Le comportement tyrannique des enfants
Dans un cadre normal, ce sont les parents qui font la loi à la maison, qui établissent les règles, etc. Or, certains enfants, au contraire, semblent totalement avoir le contrôle sur leurs proches.
Publié le 30 mars 2020 Mis à jour le 30 mars 2020
Nous avons tous un côté qui aime que les méchants soient punis. Une immense partie de la filmographie mondiale repose sur l’idée de l’antagoniste qui finit par payer pour ses actions. Alors, quand des élèves se mettent à jouer les perturbateurs en classe, le premier réflexe est celui de la punition.
Or, est-elle véritablement efficace auprès des enfants? Ne perpétue-t-elle pas un climat de tension qui peut mener à de la violence?
Dans l’esprit populaire, tout est bon pour faire rentrer dans le rang les éléments récalcitrants. Que ce soit la copie de phrases, la retenue après les cours, l’exclusion de la classe ou de l’école, tous sont des moyens classiques de les cibler. Cela peut même aller plus loin.
Ainsi, encore en 2020, 14 États américains permettent le châtiment corporel auprès des enfants. Un établissement privé de l’Essonne, de son côté, confinait les élèves dans une petite pièce pendant huit heures si un apprenant était surpris en train de tricher. Une décision qui a fait polémique étant donné le côté cruel, plus proche de la torture psychologique que de la punition.
Si la plupart de la violence à l’école se vit entre élèves et parfois de ces derniers envers leur professeur, la situation inverse se produit aussi chez certains membres du corps enseignant. Plusieurs finissent par péter les plombs sous la pression de la performance de sa classe et de ces jeunes qui n’écoutent pas ou n’agissent pas comme il se doit. À leur décharge, ils n’ont pas vraiment de formation de gestion de crise.
Ainsi, certains craquent et usent de violence psychologique et même, dans 5,5 % des cas en 2011, physique. Une situation qui se voit ailleurs comme cet enseignant japonais qui a cassé une côte à un élève en septembre 2019.
En fait, de plus en plus de spécialistes pédagogiques remarquent qu’exclure ou punir un enfant n’apporte strictement rien. Au contraire, l’élève continue souvent son manège et pousse son instituteur à le mettre en dehors de la classe. Comme le souligne ce doctorant français, cet agissement leur permet d’échapper au verdict scolaire. Cela va dans la même suite d’idée que des études sur les punitions de classe. En effet, il arrive que des professeurs décident d’annuler une activité pour tous les apprenants à cause d’un mauvais comportement. Non seulement cette situation constitue une injustice pour les autres mais cela accentuera l’exclusion du fauteur de troubles qui recommencera, vivant la frustration d’être détesté par ses camarades.
En fait, les recherches tendent à montrer que ce sont davantage les récompenses qui permettent une amélioration de l’attention. Cela réside parfois uniquement dans le fait de souligner les efforts accomplis par chaque apprenant. La majorité d’entre eux ont besoin que soit reconnu le travail, particulièrement ceux pour qui cela est plus difficile. Il ne faut toutefois pas tomber dans le piège de faire des cours de musique et d’éducation physique des « privilèges » pour ceux ayant une bonne attitude. Ces matières sont importantes pour tous et ne doivent pas être vues comme des bonus.
Alors, quoi faire envers les éléments perturbateurs? Déjà, il faut offrir un cadre bienveillant et ferme, c’est-à-dire avec des règles claires pour tous et possiblement même faites en groupe à la rentrée. Ensuite, pourquoi ne pas piocher dans des approches alternatives au lieu des punitions classiques. Par exemple, une école de Toronto a mis en place un programme appelé Contact où les élèves qui n’en peuvent plus émotionnellement vont dans une pièce. Ainsi, ils peuvent calmer leur émotion négative et avoir un environnement tranquille pour en parler avec l’enseignant qui essaiera de proposer une écoute et promulguer des conseils.
Une autre approche est de réparer les mauvais comportements plutôt que de simplement les mettre en lumière. Supposons un enfant qui oublie constamment son matériel en classe. Plutôt que de lui faire écrire des dizaines de fois de ne plus le faire, pourquoi ne pas lui demander de trouver des méthodes afin de s’assurer que cela ne se reproduise pas. Il devra ensuite utiliser une de ses idées pendant une semaine.
D’ailleurs, le concept de justice réparatrice commence à faire son chemin dans les écoles. Ainsi, l’élève doit avec l’enseignant identifier le mal qui a été fait par son comportement et les conséquences sur la classe et sur les autres camarades. Une fois qu’il a réalisé cela, il travaille sur un plan pour réparer sa faute. Cela peut être des excuses en classe pour certains cas ou des actions comme aider un jour au nettoyage de la cafétéria après avoir lancé de la nourriture pendant un déjeuner.
Il y aura toujours des comportements indésirables en classe de temps à autre. Cela est humain. Le perturbateur doit réfléchir à son acte, bien sûr, et le changer. Mais pourquoi devoir systématiquement tomber dans une approche militaire? D’autant plus que souvent, ces actes s’expliquent en discutant avec les enfants. Pourquoi ne pas plutôt focaliser sur les bons agissements et offrir des façons pour les provocateurs de réparer le mal qui a été fait sans en faire des monstres? Cela serait bien plus pédagogique et moins dommageable à long terme.
Illustration : waldryano de Pixabay
Références :