En dehors des croyances classiques connues de tous telles que le christianisme, l’islam, le bouddhisme entre autres, il existe d’autres croyances notamment celles appréciées par certains peuples africains. Cette croyance est qualifiée par les premiers missionnaires comme le «culte des ancêtres».
Le culte des ancêtres chez les africains renvoie aux ancêtres sanctifiés ayant respecté les préceptes divins ; ceux-ci sont honorés par des prières et des offrandes d'hommages afin de bénéficier de leur bienveillance. Ils sont considérés comme des êtres pouvant intercéder entre Dieu et les hommes. Cette croyance constitue un maillon central dans la culture des peuples africains. Le culte des ancêtres, élément de stabilité psychique, établi le lien entre les rapports sociaux au-delà la vie terrestre. Les liens permettent de mettre en exergue la continuité de la vie terrestre à travers les différentes descendances.
Relation entre le vivant et l’ancêtre
En Afrique, singulièrement le peuple Bamiléké situé à l’Ouest Cameroun considère l’ancêtre comme celui qui a suivi réellement son chemin vers le monde où vivent les générations défuntes jusqu’à Dieu. Le culte des crânes en témoigne. Les ancêtres interviennent dès la naissance d’un individu car ils sont le bon garant des choses et de la vie sociale de chaque individu africain.
Pour éviter de passer des mauvais moments sur terre, entachés des échecs répétés dans la vie sociale; de connaître des maladies inguérissables qui ne trouvent pas solution dans les hôpitaux modernes ou des morts brusques et qui suscitent des interrogations répétitives ; il faudrait tout simplement respecter quelques principes de vie : solidarité vis-à-vis du groupe, respect des ascendants encore vivants, vénération des ancêtres, transmission des valeurs morales pour ne citer que ceux-là.
Les rituels
Pour continuer à passer une vie paisible, stable et éviter d’aller d’échec en échec, il y a des rituels qui doivent être faits pour sauvegarder la lignée ou la descendance. Ces rituels relèvent un caractère purement sacré et surtout incontournable dans la tradition Bamiléké. Ils ont pour but de protéger le crâne du défunt afin de le mettre à l’abri des intempéries et des pratiques maléfiques. Les rituels sont fondés sur plusieurs aspects.
Le deuil
Il faudrait pleurer le mort. C’est indéniable et c’est capital pour l’apaisement des cœurs. C’est d’ailleurs la première étape après le départ de l’individu. L’individu ne peut entamer ce voyage que lorsque sa famille a organisé le deuil. C’est ainsi l’occasion pour chacun de lui souhaiter un dernier voyage. Toutes ses connaissances doivent se manifester par leurs présences afin de lui rendre un dernier hommage pour qu’il s’en aille librement vers sa nouvelle mission, celle de veiller sur sa famille et ses descendants.
Le crâne
De nombreuses années peuvent séparer le deuil et le rituel des crânes. Il faudrait au moins quatre années pour s’aventurer dans ce processus. Lorsque cette période arrive, le défunt signale à son héritier son retour dans la case familiale. Si ce dernier ne perçoit pas clairement le message, il peut se rendre chez un voyant, communément appelé « nzẅè ssé », pour avoir une information claire. La communication entre lui et son héritier peut se faire à travers les songes, les messages venant des personnes inconnues pour ne citer que ceux-là.
Dès qu’il est fixé, place à l’exhumation du crâne du défunt. C’est à partir de ce moment qu’il commence véritablement à veiller sur ses descendants dans le but de les protéger et de leur montrer le droit chemin et en intercédant auprès de Dieu. Car, c’est la courroie de transmission entre l’être terrestre et Dieu. Il permet ainsi à toutes les progénitures de la concession de vivre une vie stable et motivée par l’envie de grandir et d’avoir de la force pour se battre et réussir dans la vie sociale.
Les funérailles
C’est le culte des morts organisé pour la glorification de la mémoire d'un défunt cher. Il s’agit du moment de célébration et de l’inscription définitive du défunt dans l’ordre des ancêtres. Bien qu’il exerçait avant cette fonction lorsque le rituel du crâne avait été effectué, il n’était pas encore reconnu officiellement. Kaffo et al. (2023) précise strictement : « Il s’agit des célébrations « quasi-obligatoires » pour les membres de la famille du disparu qui symbolisent la levée solennelle du deuil et l’entrée du défunt dans le monde des ancêtres ».
Au cours de cet événement, les cranes sont nourris avec du sel, de l’huile issue des noix de palme communément appelé de l’huile rouge par opposition aux huiles raffinées. En outre, les amis du défunt sont invités et ensemble avec sa famille, il célèbre son entrée dans les cercles très fermés des personnes qui sont revenues sur terre pour assurer la protection des êtres vivants qu’il ont laissé avant leur départ en leur assurant une vie assez stable.
Sans toutefois prétendre à une certaine exhaustivité des significations rattachées à la célébration des funérailles, ces auteurs en ont relevé cinq :
- l’accompagnement du défunt,
- l’intercession pour les vivants,
- le devoir de reconnaissance,
- la culture de la mémoire et
- la recherche de la cohésion et de la stabilité familiale.
Illustration : Michael_Luenen - Pixabay
Bibliographie
Bamilékés - https://fr.wikipedia.org/wiki/Bamil%C3%A9k%C3%A9s
Bamikélé - Bibliographie - https://web.facebook.com/societebamileke/photos/les-voyants-africains-le-cas-des-bamileke-les-nkam-si-joseph-foalengeditions-de-/610484346465306/?_rdc=1&_rdr
Kuipou Roger, 2015, « Le culte des crânes chez les Bamiléké de l'ouest du Cameroun », dans Communication n°97, pp 93-105
https://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_2015_num_97_1_2775
La Croix Africa, Cultes des morts et culte des ancêtres https://africa.la-croix.com/culte-des-morts-et-culte-des-ancetres-tribune/
Kaffo Célestin et al., « Les cérémonies funéraires à l’Ouest-Cameroun : entre mutations des pratiques sociétales, reconstruction des économies locales et aménagement de l’espace » dans Géographie et Cultures, n°110. https://journals.openedition.org/gc/12127
Kaze Beaudelaire Noel, 2023, « Célébrations funèbres chez les Bamiléké de l’ouest Cameroun : défis d’une néo-colonisation culturelle » dans International Journal of Humanities and Social Sciences. Vol 8, n° 2, http://eijhss.com/index.php/hss/article/view/134
Marie Kakeu-Makougang & Beaudelaire Kaze Noel, 2023, « Analyse sémiologique de l’arsenal funéraire chez les Bamiléké à l’Ouest-Cameroun » dans Akofena n°5, hors-série.
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