L'interdépendance de la vie révèle une propriété bien connue : «Le tout est plus grand que la somme des parties». Sans les bactéries, le plancton, les vers et tout ce qui grouille, on ne survivrait pas très longtemps. Sans le plombier, le fermier, le mécanicien ou pratiquement n'importe quel métier, on dirait adieu à notre confort et à notre niveau de vie. Nous faisons simplement plus de choses ensemble que tout seul, nous savons plus de choses à plusieurs têtes qu'à une seule.
Toute activité peut être estimée par son niveau d’efficacité, de plaisir ou par les avantages qu'elle procure. Mais ce qui apparait bénéfique à une certaine échelle peut s’avérer néfaste à une autre; des énergies fossiles au sucre, de l’I.A aux réseaux sociaux. Même les avancées qui ont permis à l’humanité de prospérer rencontrent aujourd’hui leurs limites.
En étudiant nos interdépendances, on s’aperçoit que les meilleures solutions sont régulièrement renégociées avec une participation de toutes les parties concernées. Bien sur les insectes ou les écosystèmes ne parlent pas, pas plus que les fougères ou les souris, c’est à nous de leur donner un langage, souvent par les données de la science, pour parvenir à comprendre où se rejoignent nos intérêts.
Si les technologies ne nous font rencontrer que nos «préférences», elles diminuent d’autant les possibilités de rencontres «étrangères». Difficile de préférer ce que l’on a jamais vu. Selon la légende, Siddharta a eu une révélation quand il a vu un infirme crasseux, l’incarnation de l’imperfection du monde qu’on lui avait caché jusqu’alors.
L’interdépendance est un fait objectif, dynamique et à favoriser car elle est clairement féconde, mais aussi risquée si elle n’est pas équilibrée. Si la nature se spécialise, c’est qu’il y a un gain à le faire, ce qui est traduit en langage économique par les avantages absolus et relatifs. On peut faire plus en combinant les forces et les expertises de chaque être vivant de la meilleure façon. Si on aseptise notre environnement, on l’appauvrit jusqu'à en tomber malade ou incapable.
Chaque discipline enseignée s’appuie sur d’autres, même celles dites «fondamentales». Que serait la physique sans la philosophie ? Pratiquement toutes les rencontres entre les disciplines mènent à des réalisations autrement impossibles. Bien des civilisations sont disparues faute de comprendre où leurs pratiques les conduisaient. Nous qui avons la possibilité d'éduquer et de comprendre nos interdépendances biologiques, sociales, culturelles, affectives, économiques et bien d’autres, nous ferions bien de confronter les discours isolationnistes : ils ne ne nous mènent nulle part. Il faut plus de communication, pas moins; ainsi on a des chances de comprendre nos interdépendances et de les améliorer.
Denys Lamontagne - [email protected]
Illustration : Des étudiants regardent un enseignant discuter avec une technicienne à propos du code informatique de la serre de légumes - Bing Creastor