La reconnaissance est le paiement du pauvre.
Ça vaut combien ?
Le paiement en conscience aussi désigné comme “participation libre et consciente” est un modèle de transaction économique qui repose sur le principe de confiance et de responsabilité personnelle, permettant à l'acheteur de déterminer le montant qu'il souhaite payer pour un bien ou un service, basé sur sa propre évaluation de sa valeur et selon ses moyens financiers.
Ce modèle encourage les individus à réfléchir à la valeur réelle des produits ou des services, à l'effort et à l'engagement nécessaires à leur création, ainsi qu'à leur propre situation financière et à leur volonté de soutenir les créateurs ou les fournisseurs de services. C’est l’antithèse de la relation impersonnelle de consommation et à l’indifférence associée quant aux conditions de production du bien.
À la consommation qui aboutit à la disposition finale d'un bien s’ajoute une création de lien de personne à personne, mais également de soi à ses valeurs. Car qui dit achat en conscience dit également vente en conscience.
Le paiement en conscience invite ainsi à une évaluation personnelle et consciente de ce que l’acheteur considère être juste et équitable. Ce concept met en lumière la relation directe entre l’offreur et le bénéficiaire, favorisant une économie basée sur le respect mutuel, la transparence et la confiance. Il peut être appliqué dans divers contextes, tels que les restaurants, les événements culturels, les ateliers, les services de bien-être, et la vente de produits artisanaux. Bien que le paiement en conscience puisse présenter des défis en termes de prévisibilité des revenus pour les offreurs, il offre également des opportunités pour bâtir des communautés plus solidaires et responsables, où les valeurs d'échange vont au-delà de la simple transaction financière pour englober la reconnaissance de la valeur humaine et créative. Vente et achat en conscience nous rendraient ils plus humains?
Les enjeux
La plus grande préoccupation pour les offreurs est de maintenir un équilibre entre instaurer une relation de confiance avec les bénéficiaires et assurer la viabilité économique de leur entreprise. Le risque que les bénéficiaires paient moins que le coût de production ou la valeur perçue des biens est réel, c’est pourquoi il est nécessaire de les informer des conditions de production.
Ce modèle défie les conventions en laissant le bénéficiaire décider de la valeur d'un produit. Cela peut conduire à une variabilité significative dans les revenus et nécessite une réflexion approfondie sur comment communiquer la valeur intrinsèque de ce qui est offert.
Au cours du processus, les bénéficiaires deviennent plus conscients de la valeur du travail et de l'effort investi dans ce qui est reçu. Cela génère une connexion et une appréciation plus profonde avec l'achat. Le paiement en conscience modifie les habitudes d'achat dans le sens d’une plus grande responsabilité. Les bénéficiaires peuvent devenir plus intentionnels et réfléchis dans leurs choix, privilégiant la qualité et l'histoire derrière les produits plutôt que le prix seul.
Les opportunités d'établir des liens se multiplient donnant une valeur relationnelle à l'argent échappant à l’adage “l’argent n’a pas d’odeur”.
Ce modèle promeut une économie plus empathique et solidaire, où les décisions d'achat sont guidées par des principes de justice et de soutien mutuel plutôt que par le simple calcul financier (Eckhardt et Dobscha 2014). Le paiement en conscience offre une opportunité d'expérimenter avec de nouveaux modèles économiques qui peuvent mieux répondre aux besoins et aux valeurs des bénéficiaires et des créateurs à l'ère moderne.
Paiement en conscience et formation
Un dicton affirme que plus le savoir est partagé, plus il grandit. Le paiement en conscience appliqué aux prestations de formation présente des spécificités notables, qui reflètent les valeurs de confiance, d'équité et de responsabilité personnelle, tout en mettant en lumière des défis et des opportunités uniques pour les formateurs et les apprenants.
Les participants évaluent la valeur de la formation non seulement en termes de contenu et de qualité de l'enseignement mais aussi en fonction de l'effet personnel et professionnel que la formation a au sur eux. Cette approche encourage une appréciation plus profonde des efforts du formateur et du potentiel de transformation offert par la formation.
Le paiement en conscience rend les formations plus accessibles à un public plus large, y compris à ceux qui ont peut-être des contraintes financières mais qui bénéficieraient grandement de l'opportunité d'apprendre. Cela favorise l'inclusion et la diversité parmi les participants, enrichissant ainsi l'expérience d'apprentissage pour tous. Les participants qui choisissent ce qu’ils paient sont souvent plus engagés et investis dans le processus d'apprentissage. Ils peuvent se sentir plus responsables pour tirer le maximum de la formation, car ils ont directement contribué à son évaluation financière.
Enfin, ce modèle peut renforcer la relation de confiance entre formateurs et participants. Les formateurs montrent qu'ils valorisent la croissance et l'éducation au-delà des considérations monétaires, tandis que les participants reconnaissent cet engagement en contribuant de manière équitable selon leurs capacités.
Pour les formateurs, le principal défi est de maintenir une stabilité financière, surtout si la formation est leur principale source de revenu. Ils doivent faire confiance à l'évaluation que les participants font de la formation, ce qui peut varier considérablement. Il reste un risque que le concept soit mal interprété, certains participants pouvant percevoir la formation comme moins précieuse si aucun prix fixe n'est établi.
Ce type de paiement encourage les formateurs à innover et à améliorer constamment leurs offres pour garantir que la valeur perçue par les participants reste élevée, ce qui peut conduire à des méthodes pédagogiques plus créatives et efficaces. Le paiement en conscience peut aider à créer une communauté d'apprenants et de formateurs qui partagent des valeurs communes, renforçant les réseaux professionnels et personnels basés sur le respect mutuel et la collaboration.
Et en pratique
Dans sa fiche sur la participation libre et consciente Philip propose des critères pour évaluer la valeur d’une prestation :
- La disponibilité engagée,
- L'expérience et le temps passé à développer l'expertise,
- Le degré d'adaptation sur-mesure,
- La valeur immatérielle déjà reçue,
- Le ressenti et l'intuition, mais aussi
- L'envie (pour le client) de contribuer au développement de la personne/organisation,
- L'engagement sociétale et personnel du prestataire,
- L'incidence pour les générations futures ou encore
- Le coût écologique,
- La santé financière du prestataire,
- Sa situation actuelle et à venir.
Trois questions clés pour cheminer dans sa prise de décision :
- Qui devrait être impliqué dans la prise de décision concernant la rémunération du formateur et quelle méthode de décision adopter ?
- Quels critères et valeurs devons-nous prendre en compte pour déterminer la rémunération du formateur ?
- Comment équilibrer le juste prix pour le formateur avec nos capacités financières et notre volonté de soutenir ses autres projets ?
C’est à chacun de faire un effort éthique et réflexif, et probablement que les IA ne seront pas d’un grand secours pour nous aider à répondre à ces achats en conscience.
Source
Cercle CNV paiement en conscience - https://cercle-cnv.com/paiement-en-conscience
La participation libre et consciente https://www.lemediateur.fr/quest-ce-que-la-participation-libre-et-consciente/
Maxime Barluet de Beauchesne https://maximebdb.notion.site/Prix-libre-conscient-b3488352b0af4d98b9f8d09d045545fa
Laura Slakmon. La donation consciente https://lauraslakmon.wordpress.com/2020/05/06/la-donation-consciente/
Eckhardt, G. M., & Dobscha, S. (2014). L’efficacité de la participation consciente à promouvoir la durabilité sociale. Recherche et Applications en Marketing (French Edition), 29(3), 104-108. https://www.jstor.org/stable/26375477
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