Par Julie Trevily  | j.trevily@cursus.edu

L'évaluation en soins études

Créé le lundi 12 juin 2017  |  Mise à jour le lundi 19 juin 2017

L'évaluation en soins études

Dans le milieu éducatif conventionnel, l'évaluation est un outil qui fait déjà débat, mais dans le secteur du soins-études, il peut s'avérer totalement contre-productif.

Évaluer, pour quoi faire?

Il en va de l'évaluation comme de n'importe quel autre outil : il faut savoir à quoi il sert pour s'en servir correctement. En milieu ordinaire, j'avais déjà pour habitude de définir à quoi servait mon évaluation (note et appréciation) avant d'en choisir les modalités. Une fois en soins études, j'ai eu la chance d'échanger avec des collègues rodés dans cet enseignement ô combien riche mais si différent, et j'ai souhaité vous en proposer la conclusion dans cet article.

Tout d'abord, il convient de distinguer deux éléments : l'évaluation purement académique liée à un niveau, et une moins officielle qui permet de situer l'élève par rapport à lui-même.

Dans le premier cas, l'évaluation doit permettre de situer l'apprenant dans une grille de classification où 10/20 constitue souvent la note à partir de laquelle l'institution considère que l'apprenant dispose du minimum nécesaire pour poursuivre ses études ou obtenir un diplôme ou un concours.

Dans le second cas, il est davantage question d'un accompagnement ponctué de progressions attendues ou espérées mais pas toujours en termes de connaissances. L'évaluation n'est pas toujorus synonyme de notes, puisque de nombreux niveaux sont évalués par le niveau d'acquisition d'un référentiel de savoirs, à l'aide d'un code couleur ou de lettres. Quoi qu'il en soit, l'expérience sur le terrain montre que l'évaluation n'a pas vraiment de valeur pédagogique si elle n'est pas accompagnée d'une appréciation précise et personnalisée. 

Évaluation et soins-études

Plus encore qu'ailleurs, le soins-études nécessite de la bienveillance et du recul. Il ne s'agit pas toujours de noter pour passer dans la classe supérieure. Ainsi, dans certains cas, il pourra être question d'évaluation des capacités d'un jeune à reprendre un cursus scolaire, après un AVC par exemple, ou de voir dans quelle mesure il peut retourner suivre une scolarité dans un établissemnt ordinaire.

Il n'y alors pas vraiment de dimension académique, mais plutôt pédagogique, pour voir dans quelle mesure il saura s'adapter aux critères fixés par le Ministère. Par exemple, pour un jeune longtemps déscolarisé, un cursus peut être prévu sur plusieurs années (bac en 4 ans : 2 ans de première et 2 ans en terminale) avec une évaluation peu connotée académiquement (excepté les matières d'examen) mais portant plutôt sur l'implication, le travail et les progrès accomplis. Ainsi, pour un phobique qui n'a pas quitté son domicile pendant plusieurs années, donc s'est trouvé déscolarisé un long moment, il est plus judicieux d'évaluer ce qu'il est capable de réaliser, s'il se motive pour venir et lui donner les clefs pour avancer que de le noter sur des cours auxquels il n'a jamais assisté.

Noter pour accompagner, pas pour sanctionner

Pour certains, il faudra attendre qu'ils atteignent un plancher acceptable psychologiquement (8 ou 9/20), tandis que pour d'autres on pourra noter sans jamais leur donner la note, qui les stresserait plus qu'autre chose.

D'autres encore ne se présenteront jamais aux devoirs, paniqués rien qu'à cette idée. Cela nécessitera alors d'autres modes dévaluation que les devoirs sur table : participation, travail en classe, exposés, devoirs maison... En soins études, certains apprenants ne seront évalués académiquement que très ponctuellement, ce qui n'empêchera pas pour autant ces jeunes d'obtenir leur diplôme plus ou moins haut la main.

On constate que l'évaluation n'a donc d'intérêt que pour guider et renforcer l'élève dans son apprentissage, le situer par rapport aux attentes académiques officielles, mais également par rapport à sa propre évolution. Un élève peut avoir 15/20 sans avoir travaillé et un autre avoir passé des heures sur un cours sans pour autant décrocher davantage qu'un 7/20. Dans les deux cas, l'évaluation purement académique n'aura d'intérêt véritable : celui qui ne travaille pas n'a pas de mérite et risque de rapidement perdre ses acquis, tandis que celui qui se jette dans le travail n'est pas récompensé et peut perdre sa motivation au travail s'il n'est pas encouragé.

C'est valable aussi bien en milieu ordinaire qu'en soins études : la bienveillance et l'évaluation peuvent être des leviers extrêmement puissants pour motiver les élèves, qu'ils soient "bons" ou non, à condition d'être bien choisies.

Le plus important dans les deux milieux semble donc, de bien définir l'objet d'évaluation avant de la mettre en pratique : elle doit faire partie d'un processus global d'apprentissage et n'est pas une fin en soi.   

Photo credit: Gipuzkoako Foru Aldundia 2015-2019 via Foter.com / CC BY-SA

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire