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Publié le 24 juin 2026 Mis à jour le 24 juin 2026

Reconstruire la confiance : la condition pour transformer l’école

Et si on changeait de façon de faire des changements

Un professeur et son groupe de jeunes étudiants

Les changements peuvent être salutaires dans bien des cas. Ils obligent à faire différemment ou à se débarrasser d’objets ou de procédures inutiles. La phrase « On a toujours fait comme ça » témoigne à quel point une organisation risque de ne plus être en mesure de réagir à l’imprévu. Il n’en demeure pas moins que psychologiquement, transformer des méthodes ou changer de décor peut créer de l’angoisse. Les habitudes sont confortables et, qui plus est, il peut arriver que les modifications se montrent contreproductives.

Le monde de l’éducation en sait quelque chose. Partout sur le globe, des réformes éducatives sont mises en place à répétition. Ce qui n’a rien d’anormal, car on ne peut plus enseigner de nos jours comme on le faisait en 1980. Des techniques se sont transformées et la réalité des jeunes générations diffère de celle de ceux qui les ont précédé. Toutefois, il arrive souvent que les propositions de réforme qui viennent des instances publiques ne prennent pas en compte la situation de l’école contemporaine…

Quand tout provient du haut

C’est souvent ce qui est décrié par le corps enseignant en général : des décisions politiques prises rapidement, sans avoir d’appuis scientifiques solides, et qui se font en l’imposant aux enseignants. Cette approche dite du « top-down », c’est-à-dire du haut de la pyramide vers le bas, est celle qui est majoritairement utilisée lorsque vient le moment de mettre en place des changements. La stratégie est classique et est encore présente dans bien des milieux professionnels. Néanmoins, elle perd de son importance aujourd’hui ; les organisations préfèrent une démarche hybride entre « top down » et « bottom up » (où les orientations proviennent davantage de la base), car les plus jeunes générations réagissent mieux à ce type de management.

Le monde éducatif aussi a de plus en plus de mal avec cette vision. Les réactions sont souvent épidermiques et peuvent se transformer en conflit ouvert.

La fin de l’année scolaire 2025-2026 en Belgique l’a bien montré. La Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé par décret d’augmenter le nombre de périodes de cours hebdomadaires, de réduire les congés maladies et autres afin de « diminuer les coûts ». La réaction a été immédiate : protestations, manifestations des enseignants et menaces de boycotter les examens de fin d’année. Malgré l’adoption de la réforme, la colère ne s’est pas dégonflée et certains craignent pour la rentrée 2026-2027. D’autant plus que l’augmentation de la charge des profs veut dire que d’autres n’auront plus accès à un poste d’enseignement dans la prochaine année scolaire.

Or, cette situation belge n’a rien d’étonnant. Les professeurs wallons ont subi maints décrets, circulaires et procédures, et le tout sans que les résultats des élèves francophones ne s’améliorent. Rarement ils sont contre les objectifs, mais sur l’aspect administratif et les processus de plus en plus complexes qui ne prennent pas en compte les réalités d’un secteur en pénurie de main-d’œuvre, d’ailleurs.

Le monde éducatif belge ne diffère en rien de celui, québécois, par exemple, qui a vu bien des approches, politiques et réformes de se déverser sur eux. Il y eut un risque de coupure majeure sur laquelle le gouvernement est revenu, tout en conservant une partie des fonds et en exigeant des plafonds d’heures aux équipes-écoles. Ce qui a eu, bien sûr, des conséquences négatives sur les élèves en difficulté et sur le personnel.

L’Irlande connaît la même réalité avec une multiplication des initiatives et des réaménagements qui poussent le corps professoral à devoir gérer toutes les nouvelles approches plus que de se concentrer sur l’enseignement. C’est sans compter les promesses d’équipements à venir… qui n’arrivent jamais.

Tout cela mène à un climat de méfiance dans le milieu éducatif. Tous craignent les propositions de réformes des instances publiques et les professeurs tiennent pour suspectes les directions d’établissements. Par exemple, en avril 2026, le gouvernement québécois décrète que les administrations auront une flexibilité jamais vue pour dépenser l’argent à partir d’enveloppes rassemblées dans 37 catégories. Or, si les dirigeants d’école ont considéré l’annonce comme une nouvelle extraordinaire, tout de suite les enseignants se sont méfiés. Parce que le budget regroupant « activités sportives, culturelles et sociales » pourrait mener certains à prioriser le sport au détriment de la culture. Ils craignent aussi que ce qui garantissait un minimum dans certains services soient tout simplement coupé.

Sortir des tours d’ivoire

Tout cela ne provient pas de rien. La majorité des enseignants ont vu trop de gouvernements successifs leur imposer n’importe quoi. Ce manque de confiance mène forcément à un environnement hostile aux changements.

D’autant plus dans un contexte qui voit en plus l’intelligence artificielle faire sa place, du doigté s’avère plus que nécessaire afin de réaliser des changements nécessaires. Ce qui ne veut pas dire toutefois que cela soit impossible. Or, cela réclamerait de quitter les tours d’ivoire des ministères et aller écouter les idées sur place. Les professeurs  saisissent très bien ce qui fonctionne ou pas et peuvent offrir un point de vue du terrain.

D’ailleurs, la Fédération autonome de l’enseignement propose plusieurs idées qu’elle aimerait voir instaurées. Certes, il s’agit d’un syndicat enseignant et, par conséquent, leur opinion n’est pas neutre. Néanmoins, si nous étions provocateurs, nous pourrions poser la question sur la supposée neutralité des nombreuses réformes introduites antérieurement…

Construire un véritable partenariat

Pour rétablir la confiance et la loyauté du corps professoral, il semble que l’ignorer ne soit pas la bonne solution. Au contraire, le tout se passe bien mieux quand il y a un partenariat développé avec tous les acteurs du milieu éducatif.

Le Maroc, en plein travail de réformes enseignantes, les voit non pas comme des sangsues siphonnant de l’argent mais de réels partenaires dans la mise en place d’une modernisation de l’éducation nationale. Ce qui ne veut pas dire que tout passera comme une lettre à la poste. Néanmoins, ils essaient de penser le tout dans une approche collaborative.

Au Québec, des chercheurs de l’UQAM notaient que souvent le monde de la recherche pédagogique et celui des pédagogues s’arrimaient mal. Les scientifiques trouvaient que les enseignants étaient bornés alors que ces derniers leur disaient de quitter leur tour d’ivoire et d'observer les réalités du terrain.

Ainsi, l’équipe de recherche de l’université montréalaise a conçu le Partenariat pour le développement et la réussite de la formation scientifique au secondaire. L’idée est de rapprocher des professeurs de différentes écoles et des chercheurs en pédagogie. Ils développent ensemble des projets d’étude en analysant les problématiques, posant des questions et créant en collaboration un protocole d’expérimentation que les enseignants peuvent ensuite mettre en place, opérer et transmettre des données aux partenaires de la recherche. Cela permet aux deux parties de mieux se comprendre et s’arrimer davantage. Une initiative qui gagnerait à se multiplier dans un contexte scolaire où, hélas, les contrats de confiance semblent abîmés.

Image :Shuttersotck - 2483441609

Références : 

"Après une nuit sous tension à cause de la reforme de l'enseignement, Les Engagés veulent calmer le jeu : "Notre volonté est de rétablir le dialogue"." Moustique. Dernière mise à jour : 5 juin 2026. https://www.moustique.be/notre-epoque/les-infos/2026/06/05/apres-une-nuit-sous-tension-a-cause-de-la-reforme-de-lenseignement-les-engages-veulent-calmer-le-jeu-notre-volonte-est-de-retablir-le-dialogue-ZDHHSUHQY5FGPPSAEFBXC3XSXY/.

Bussières McNicoll, Fannie, et Julie Marceau. "Éducation : une petite révolution qui fait peur à plusieurs." Radio-Canada. Dernière mise à jour : 7 avril 2026. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2243470/education-financement-ecoles-lebel.

Du Bus, Harrison. "L'école francophone souffre-t-elle surtout d'un manque de moyens ou de trop de rigidités ?" 21 News. Dernière mise à jour : 4 juin 2026. https://www.21news.be/lecole-francophone-souffre-t-elle-surtout-dun-manque-de-moyens-ou-de-trop-de-rigidites/.

Duvivier, Emmanuel. ""Les politiciens ont voulu forcer la main" : après le vote des réformes de l'enseignement, la colère reste vive dans les écoles." RTBF. Dernière mise à jour : 8 juin 2026. https://www.rtbf.be/article/les-politiciens-ont-voulu-forcer-la-main-en-se-precipitant-apres-le-vote-des-reformes-de-l-enseignement-la-colere-reste-vive-dans-les-ecoles-11737019.

Fagniez, Pierre. "« On n’aura rien pour eux l’année prochaine » : des directeurs d’école contraints de licencier des enseignants." RTL Info. Dernière mise à jour : 5 juin 2026. https://www.rtl.be/actu/belgique/societe/naura-rien-pour-eux-lannee-prochaine-des-directeurs-decole-contraints-de/2026-06-05/article/790730.

"Les enseignants, véritables partenaires de la réforme de l'éducation." Royaume du Maroc. Dernière mise à jour : 26 mars 2026. https://maroc.ma/fr/actualites/les-enseignants-veritables-partenaires-de-la-reforme-de-leducation.

"L’IA en éducation : comment bien réussir son implantation ?" Réseau pour le développement de l'alphabétisme et des compétences. Dernière mise à jour : 27 mai 2025. https://resdac.net/lia-en-education-comment-bien-reussir-son-implantation/.

Marquis, Mélanie. "Plafond d’heures imposé aux équipes-écoles | « C’est encore les élèves qui écopent »." La Presse. Dernière mise à jour : 25 septembre 2025. https://www.lapresse.ca/actualites/education/2025-09-25/plafond-d-heures-impose-aux-equipes-ecoles/c-est-encore-les-eleves-qui-ecopent.php.

Murphy, Conor. "Enseignement secondaire en Irlande : les réformes incessantes compromettent la capacité d’action du personnel enseignant." Internationale De L’Éducation. Dernière mise à jour : 7 août 2025. https://www.ei-ie.org/fr/item/30196:enseignement-secondaire-en-irlande-les-reformes-incessantes-compromettent-la-capacite-daction-du-personnel-enseignant.

Potvin, Patrice. "La recherche en éducation convainc mieux quand les enseignants la font eux‑mêmes." The Conversation. Dernière mise à jour : 27 avril 2026. https://theconversation.com/la-recherche-en-education-convainc-mieux-quand-les-enseignants-la-font-eux-memes-279381.

"Réparons L'école Publique." FAE. Consulté le 17 juin 2026. https://www.lafae.qc.ca/reparons-lecole-publique.

Tronier, Ryan. "Top down, bottom up : quelle est la meilleure approche?" Asana. Dernière mise à jour : 13 septembre 2025. https://asana.com/fr/resources/top-down-approach.


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