Nous avons tous connu des enseignants qui nous ont laissé des souvenirs impérissables et nous ont fait aimer leur matière. À l'inverse, nous avons aussi parfois connu de longues heures d'ennui à écouter le "prof" en bruit de fond. Les premiers nous ont donné envie de nous engager dans leurs activités, les seconds nous ont amené à faire ce qu'il fallait, et encore uniquement parce qu'il le fallait bien.
Regardons-nous dans un miroir (ou mieux filmons nous)
Nous sommes nombreux à ne pas imaginer ou nous soucier (même si certains s'en soucient parfois trop) de l'image que nous renvoyons. Quand je parle d'image, cela n'inclut pas uniquement l'apparence mais aussi et surtout les attitudes. À l'image de Mr Mégot le prof de gym de l'excellente BD, le Petit Spirou :

Source image
On peut se demander quelle crédibilité à un prof de gym qui fume, est ventripotent et se comporte de façon montrer qu'il n'a rien de sportif. Il s'agit bien sur d'une caricature mais quand sombre-t-on dans la caricature ?
Dans les enseignants que vous avez eu, reconnaissez-vous ce type de comportements :
- Prôner la pédagogie active et passer ses slides pendant deux heures
Ma première expérience lorsque je me suis inscrit aux cours en vue d'obtenir un titre pédagogique a été surprenante. C'était un samedi matin. Un professeur nous a expliqué pendant deux heures qu'il fallait faire participer ses apprenants, et ce sans jamais faire autre chose que lire et faire défiler des slides mal faites. La seule chose dont je me souvienne de ses slides est celle sur laquelle était écrit : "c'est en saignant que l'on devient enseignant" car je dois avouer que j'avais trouvé le jeu de mot assez particulier.
En réalité, la souffrance était du côté des apprenants, en tout cas en ce qui me concerne, tellement ces heures incohérentes semblent toujours très longues.
- Mme ou Mr «Tous des génies»
À plusieurs reprises, j'ai entendu des histoires d'enseignants qui prenaient leurs collègues de haut parce que tous les élèves réussissait dans leur cours alors que les mêmes élèves étaient en échec chez les dits collègues.
Quand la personne qui évalue est celle qui forme, la possibilité existe de mettre un seuil d'exigence si bas qu'effectivement tout le monde va "réussir".
Pensons quand même que cela peut être très démagogique comme démarche car ne pas avoir d'échec, c'est ne pas avoir de plaintes de parents, ne pas avoir de visites lors de réunions de parents, ne pas avoir de recours et ne pas avoir à préparer des secondes sessions.
Une chose est certaine si les élèves perçoivent un de leur enseignant comme quelqu'un qui est avare de son travail et son investissement, ils ne seront pas enclins à fournir beaucoup de travail et à plus forte raison si les exigences sont basses.
On pourrait continuer sur d'autres caricatures telles que :
- Mr ou Mme «Mon train n'était pas l'heure»
- Mr ou Mme «Tasse de café»
- Mr ou Mme «Je ne suis pas là une fois sur deux »
(en ne généralisant pas, bien sur, car des personnes peuvent être souffrantes)
Rappel sur ce qu'est la congruence
La congruence désigne
l'alignement entre ce que l'on pense, ce que l'on dit et ce que l'on
fait. C'est donc la cohérence entre nos convictions, nos paroles et nos
actions.
La congruence dans un cadre pédagogique
Les élèves comprennent très bien les
situations, ils se forgent des avis sur chacun de leur prof et créent
leur propre image, parfois à juste titre, parfois de façon erronée.
Idéalement, les élèves doivent percevoir leur enseignant comme une
personne authentique et crédible. Un enseignant congruent inspire la
confiance et l'engagement car les apprenants sentent que le message
véhiculé est sincère et reflète réellement ce que l'enseignant croit et
applique.
La congruence va bien plus loin que des mots prononcés.
Elle se manifeste dans la manière dont un enseignant enseigne ses
valeurs, ses méthodes d'enseignement et son attitude en classe. Éviter de créer un décalage entre nos paroles et nos actions crée cette impression. Toute
incongruence peut générer de la confusion et de la distance entre le
prof et ses apprenants.
S'auto-évaluer pour s'améliorer comme enseignant
Comme le
veut l'adage, on voit la paille dans l'oeil du voisin mais pas la
poutre dans le nôtre. Nous avons tous, à un moment ou à un autre,
expérimenté ce phénomène : voir chez les autres des comportements que
nous critiquons sans forcément réaliser que nous pouvons parfois les
adopter nous-mêmes.
L'effet miroir
consiste à se mettre face à soi-même et à analyser ses pratiques
d'enseignement de manière honnête et constructive. S'auto-évaluer nous
permet de mieux comprendre notre fonctionnement personnel et constater comment nos actions en classe peuvent être perçues par nos
élèves. Cela ouvre la porte sur des possibilités d'ajuster notre
approche pour favoriser de meilleurs apprentissages.
L'importance de l'autoréflexion dans la pratique enseignante
L'autoréflexion
est un outil puissant pour tout enseignant souhaitant progresser dans
sa pratique. Elle permet de prendre du recul sur ses méthodes,
d'identifier ce qui fonctionne et ce qui mérite d'être amélioré. Se
remettre en question est un signe de professionnalisme et d'engagement
envers ses élèves.
En prenant le temps d’analyser ses cours,
l’enseignant renforce sa congruence : il aligne ses intentions
pédagogiques avec ses actions réelles. L'autoréflexion n’est pas
seulement bénéfique pour l'enseignant, elle contribue également à créer
un environnement d’apprentissage plus adapté aux besoins des élèves.
Comment s'auto-observer
L'une
des techniques les plus efficaces pour s'auto-évaluer est de se filmer
pendant ses cours. En visionnant l’enregistrement, l'enseignant peut
analyser :
- son langage corporel,
- son ton de voix,
- ses interactions avec les élèves.
Ce
retour visuel permet de prendre conscience de détails souvent
invisibles sur le moment.
Un autre outil utile est le journal réflexif :
l'enseignant note régulièrement ses impressions après chaque période en
essayant d'identifier ce qui a bien fonctionné et ce qui doit être
amélioré.
Demander une rétroaction directe aux élèves peut fournir des
perspectives précieuses pour ajuster ses méthodes d’enseignement et
rendre le cours plus dynamique et interactif. Il faut évidemment mettre
en place des mécanismes afin que cela ne tourne pas mal d'un côté comme
de l'autre.
La notion de «plaisir d'enseigner»
L'état d'esprit fait partie de la congruence. Si vous aimez enseigner, il y a de fortes probabilité que vous allez communiquer votre enthousiasme. À contrario, si cela vous est pénible, cela va se ressentir. Le plaisir qu’un enseignant a probablement un effet direct sur
l'engagement et le plaisir que les élèves éprouveront lors des activités
pédagogiques.
Lorsque le professeur montre un enthousiasme sincère pour
sa matière et ses interactions avec les élèves, cet engouement est
contagieux. Les apprenants perçoivent rapidement cet investissement
personnel, ce qui rend les activités plus attrayantes et engageantes. Un
tel comportement crée une atmosphère
positive et dynamique et les élèves ont envie de participer
activement et de s'investir dans les tâches proposées. Ce plaisir partagé
favorise une expérience d'apprentissage plus enrichissante pour tous.
Cet excellent article illustre bien les effets de l'investissement réel dans une activité : Motivation : on a tout faux ! Les rappels indispensables de Daniel Pink sur ce qui nous motive.
Digne de confiance
Être congruent me parait être
une condition pour être crédible face aux élèves. La congruence permet
d'instaurer une relation de confiance et un environnement
d’apprentissage stimulant.
En alignant paroles et actions, l’enseignant
crée un cadre crédible et engageant pour les élèves. En cultivant
l’autoréflexion et en prenant du plaisir à enseigner, nous pouvons
favoriser une dynamique pour que tout le monde participe activement aux
activités d’apprentissage.
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