèglements subis par les plus fragiles. Afin d’agir de manière durable et efficace, un travailleur social doit d’abord être capable de préserver son propre équilibre physique, émotionnel et psychologique. L’épanouissement personnel et la durabilité de l’action sociale reposent sur cette stabilité intérieure.
Ce soin de soi implique aussi une gestion de l’impact écologique personnel. Par exemple, adopter des pratiques telles que la réduction des déplacements professionnels, l’utilisation de matériaux durables et la gestion responsable des ressources dans les espaces de travail sont des moyens concrets pour les travailleurs sociaux de réduire leur empreinte écologique tout en demeurant efficaces dans leurs interventions et de ne pas s’épuiser dans des déplacements au sein de villes tentaculaires.
Le travail social s’étend au-delà de la simple gestion des souffrances sociales et s’inscrit dans une approche de soin global. Les populations les plus vulnérables, déjà exposées à des inégalités sociales, sont aussi souvent les premières victimes des crises écologiques : précarité énergétique, inégalités d’accès aux ressources naturelles, migrations climatiques.
Les travailleurs sociaux intègrent désormais ces dimensions dans leurs interventions, en accompagnant les individus dans l’adaptation aux changements environnementaux. Le modèle de co-construction des projets sociaux, proposé par Dubasque (2009), devient un outil clé. Il s’agit d’impliquer les bénéficiaires dans des projets collectifs visant à concilier justice sociale et transition écologique. Cela inclut des initiatives telles que les jardins partagés ou les circuits courts alimentaires.
Ces projets favorisent non seulement la résilience sociale, mais permettent aussi de reconnecter les individus au vivant tout en réduisant leur empreinte écologique collective. La philosophe Cynthia Fleury (2019) insiste sur l’importance de la réciprocité dans le soin avec l’idée de l’école des patients. Réhabilitant la maîtrise d’usage, elle montre le pouvoir de chacun de prendre soin de soi et des autres. En tant que facilitateur, le travailleur social devient un acteur clé de cette réciprocité, en encourageant les individus à s’engager activement dans des pratiques durables, tant pour leur bien-être que pour celui de la planète.
Le soin de la planète, dans le cadre du travail social, s'inscrit dans une logique d'interdépendance. Les individus et leurs environnements sont liés de manière intrinsèque. L’écologie sociale, comme le soulignent Albert, Étienne et Midrez (2024), repose sur l’idée que les défis écologiques et sociaux sont indissociables.
Les travailleurs sociaux sont des médiateurs, facilitant non seulement l’accompagnement des individus dans leurs défis personnels quotidiens mais aussi leur prise de conscience écologique, afin de promouvoir un soin mutuel entre l’humain et la planète. Les gestionnaires du travail social jouent un rôle actif dans la transformation des espaces d’accueil et dans l’adoption de pratiques écologiques.
Cela inclut la réduction de la consommation d’énergie dans les structures d’accueil, l’utilisation de matériaux recyclés et la promotion de pratiques de mobilité douce. Si il y a un lien entre son état interne et les externalités de son comportement, la réciproque est vrai, prendre soin de la planète c’est aussi prendre soin de son estime de soi. Dans cette optique, les travailleurs sociaux jouent un rôle essentiel pour créer et nourrir ce dialogue entre l’humain et l’environnement, en intégrant les enjeux écologiques dans leurs pratiques quotidiennes et des bénéfices sur la santé mentale de tout un chacun.
Voici 10 gestes métiers clés pour une transition écologique du travail social, en lien avec la notion de "prendre soin" :
Le travail social, en intégrant les enjeux écologiques dans ses pratiques, devient un acteur central de la transition vers un avenir plus juste et durable. Prendre soin de soi, des autres et de la planète ne constitue pas seulement un objectif individuel, mais un impératif social, où chaque geste professionnel contribue à un monde plus solidaire et respectueux de l’environnement.
En appliquant ces principes et en adoptant des gestes métiers écoresponsables, les travailleurs sociaux peuvent accompagner les populations vulnérables tout en favorisant la transformation des pratiques sociales et environnementales.
Sources
Fleury, C. (2019). Le soin est un humanisme (pp. 2-46). Gallimard.
https://amzn.to/3XKDQpm
https://pantoute.leslibraires.ca/livres/le-soin-est-un-humanisme-cynthia-fleury-9782072859878.html
Albert, I., Étienne, P., & Midrez, P. (2024). Écologie sociale et travail social. Vers une transformation des organisations et des pratiques pour un monde plus juste et durable ? Sociographe, N° 86(2), 11-15.
https://shs.cairn.info/revue-sociographe-2024-2-page-11?lang=fr
Dubesque, D. (2009). L'intervention sociale d'intérêt collectif: un mode d'intervention en travail social pour retrouver le sens du vivre ensemble? Informations sociales, 152(2), 106-114.
https://shs.cairn.info/revue-informations-sociales-2009-2-page-106?lang=fr
Jaeger, M., Barges, I., Bouquet, B., Casagrande, A., Dubasque, D., Dubéchot, P., ... & Garcia, A. M. (2015). Refonder le rapport aux personnes." Merci de ne plus nous appeler usagers. (Doctoral dissertation, Conseil supérieur du travail social; Direction générale de la cohésion sociale).
https://hal.science/hal-01419809/file/Rapport%20CSTS%20-%20Refonder%20le%20rapport%20aux%20personnes.pdf