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Publié le 14 décembre 2022 Mis à jour le 09 mars 2026

La connaissance comme bien public dont s'emparer

ChatGPT et autres IA suscitent de plus grandes questions que celles auxquelles elles répondent

Les propriétaires d'araignées parcourant le web comme Google, Baidu, Apple, Méta, SalesForce et autres, développent de nouvelles manières de valoriser les données que nous y déposons allègrement.

Les données qu'ils accumulent ont une valeur potentielle immense et leur utilisation entraine des effets majeurs sur l'organisation et le tissu social. Comment ce développement finira t'il par s'intégrer à la société ? ChatGPT n'est qu'une manifestation du potentiel de transformation que ces innovations induisent.

La valorisation du bien commun

Le style

Les intelligences artificielles (I.A.) suscitent des questions de principe autour de l'appropriation culturelle. Par exemple, des artistes constatent que leur travail sert d'inspiration directe à des algorithmes (dans le style Van Gogh ou à la Andy Warhol ?) et ils ne voient pas comment ils pourront continuer à tirer profit de leur travail si des applications sont en mesure de les copier systématiquement.

Quelle est la différence entre une personne s'accaparant le style Maori ou Haïda et une intelligence artificielle faisant la même chose ? Elles peuvent tout aussi bien imiter un style littéraire, musical ou cinématographique. Il faudra bien tôt ou tard déterminer dans quel contexte un style peut-être imité sans que ses créateurs en tirent avantage ou aient leur mot à dire.

L'histoire

Il ne sera pas long qu'une I.A. pourra réaliser des synthèses philosophiques, politiques, économiques ou autres et de là déterminer quelles pratiques ou quels principes sont les plus efficaces et dans quel contexte. En mettant en relation principes et effets à une échelle temporelle et à une fréquence d’occurrence inaccessible à un esprit humain.

Les connaissances développées par l'humanité peuvent être considérées comme un bien commun et ce n'est pas parce qu'une organisation a les moyens de les concentrer et de les analyser qu'elles cessent d'être un bien commun. Bien sur, des coûts de développement, d'acquisition et d'exploitation existent dans les services offerts et doivent être couverts, mais les profits qui en sont tirées doivent revenir en bonne partie à ceux à la source des données et à leur qualification.

Quand on parle de peuples, de nations, de patrimoine culturel, scientifique ou naturel, on peut toujours identifier une source responsable de la création, de la préservation, de son entretien ou de sa transmission jusqu'à aujourd'hui. L'humanité et la planète étant, pour l'instant, le maillon ultime d'attribution.

L'éducation

Pour gagner à Jeopardy en 2011, Watson avait accumulé plus de 200 millions de pages de contenu. Il n'avait pas le droit d'aller sur Internet pendant la partie, mais il avait surtout développé un algorithme lui permettant d'estimer la probabilité qu'une conclusion tirée des informations disponibles soit juste. On parle d'une technologie vieille de plusieurs années déjà. Les algorithmes d'aujourd'hui sont beaucoup plus sophistiqués.

Pour développer ChatGPT, Open AI a eu accès non seulement au contenu d'internet, Wikipédia inclus, mais probablement aussi à celui de Google Scholar (publications académiques et scientifiques) et à pratiquement toutes les données accessibles publiquement. Si on pose la question de la source de ses données à l'I.A. elle répond de manière sibylline ne se servir que de données apprises durant son entrainement, antérieur à 2022, tout en appréciant nos commentaires pour améliorer l'algorithme dans le futur, mais que le programme informatique lui-même est statique. 

Éventuellement le traitement des nouvelles informations se fera à une fréquence élevée et non bridée comme actuellement; alors ce genre de service sera à la base de toute recherche de connaissance. Envisager de s'en passer dans les activités d'apprentissage serait comme de refuser d'aller à la bibliothèque mais aussi de ne pas utiliser de calculatrice ou de se déplacer uniquement à pied. 

Une personne qui ne se déplace qu'à pied est probablement plus en forme qu'une autre qui utilise un moyen de transport, une personne qui calcule au crayon a de meilleures capacités de calcul mental qu'une autre qui ne sait même plus additionner, qu'une personne qui prend le temps de lire des ouvrages développe plus sa capacité de réflexion linéaire qu'une autre connectée à Instagram, mais dans tous les cas on constatera que le potentiel d'action et de réalisations des personnes qui utilisent les outils à leur disposition est plus élevé que ceux qui ne les utilisent pas. Les capacités de débogage de code informatique de ChatGPT ou de traduction de DeepL ne sont que des exemples des avantages à se servir de tels outils.

Transformation sociale et balises

D'obtenir des réponses à ses questions sans avoir à chercher, sans délai et sans vérification a nécessairement des incidences sur notre manière de penser. On développe sa capacité à poser des questions, à vérifier, à tester et à faire des liens à une autre échelle et à une autre intensité. Là où la notion de bien commun prend son importance est dans l'accès aux connaissances. Si celles-ci sont privées, filtrées ou censurées, le bien commun est loin d'être assuré.

Déterminer quelles connaissances demeurent dans le domaine public devient une fonction d'arbitrage social qui, pour l'instant, demeure généralement de la responsabilité d'entreprises et dont l'équilibre est surtout assuré par des critères de rentabilité, d'acceptabilité sociale et parfois de lois nationales.

Le bien public autour des connaissances dépasse celui des droits sur le contenu et s'étend à celui de son accessibilité et au service lui-même. Si Google ou autre collecteur d'information décide de facturer à la requête posée ou d'afficher de la publicité «contextualisée» à la requête, la question du bien public se posera avec toute son acuité : les individus, les ethnies, les nations, l'humanité et la planète réclameront leur du.

Illustration : Harvest par Ring, L.A. - 1885
National Gallery of Denmark, Denmark - CC0.
https://www.europeana.eu/item/2020903/DEP289

Références

École Branchée - Martine Rioux - Attention : L’intelligence artificielle qui change l’éducation est arrivée et vous devez vous y intéresser aujourd’hui
https://ecolebranchee.com/attention-lintelligence-artificielle-qui-change-leducation-est-arrivee-et-vous-devez-vous-y-interesser-aujourdhui/

Tech Republic -  Jo Best - IBM Watson: The inside story of how the Jeopardy-winning supercomputer was born, and what it wants to do next
https://www.techrepublic.com/article/ibm-watson-the-inside-story-of-how-the-jeopardy-winning-supercomputer-was-born-and-what-it-wants-to-do-next/

Watson - IBM - https://www.ibm.com/watson

ChatGPT - https://chat.openai.com

Deep Art Effect - https://www.deeparteffects.com/

01.net - Geoffroy Ondet  - 5 choses à essayer avec ChatGPT, l’IA qui discute avec vous (presque) naturellement
https://www.01net.com/actualites/5-choses-a-essayer-avec-chatgpt-lia-qui-discute-avec-vous-presque-naturellement.html

DeepL - https://www.deepl.com/translator

Intelligence artificielle en frénésie - Essayez plus de 30 applications publiques
https://cursus.edu/fr/25952/intelligence-artificielle-en-frenesie-essayez-plus-de-30-applications-publiques


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