Par Virginie Guignard Legros  | belleme@sevjnet.ch

Décentralisation et citoyenneté, le pouvoir des communautés et des académies

Créé le dimanche 28 mai 2017  |  Mise à jour le lundi 5 juin 2017

Décentralisation et citoyenneté, le pouvoir des communautés et des académies

Aujourd’hui, grâce aux outils collaboratifs en ligne, les citoyens d’un Etat ou d’une communauté sont interconnectés et peuvent participer à la construction du monde de demain. Que le citoyen soit proche géographiquement ou non de l’entité à laquelle il s’identifie n’a pas d’importance. Il est interconnecté au monde à travers la diaspora des pixels.

Après la décentralisation des compétences des territoires, la décentralisation fonctionnelle des établissements, nous assistons à la décentralisation des idées citoyennes.

Les formes connues de la décentralisation francophone occidentale

“La décentralisation mise en œuvre par les Etats occidentaux à l’égard des collectivités locales connaît des similitudes nombreuses pour la résolution des problèmes d’organisation territoriale et le droit comparé constitue une aide utile pour identifier les difficultés communes rencontrées par les Etats fédéraux ou unitaires.

L’étude des situations belges, canadiennes et françaises permet de constater que la mise en œuvre des processus de décentralisation transcende assez souvent les distinctions classiques des formes d’organisation de l’Etat.

L’analyse des statuts constitutionnels et celle des moyens, juridiques, financiers et humains, montrent de nombreuses corrélations sans gommer les persistances nationales… Elles ont été produites dans le cadre d’une coopération scientifique réunissant les centres de recherches en droit public des universités de Louvain, Ottawa et Rennes”.

Description des actes de colloques de la Faculté de Droit et de Science politique de Rennes du 18 et 19 novembre 2004 : La mise en œuvre de la décentralisation - étude comparée France, Belgique, Canada 

L’exemple de la France :

“Par un long processus de décentralisation, la France, qui était un État unitaire très centralisé, est aujourd’hui un État déconcentré et décentralisé (loi du 6 février 1992 relative à l’administration territoriale de la République, dite "loi ATR").

La décentralisation est consacrée par l’article 1er de la Constitution, selon lequel "l’organisation [de la République française] est décentralisée...On distingue la décentralisation territoriale et la décentralisation fonctionnelle. Dans la décentralisation territoriale, les autorités décentralisées sont les collectivités territoriales ou locales (communes, départements, régions, collectivités à statut particulier et collectivités d’outre-mer)...

Dans la décentralisation fonctionnelle ou technique, les entités décentralisées sont des établissements publics chargés de gérer un service public (universités, hôpitaux publics, musées nationaux, régions entre 1972 et 1982)".

Texte tiré de www.vie-publique.fr 

A ces deux formes de décentralisation, il faut en ajouter une troisième qui est liée au citoyen.

La décentralisation des idées citoyennes debout et en marche en France

Le protocole classique de transmission des idées citoyennes passe par les partis idéologiques qui proposent leurs idées au peuple et qui les valident par le processus électoral puis sont ensuite relayées aux plus hautes instances de l’Etat.

Aujourd’hui, on observe une appropriation par des groupes de citoyens de leurs destinées selon le concept de la diaspora de l’information. C’est une décentralisation de la décision que peut activer n’importe quel citoyen lambda et qui prend place au sein de communautés de vies, de villages, de villes, de corporations ou simplement de nouveaux mouvements, comme les nouveaux partis apparus en France lors de l'élection présidentielle 2017.

Sur le site par exemple du Mouvement en Marche, on y trouve le texte suivant :

“Mais quelle que soit votre histoire, quelles que soient vos origines politiques nous vous invitons à en réinventer les codes avec nous”.

Texte tiré du site internet. https://en-marche.fr/

On retrouve aussi la même dynamique sous un angle plus alternatif dans le mouvement de Nuit Debout :

“ensemble des personnes liées par le contrat social qui établit leur souveraineté comme exercice de leur volonté générale”.

Texte tiré du Wiki Nuit Debout

Ainsi, nous voyons émerger des mouvements citoyens, basés sur la volonté de reprendre leur droit à la parole en particulier sur les décisions influencant leur vie de tous les jours. On peut sans doute faire un parallèle entre les changements de paradigmes actuels.

Hier, la connaissance était déclinée selon la valorisation hiérarchique de la pensée intellectuelle vers les tâches subalternes les plus petites. Aujourd’hui, la data renverse cet ordre des choses, c’est l’infiniment petit des parcelles d’information, des pixels qui est l’or de demain et l’interprétation qui en est faite n’est qu’une variable algorithmique destinée à répondre à une question.

Le citoyen serait-il lui aussi en train de devenir la valeur incontournable de demain ? C’est fort possible.

Quel impact sur les formations de demain

Aujourd’hui, la plupart des programmes éducatifs sont mis en place pour mener des masses nationales ou régionales d’écoliers et d’étudiants aux diplômes selon un principe d’égalité.

C’est à dire qu’il y a un programme unique pour des centaines, des milliers, voire plus, d’êtres apprenants à former. Ces programmes standardisés sont égalitaires pour chaque étudiant, mais les taux d’échec font réfléchir à de nouveaux chemins plus équitables. En effet, si vous demandez à une panthère et à un cerf de monter à un arbre, ils sont tous les deux des êtres vivants et intelligents, mais, ils n’ont pas développé de par leurs différences les mêmes compétences. La valorisation des différences est une clef stratégique de la nouvelle éducation émergente.

Comment accompagner ces mutations alors que nous sommes à cheval entre deux façons de faire; le monde précédant fonctionnant selon le modèle hiérarchique d’avant la disruption et le monde émergeant qui veut valoriser l’apprenant en tant qu’individu ? La tentation de personnes oeuvrant selon le modèle ancien pourrait naturellement se formaliser par la décision de regrouper les élèves par classes typologiques pour permettre à tout un chacun d’être valorisé selon ses différences. Ceci peut être une tentation qui à terme peut accentuer les clivages de société. Nous pourrions alors voir sur-émerger des communautés de douance, de compétences, de différences, comme déjà on peut en constater l’existence pour les hautes écoles ou les handicaps comme celui de la surdité.

Notre façon de manager les formations aura un impact sur la structure de nos sociétés de demain. Une vie collective riche et unie ne pourra se mettre en place que par un modèle de formation qui permettra l’intégration des différences dans tous les niveaux structurels de son organisation.

La classe de demain devra pour ce fait être inclusive des différences et des compétences des uns et des autres. Manager la différence n’est pas juste l’accompagner. L’enjeu de l’éducation de demain est de faire des étudiants, des citoyens à part entière, qui vont vivre et agir ensemble. Pour y arriver, il faut que chacun trouve sa place dans la variété de la communauté de la maternelle à l’université.

Illustrations : Hôpital par Corgaasbeek
Marins
par Squeeze 

Sources

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