"J'aime les choix étranges. Je m'intéresse toujours aux gens qui s'écartent de ce qu'on attend d'eux et qui vont dans un nouveau territoire."
Cate Blanchett
Quelles entrées sur le territoire ?
Il y a plusieurs entrées possibles pour faire territoire apprenant. Le premier choix est de réaliser les projets en commun entre acteurs publics, privés ou associatifs du territoire. il est possible de partir d'une ressource locale et de s'unir pour la faire grandir au profit de tous.
Réhabiliter les mémoires est une pratique Intéressante lorsque le territoire subit des récits contradictoires du passé qui bloquent le dialogue et les initiatives entre populations qui s'affrontent de manière larvée ou qui s'épuisent dans des conflits communautaires. Il est encore possible de réhabiliter des communs, des biens, des lieux, des pratiques issus de la tradition ou de la culture locale qui appartiennent à tous qu’elles soient issues d'une histoire agricole ou industrielle.
Projets en commun à susciter en fonction d'appel à projets ou d’appel à défis
Les projets en commun peuvent partir de différentes couches de la population du territoire par exemple il peut s'agir de défis portés par des fonctionnaires publics territoriaux soutenus par leurs administrations ou inscrits dans une politique publique d'innovation. Il peut s'agir également de défis entrepreneuriaux poussés par des écoles de gestion d'ingénieur ou des entreprises ou encore des chambres de commerce qui prennent en charge le développement économique du territoire.
Des associations peuvent aussi se donner des défis culturels ou sociaux qui vont susciter de l'engouement de la population des villages et des familles toutes concernées par un évènement proche de chez elles, un festival de musique ou la restauration d'un vieux monument. Certaines associations par exemple les Réseaux d'Échanges Réciproques des Savoirs mettent en avant le maillage des acteurs au service de projets communs en s'appuyant sur les échanges de savoirs informels entre habitants. Ils créent de la reconnaissance de savoirs et des échanges qui donnent confiance en chacun dans sa capacité d'apprendre.
Les ressources locales
Partir d'une ressource locale qui abonde : le sel, le vent, le soleil, l'eau, la pierre et aussi les déchets. La ressource est parfois délaissée, pourtant les habitants les plus anciens ont su en tirer parti. Il est possible de transformer un surplus en richesse à l'exemple d'une recyclerie qui transcende un envahissement d'objets inutiles en bien de seconde main pour les plus modestes. Le projet ne manquera pas de créer des liens entre les promoteurs qui apprennent à s'unir autour d'un intérêt commun. Et si on allait plus loin qu'un système de collecte et de redistribution, peuvent ils se dire créer un service de restauration, de la récupération alimentaire ou une autre idée pour prolonger l'impulsion initiale?
Lorsqu'il existe des ressources locales comme le ciel, le vent, le soleil, la pierre ou un site naturel, il est alors possible d'utiliser ces ressources de les transcender par des activités qui prennent sens autour d'elles, par exemple la création d'une coopérative de création énergétique. Avec le soleil, on assiste à la création de coopératives de production d'énergie solaire; tous ces projets sont des prétextes pour s'unir et apprendre ensemble de technologies réputés difficiles ou réservées à des ingénieurs. Se placer en situation d'apprendre à construire une ressources en commun ou à l'utiliser au profit de tous est une bonne façon de créer du territoire et aller plus loin.
Réhabiliter les mémoires, libérer les imaginaires
L'exemple de Vaux en Velin est intéressant car le point d'entrée est la ressource humaine. Il est possible de travailler sur les mémoires des personnes vivant sur le même territoire. L'histoire des territoires est marquée par leur mémoire parfois conflictuelle. Une action culturelle en direction des vieux habitants, des anciens, de ceux qui sont venus d'ailleurs créer des richesses, par exemple des mineurs déracinés ou des travailleurs saisonniers qui sont restés ou encore des migrants qui se sont installés, redonne du sens et réactive les imaginaires. Cela, permet de les faire se rencontrer.
Ces mémoires se confrontent avec les mémoires des populations autochtones qui sont toujours restées là et qui ont toujours accueilli des personnes venant de loin, parfois se sont senties abandonnées ou déclassées. Parfois ces mémoires s'entrechoquent, parfois elles peuvent communiquer et s'enrichir mutuellement quand l'occasion se présente et qu'un espace de rencontre est créé. Lorsque cet enrichissement mutuel a lieu par des rencontres culturelles ou sociales dans des lieux de vie, souvent autour de repas ou de fête, cela favorise des apprentissages. L'ensemble des populations fait territoire. Les chroniqueurs, historiens amateurs, conteurs, passionnés de tous poils sont les ferment de ce terreau d'apprenance car il n'y a pas de territoire apprenant sans terreau pour que les savoirs germent.
Les espaces naturels ou urbains
Des territoires apprenants se créent également par la dynamique et l'attention portée à leur espace, par exemple la défense d'un patrimoine naturel, d'un parc régional, d'une montagne, d'un espace vert, d'un alignement d'arbres remarquables, d'un lac ou d'une rivière. Autour de la bio vallée dans la Drôme, une philosophie de vie est portée et une multitude de projets font sens. La rivière devient le fil conducteur, le lien entre les acteurs, la fierté commune à protéger.
Certains vont plus loin. L'idée de faire émerger la personnalité juridique du fleuve oblige les habitants à dialoguer et à se mettre d'accord sur les droits à conférer à la rivière, le droit de ne pas être polluée, le droit de s'écouler librement, de ne pas être entravé dans sa vie et dans ses méandres,que les droits sur ses paysages soient défendus. Ce développement nécessite de se mettre d'accord sur les usages de l'eau, l'entretien des berges, l'exploitation de ce qui est précieux. Mais aussi de désigner des représentants de la rivière en tant que personnes morales. Des points d'appui, laboratoire d'innovation, fab-lab, café associatif constituent des relais pour que les idées se rencontrent et que les projets mûrissent.
Réhabiliter des communs : four communal. Apprendre à faire le pain
Réhabiliter les communs signifie d'utiliser les ressources disponibles dans le territoire pour faire projet. À partir de ces projets, les personnes peuvent apprendre les unes des autres; par exemple dans le village de Frangouille, dans les hauts cantons de l'Hérault, une association s'est créée pour réhabiliter le four communal. Cela renforce des liens entre les habitants et a permis d'apprendre ensemble à faire du pain dans le village et de lui redonner une âme alors que jusque-là tout le monde allait au supermarché acheter sa baguette. Désormais la cuisson commune du pain est attendue, pour le plaisir de tous.
Le territoire c’est ce que l’on met en commun
Il n'y a pas une seule façon de faire territoire apprenant. Que les initiatives viennent des pouvoirs publics des entreprises ou des associations ou encore des écoles, tout est bon pour unir les habitants à la réussite d'un projet collectif. Un territoire apprenant est avant tout un territoire de lien humain, un territoire de projets.
Le rôle des pouvoirs publics est certainement d'aider à ce que des initiatives se combinent et fasse liens entre-elles
Par exemple une association peut-être passionnée de réhabilitation de murs de chemin, de vieux monuments; une autre peut s'intéresser à la valorisation d'une ressource naturelle végétale ou minérale. Des entrepreneurs peuvent avoir une ambition de réhabiliter une friche, de développer du commerce ou de petites industries, peut-être que les pouvoirs publics peuvent aider et que ces différentes populations finissent par se rencontrer, s'unir et comprendre ce qu'elles ont comme objets en commun.
D'autres façons d'aider des territoires apprenant à se mettre en place peut-être de disposer de développeurs de territoires en prenant des personnes en charge de l'innovation sociale, des créateurs culturels, des personnes disposant d'une vision du potentiel du territoire capables de financer et d'accompagner des étapes sensibles de la mise en relation de ces porteurs de projets, de personnes dotées de méthodologie pour favoriser le dialogue entre les acteurs.
Parfois des appels à projets nécessitant de s'unir pour gagner le projet peuvent forcer les rencontres et apporter un surplus de créativité. Parfois des ressources numériques humaines ou financières mises à disposition des acteurs peuvent les aider dans la formulation de leurs initiatives.
Dans tous les cas les territoires apprenants sont des territoires de lien où ce qui prime est l'intelligence collective et l'envie de se mettre au service du territoire. Petit à petit, chacun découvre l'autre et comprend qu'il participe d'une communauté restauratrice, c'est à dire une communauté capable de fabriquer son futur sans dépendre de subsides extérieurs.
Le territoire prend conscience qu'il est en train d'apprendre; il convient d'organiser des temps et des rencontres pour que les acteurs perçoivent que leurs effets combinés apportent une valeur ajoutée supplémentaire. Il s'agit de fêtes, de temps forts, de colloques ou de forum, ou tout ce qui a été fait est mis fièrement en valeur.
Sources
RERS https://www.rers-asso.org/qu-est-ce-que-les-rers.htm
Recyclerie https://www.larecyclerie.com
Personnalité juridique du fleuve
https://www.actu-environnement.com/ae/news/fleuves-personnalite-juridique-appel-rhone-seine-36127.php4#
Midi Libre A Frangouille le four à pain restauré a été inauguré
https://www.midilibre.fr/2022/10/04/a-frangouille-le-four-a-pain-restaure-inaugure-10710602.php
Territoire apprenant Connexion
https://tierslieux.anct.gouv.fr/fr/connexion-reaction-apprentissage-les-territoires-apprenants
Vaulx en velin annuaire des associations
https://vaulx-en-velin.net/sortir/vie-associative/annuaire-des-associations/memoires/
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