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Publié le 15 novembre 2023 Mis à jour le 15 novembre 2023

Les élèves, nouveaux assistants-chercheurs

Les nombreuses possibilités de la science participative

Des enfants observant l'écorce d'un arbre

L'image stéréotypée du scientifique est cette personne en sarrau blanc dans un laboratoire aux teintes aussi froides en train de manipuler des éprouvettes ou de noter des données sur un ordinateur. Pourtant, la recherche scientifique ne possède, sauf exception, aucune tenue vestimentaire type et ne se déroule pas toujours en laboratoire. Plusieurs d'entre eux vont directement observer sur le terrain leur sujet.

Encore mieux, avec les outils numériques, la recherche a commencé à faire sa place auprès des citoyens en général. La science participative a gagné en popularité au cours de la dernière décennie avec, entre autres, la multiplication des appareils connectés. Cette "science citoyenne" a été vue comme une stratégie gagnante à tous les niveaux.

D'un côté, les chercheurs peuvent accéder à beaucoup de données sans avoir à se déplacer; un avantage considérable pour les sciences naturelles comme la biologie, la zoologie ou même la médecine. L'autre aspect est celui, espéré, d'une population saisissant davantage le processus scientifique. Dans un monde qui parfois rejette parfois la science, comprendre le travail des savants permettrait de réduire la désinformation... en théorie, dans les faits la recherche montre que les citoyens ne ressortent pas avec une plus grande compréhension. Néanmoins, certains se sont demandé si l'instauration de pratiques dès l'école ne serait pas plus productive en ce sens.

Intégrer une démarche scientifique

Ainsi, petit à petit, des projets de science participative ont été spécifiquement conçus pour être intégrés dans le cursus scolaire. L'idée est de travailler avec les élèves la démarche scientifique et différentes façons d'analyser leur environnement local. Que ce soit les arbres, le sol ou la faune, les jeunes apprenants commencent à inventorier différents éléments naturels et partager leurs trouvailles avec les professeurs et par la bande, les scientifiques.

Le rôle de l'enseignant est de les guider dans cette démarche. Comme le résume cette étude s'étant intéressé à des classes ayant participé au projet "Tree bodyguards" (à l'époque, "Oak bodyguards"), un programme pour étudier les effets des dégâts d'insectes herbivores en relation avec les changements climatiques :

Les résultats montrent que les enseignants, de par leurs choix didactiques et pédagogiques, peuvent recréer une authenticité disciplinaire et épistémologique. L’authenticité disciplinaire semble renforcée par l’authenticité épistémologique.

De quoi réjouir n'importe quel établissement scolaire qui voudrait se lancer dans la science participative. Or, le paragraphe qui suit dans la conclusion refroidit un peu les ardeurs :

Cependant, les résultats montrent également que les élèves sont très guidés par l’enseignante tout au long de la séquence. Ils n’interviennent à aucun moment dans le processus scientifique. Ils suivent les instructions fournies par leur enseignante et
indirectement par les scientifiques.

Voilà une des limites de ce type d'approche. Forcément, les enseignants observent les protocoles et le cadre demandé par les chercheurs pour ensuite l'imposer aux élèves. Ainsi, ils sont certes acteurs de la démarche mais en retiennent-ils vraiment quelque chose? L'étude en doute et aimerait que les modules de recherche participative offrent un brin plus de liberté d'action pour que les apprenants s'approprient davantage la démarche.

D'autant plus que, bien qu'intéressante sous bien des points, l'usage de science participative par des professeurs semble encore limitée. Ils n'arrivent que peu à véritablement jongler entre la matière  (en écologie, par exemple) et les besoins épistémologiques qui prennent le pas sur tout. Ce manque de co-construction peut aussi expliquer les limites de l'usage de science participative.

Pourtant, il existerait, en France, une façon d'appuyer le corps enseignant : les "Maisons pour la science". Ces structures implantées dans les universités seraient le parfait pont entre recherche et enseignement. Les personnes y travaillant pourraient aider les professeurs à co-construire des activités afin à la fois d'inscrire le projet éducatif dans le cadre d'une recherche tout en n'oubliant pas l'aspect pédagogique primordial pour intéresser les jeunes à la démarche scientifique.

Des programmes divers et (presque) toute l'année

La beauté de l'état des sciences participatives actuelles est la variété et le nombre de programmes en vigueur. Les enseignants français ont l'embarras du choix pour s'y lancer. Parmi les projets les plus "simples" se trouve la proposition de l'INPN (Inventaine national du patrimoine naturel) qui convie les classes à noter la biodiversité de son établissement scolaire. Il suffit d'utiliser l'application mobile gratuite afin de travailler avec ses élèves à consigner les espèces animales et végétales sauvages durant un moment choisi dans l'année.

Pour des activités plus spécifiques, il existe celles concernant les arbres proposés par le collectif "Tree bodyguards". D'autres comme qubs s'intéressent à la biodiversité du sol et des escargots et Vigie-Nature école demandent de se pencher sur les espèces d'oiseaux, de chauve-souris, de fleurs ou même d'algues pour ceux vivant en bord de mer.

Les enseignants ont toutefois intérêt à bien s'informer avant la nouvelle année scolaire des temps de ces projets. En effet, si certains peuvent s'effectuer toute l'année, d'autres doivent se réaliser durant des périodes précises. Par exemple, la "Vigie-Chiro" concernant les chauves-souris se déroule de septembre à novembre et l'observation d'escargots est idéale en octobre et au printemps. Cette page recense une part importante de ces projets, les niveaux scolaires concernés et surtout les moments optimaux pour les réaliser.

La science participative peut être une activité enrichissante pour les élèves. Elle leur permet d'aller à la rencontre de la nature locale et de comprendre, en partie, le travail des scientifiques. Il suffirait que les activités soient réfléchies davantage afin de mailler connaissances et démarche scientifique et offrir une expérience complète. Et si le monde de la science participait à proposer aux apprenants des occasions de réellement se mettre dans la peau de chercheurs?

Photo : fotosedrik / Depositphotos

Références :

 "Arbor'ECOL - un observatoire participatif des Arbres pour les écoles." Portail OPEN. Dernière mise à jour : Novembre 2022. https://www.open-sciences-participatives.org/actu/392.

Castagneyrol, Bastien. "Les sciences participatives, un outil pédagogique à développer." The Conversation. Dernière mise à jour : 28 octobre 2021. https://theconversation.com/les-sciences-participatives-un-outil-pedagogique-a-developper-169183.

Castagneyrol, Bastien. "Sciences citoyennes : des promesses pas (encore) tout à fait réalisées." The Conversation. Dernière mise à jour : 11 septembre 2019. https://theconversation.com/sciences-citoyennes-des-promesses-pas-encore-tout-a-fait-realisees-122827#Echobox=1568242777.

Castagneyrol, Bastien, Aurélie Coulon, et Florence Vuillaume. "Sciences participatives pour scolaires." Enseignement.sfecologie.org. Dernière mise à jour : 18 décembre 2022. https://enseignement.sfecologie.org/sciences-participatives-pour-scolaires/.

Drapeau Picard, André-Philippe. "Les sciences participatives : faire d’une pierre trois coups." Espace pour la vie Montréal. Dernière mise à jour : 3 mai 2023. https://m.espacepourlavie.ca/blogue/les-sciences-participatives-faire-d-une-pierre-trois-coups.

Hily, Arthur. "Grâce aux sciences participatives, la recherche s’invite à l’école." WE DEMAIN. Dernière mise à jour : 21 juillet 2023. https://www.wedemain.fr/articlesponso/grace-aux-sciences-participatives-la-recherche-sinvite-a-lecole/.

"Les sciences participatives avec mon école." Portail OPEN. Dernière mise à jour : Septembre 2018. https://www.open-sciences-participatives.org/actu/55.

Perron, Séverine, et Patricia Marzin. "Les projets de sciences participatives à l’École : pour quelle authenticité de l’enseignement-apprentissage en sciences ? Cas du projet Oak bodyguards en France." ResearchGate. Dernière mise à jour : Décembre 2022. https://www.researchgate.net/publication/365265578_Les_projets_de_sciences_participatives_a_l%27Ecole_pour_quelle_authenticite_de_l%27enseignement-apprentissages_en_sciences_Cas_du_projet_Oak_bodyguards_en_France.

Pédouan, Xavier. "Sciences à l’école, sciences participatives." Sciences De La Vie Et De La Terre. Dernière mise à jour : 15 juin 2023. https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/svt/sciences-a-lecole-sciences-participatives/.

Robin-Havret, Victor, Sarah Figuet, Patrick Haffner, Sébastien Turpin, et Simon Benateau. "Inventaire de la biodiversité de mon établissement scolaire." HAL Open Science. Dernière mise à jour : 28 juin 2023. https://mnhn.hal.science/mnhn-04144993/document.


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