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Enseignement explicite et solidité pédagogique

Soutenir les apprentissages malgré tout

Par Daniel Therrien , le 21 janvier 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 22 janvier 2018

La fin de session approche, une journée pédagogique est au calendrier, des conditions météo pourraient conduire à la fermeture des écoles... l'enseignant se retrouve encore une fois à court de temps et de moyens.

Comment faire réviser les élèves et s'assurer qu'ils ont compris la matière en si peu de temps ? Ce sont là des situations courantes qui font obstacle à la volonté de développement stratégique des apprentissages. Il appert que la préoccupation majeure dans toute situation d'enseignement ou d'apprentissage demeure la réussite des élèves.

Faire réussir les élèves

Durant la période de leur cours, les enseignants sont susceptibles de faire face à des situations problématiques réduisant considérablement le temps consacré aux activités d'apprentissage.

Même si faire réussir les élèves n'est pas un objectif qui tient à quelques recettes, certaines pratiques pédagogiques ont fait leurs preuves à travers l'historique de l’éducation et continuent de se développer dans nos écoles.

Des données probantes en cette matière démontrent qu'un accompagnement étroit des élèves et des actions stimulant leur pensée réflexive contribuent grandement à leur réussite scolaire. La dimension contextuelle qui parfois empêche la classe ou certains élèves d'évoluer doit être prise en compte dans des stratégies pour favoriser l'interrelation des apprenants avec les connaissances. L'enseignement explicite développe précisément un ensemble de stratégies dont l'objectif est de rejoindre l'élève dans sa connaissance et sa compréhension des objets du savoir.

La dimension contextuelle

Faire réussir des élèves doués est rarement un problème. Par contre, nos écoles secondaires reçoivent chaque année une clientèle défavorisée à plusieurs points de vues. Certains élèves proviennent de milieux socio-économiques faibles, une situation créant une disparité dans les moyens d'instrumenter l'apprentissage. D'autres élèves à retards pédagogiques ou en déficiente légère sont intégrés dans des classes moyennes, ces classes qu'on dit «écrémées» en raison des classements d’élèves dans des options à concentrations sports-études, arts et sport ou en programme d’éducation internationale (PEI). Dans ce contexte, les problématiques d'apprentissages sont nombreuses, et les contraintes ou imprévus doivent faire partie intégrante de la préparation de cours de l'enseignant.

Enseigner explicitement

Il existe différentes approches pédagogiques qui conduisent t'élève à s’engager dans sa tâche d'apprenant. La dévotion de l'enseignant ne semble pas faire réussir nos élèves en difficultés, soit cette pédagogie qui remet entre les mains des apprenants le contrôle de ses apprentissages en lui confiant la responsabilisé de la gestion des opérations cognitives et de l'assimilation des connaissances.

Le rôle de l'enseignant qui pratique l'enseignement explicite est pluridimensionnel.

  • Il doit amener les élèves à prendre connaissance de l'objet d'apprentissage,
  • à en saisir les enjeux propres concernant les efforts à fournir pour se l'approprier.
  • Il explique les façons de travailler qui seront en scène lors de la conduite du cours.
  • L'enseignant verbalise sa pensée et présente comment vont s'articuler les différentes opérations cognitives.
     

S'il n'y a rien de nouveau dans cette manière de conduire un cours, du moins celle-ci possède l'indéniable avantage de bien situer l'apprenant à travers le processus d'apprentissage. Selon les adeptes de ce type d’enseignement, une bonne planification doit reposer sur trois temps: un temps de préparation, un temps d'interaction en classe, et un temps de consolidation qui consiste en la remise de devoirs et en périodes de révision de la matière. (Gauthier, Bissonnette, 2005, 2017.)  

Malgré une influence importante de Piaget et Vygotski pour le développement de la pensée en sciences de l'éducation, l'approche behavioriste demeure une adoption institutionnelle observée dans plusieurs écoles.

En France par exemple, un groupe de travail relié à la Direction Générale de l'enseignement scolaire a publié en 2016 un dossier « visant à préciser et illustrer le concept d’explicitation tel qu’il est pensé dans le référentiel de l’éducation prioritaire ».

Sans se conformer au dogme de l'instruction directe, le groupe avance « un ensemble de gestes, de postures et de pratiques pédagogiques à conduire dans le quotidien de la classe », favorisant la compréhension et l'engagement de l'élève dans sa tâche d'apprenant. La tendance à maintenir une forme traditionnelle d'enseignement est forte, tandis qu'on tente de la bonifier.

La médiatisation numérique n'est pas évacué

Une recension d'écrits publiés par le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CFRIO) en 2014 indique que la façon dont l’enseignant se sert des technologies et ressources numériques comme supports pour faire apprendre a une influence importante sur le rendement scolaire des élèves.

Utiliser des supports technologiques en appui à l'enseignement ainsi que mettre à la disposition des élèves des tablettes ou des ordinateurs pour «chercher, découvrir, apprendre, réviser, créer» sont un ensemble de moyens compatibles avec une démarche de cours conforme à l'explicitation.

Cependant, de nombreuses considérations tirées des recherches citées par le CEFRIO et le Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire (CRIRES) concernent l'importance des pratiques pédagogiques des enseignants, ainsi que des politiques institutionnelles.

À la lumière de ce qui a offert des résultats significatifs pour la réussite scolaire et la motivation de l'élève à offrir un bon rendement, il faut considérer sérieusement le choix pédagogique d'un enseignement explicite et l'appui des technologies numériques pour faire apprendre.

Références

CEFRIO (2014). Usages du numérique dans les écoles québécoises : L’apport des technologies et des ressources numériques à l’enseignement et à l’apprentissage. Recension des écrits. Avec la collaboration des membres du CRIRES.
https://cefrio.qc.ca/media/uploader/Revue_des_ecrits.pdf

Cusset. P.-Y. 2011. Que disent les recherches sur "l’effet enseignant” ? Technical Report 232, Centre d’analyses stratégique.
http://archives.strategie.gouv.fr/cas/system/files/na-qsociales-232.pdf

Gauthier, C. 2017. Comment planifier l'organisation des apprentissages? Conférence de consensus, Différenciation pédagogique. Conseil national d’évolution du système scolaire, institut français de l'éducation. Avec la collaboration de Steve Bissonnette, Ph.D., TELUQ, Québec.
http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2017/03/170313_8_15_Gauthier.pdf

Groupe de travail. Enseigner plus explicitement. Situations et gestes professionnels au quotidien. Bureau de l’éducation prioritaire de la DGESCO, 2016.
https://www.reseau-canope.fr/education-prioritaire/fileadmin/user_upload/user_upload/actualites/enseigner_plus_explicitement_cr.pdf

S. Bissonnette, M. Richard, C. Gauthier, Interventions pédagogiques efficaces et réussite scolaire des élèves provenant de milieux défavorisés , Revue française de pédagogie (RFP), vol. 150, n° 1, 2005, p. 87-141.
http://www.persee.fr/doc/rfp_0556-7807_2005_num_150_1_3229

L'enseignement explicite : une méthode adaptée pour les élèves en difficulté. - Alexandre Roberge - Thot Cursus
http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/25046/enseignement-explicite-une-methode-adaptee-pour

CRIRES -  http://crires.ulaval.ca

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