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Publié le 20 septembre 2023 Mis à jour le 20 septembre 2023

Les mythes pédagogiques : utiles à condition de ne pas y croire !

Stimulants comme des fables ou des contes.

Les "recettes" pédagogiques faussement étayées par des études vagues voire inexistantes ont connu un développement impressionnant. Poussées par une rhétorique graphique construite sur des pyramides, des cercles concentriques et des statistiques aux chiffres ronds, les publications pédagogiques ou managériales ont relayé toutes sortes de modèles. Les réseaux sociaux de type LinkedIn ont également été des tremplins de ce type de croyance. Mais voilà, après la mode des mythes pédagogiques, la tendance est à leur dénonciation.

La recette était pourtant belle

Pour fabriquer un mythe, la recette est plutôt simple. Il y a souvent une histoire personnelle. Beaucoup de posts sur LinkedIn commencent par "On me demande souvent comment j'ai réussi à ...". Les mythes se construisent souvent autour d'une réussite aussi éblouissante qu'inattendue.

Le mythe du schéma qui explique tout a sans doute plusieurs origines. Parmi celles-ci, un financier qui dessine une courbe sur une serviette en papier et convainc Reagan que trop d'impôts provoque paradoxalement une baisse des rentrées fiscales.

Le deuxième ingrédient consiste en une forme et une expression simple. Cinq piliers, trois strates, quatre étapes, cinq niveaux, neufs types de caractères et une forme. Il peut s'agir d'un pyramide, d'un cercle, de cases, d'un début de spirale... À ce stade, le mythe s'appuie aussi sur des publications scientifiques. Il y en a tant qu'il n'est jamais bien difficile de trouver des extraits qui viennent confirmer ce que l'on veut démontrer.

1: une idée simple et attractive.
2 : des références lointaines, sélectionnées dont on détache des extraits
3: une forme, une présentation claire et qui se présente comme une évidence
4: une dose de marketing, et un peu de chance !

Si vous aussi vous souhaitez créer un mythe et tenter de lui donner sa chance, vous pouvez vous servir dans les formes simples ci-dessous. Les pyramides, cercles concentriques, typologies avec 5, 7 ou 9 entrées, les piliers sont un bon point de départ. Les boucles de rétro-action également. Des pourcentages avec de beaux arrondis peuvent aussi être convaincants !



Si vous parlez pédagogie, n'oubliez pas de dire "neuromythe" !

L'ancien engouement pour les schémas simplistes et des typologies sans fondement est donc remplacé par un discours parfois tout aussi automatique. Difficile de dérouler son fil Linkedin lorsqu'on est formateur sans tomber sur un message ironique concernant les mythes.

Certains rédacteurs semblent même très engagés, comme si l'enjeu était de sauver l'avenir de l'éducation, de la formation ou du développement des compétences. Remonter les publications des plus virulentes permettrait sans doute de découvrir que certains de ces auteurs ont eux-mêmes relayé ces discours en leur temps.


La chose est entendue. Ce n'est pas sérieux de faire un métier de pédagogue et de véhiculer des vérités sans fondements et des opinions simplistes sur comment on apprend. L'exigence de scientificité est essentielle. Pourtant, peu de formateurs engagés dans ces débats ont une vision claire de ce qu'est un discours scientifique... Peu d'affirmations psychologiques ou sociologiques sortiraient indemne d'une analyse de leurs fondements scientifiques.

En 2020, le livre The Mind is Flat, ("L'esprit est plat") s'appuyait sur des études scientifiques pour dénoncer l'idée d'un moi profond et plus globalement de ce qui construit notre image d'une identité personnelle. Le livre est un véritable hachoir et pratiquement aucune théorie psychologique du XXe siècle n'en sort indemne.

Est-ce si grave ? Mais surtout, qui a vraiment cru à ces mythes ? Le propre des mythes est de donner une vision imagée et souvent simplifiée. Si je dis que l'on ne retient que 10% de ce qu'on lit, personne ne me croira sur le pourcentage précis, mais mes interlocuteurs penseront à différencier, à mettre les élèves et stagiaires en activité, à utiliser des présentations visuelles, à favoriser les échanges autour des connaissances jugées essentielles. L'affirmation est impossible à vérifier, elle n'a pas grand sens, mais elle pourra provoquer une réaction positive, en l’occurrence une tentative pour différencier les approches.

Stimuler l'imagination plutôt qu'apporter des recettes.

La pyramide de Maslow peut être dangereuse si on y croit vraiment. Elle pourrait inciter à délaisser le besoin d'appartenance ou d'estime de soi dès lors que les personnes sont en grande détresse. Mais dès lors qu'on oublie la progressivité qu'elle induit, elle peut au contraire inviter à s'interroger sur les besoins des personnes avec qui on travaille. Elle peut aussi se prolonger dans d'autres travaux ou réflexions sur les besoins, dans des cadres spécifiques. Ainsi Virginia Henderson définit dès 1947 14 besoins. Moins faciles à représenter par une forme géométrique, mais très utiles dans une perspective de soins infirmiers.

Laissons les mythes pédagogiques au rang de mythes. Le danger n'est donc pas dans leur message, mais dans l'idée qu'ils nous apporteraient des recettes. Parce que beaucoup se sont parés d'arguments quantitatifs et parce qu'ils citent des articles que quasiment personne n'a lu, on pourrait les prendre pour autre chose que ce qu'ils sont... Les messages qu'ils transmettent sont somme toute assez banals.

  • Les typologies sur les profils d'apprentissage nous invitent à diversifier nos méthodes, à utiliser plusieurs sens, à contextualiser et à rendre les participants acteurs.

  • Le mythe du "tout se joue avant trois ans ou avant six ans" incite à prêter attention aux apprentissages des plus petits... pas à délaisser les plus grands.

  • Enfin, pour prendre un troisième exemple, le mythe des cerveaux gauche et droit a encouragé des présentations plus spatiales de l'information, et à prêter attention à des compétences peu mobilisées dans la sphère scolaire. Des erreurs parfois heuristiques, en quelque sorte.

Dans Je crois, donc je suis paru en septembre 2023, Thierry Jobard nous fait savoir que de plus en plus de libraires sont tentés de fusionner les rayons ésotériques et développement personnel. La limite entre les deux mondes s'étiole et les deux se superposent parfois. Il y a parfois peu d'espace entre l'amusement que nous partageons à faire le test psychologique d'un magazine et l'aspiration à des modèles simples, qu'ils soient pédagogiques ou relationnels.

Au delà, les organismes qui luttent contre les dérives sectaires sont très attentifs aux modèles qui classent les comportements, les caractères, les modes de communication. L'antidote pour ne pas se prendre au sérieux : construire des typologies dont on comprend immédiatement qu'elles visent juste à éclairer un propos : les maisons dans Harry Potter, les nains chez Blanche-Neige, les royaumes de Game of Thrones...


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