Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Décider en formation à l’ère numérique

Créé le vendredi 6 octobre 2017  |  Mise à jour le lundi 23 octobre 2017

Décider en formation à l’ère numérique

Ce que décider signifie

La prise de décision rationnelle se distingue du réflexe. Il s’agit d’un processus conscient de choix d’options parmi une gamme de possibilités plus ou moins perçues.

Pour l’homme, la prise de décision est souvent associée à des choix rationnels, quand bien même la recherche a montré qu’une part émotionnelle et affective entrait en jeu. Cette part de ressenti, d’intuition, de cour-circuit intégré dans un choix par rapport à la logique participe de la singularité humaine, jusqu’à produire parfois des « décisions absurdes », en particulier quand le collectif et le regard de l’autre s’en mêlent.

L’exploration proposée dans cet article vise d’abord dans une première partie à montrer comment des écosystèmes de décision de plus en plus automatisés par le recours à la puissance de calcul se mettent en place et dans une seconde partie d’en repérer quelques usages pour le secteur spécifique de la formation.

Les écosystèmes de décision

Ecosystème de décision 1 : La décision aidée par la puissance de calcul

Dans ce premier écosystème, la décision est aidée par la puissance de calcul conférée par des machines. Depuis les années 60 et le supercalculateur Strech d’IBM, l’unité de mesure est le FLOPS (opération en virgule flottante par seconde en anglais floating-point operation per second). L’échelle mesure le nombre d’opérations de calcul simultanées, graduées du kilo Flops (103) au yotta Flops (1024). Les ordinateurs actuellement les plus puissants sont ceux qui permettent par exemple la génération de crypto-monnaie Bitcoin avec 64 exaFlops (1018). Un super calculateur d’une puissance de 20 péta Flops (1015) est ainsi  capable de réaliser 20 millions de milliards d’opérations chaque seconde.

Les micro-ordinateurs individuels sont très en deçà de ces scores, même lorsqu’ils sont mis en réseau, mais il demeure que les smartphones actuels ont une puissance de calcul embarquée bien supérieure aux premiers supercalculateurs. Liés à des bases de données et des moteurs de recherche, ils se transforment véritablement en extension du cerveau pour une variété de tâches d’aides à la décision.

Les recherches en ligne sont déjà orientées par les moteurs qui flèchent nos préférences et nos habitudes et tracent chacune de nos opérations. Dès cet instant nos décisions sont sous influence.

Ecosystème de décision 2 : La décision aidée par la puissance de calcul et intégré dans un environnement de travail

Si comme le montre la prédominance des machines dans le jeu d’échec ou dans le jeu de go (défaite de Kasparov contre Deep Blue en 1997 et de Lee Se Dol contre l’AlphaGo de Google en 2017) la puissance de calcul est un élément important de la prise de décision. Mais, c’est tout l’environnement et le système de décision qui importe. Un homme muni d’un ordinateur dépasse les capacités et les performances du seul ordinateur.  

Les entreprises n’hésitent pas à investir de la puissance de calcul dans l’organisation du travail pour faire des profits comme par exemple les plates formes logistiques Amazon ou les plateformes de mise en relation de la Uber-économie. L’articulation d’une puissance de calcul assortie à une organisation de travail des processus optimisés augmenteraient significativement la qualité des décisions et des rendements d’affaire.  Dans l’économie de la connaissance faire les bons choix de produits ou services à développer procure de nets avantages.

Des logiciels permettent également de prendre des décisions collectivement pour combiner le meilleur de l’intelligence humaine. C’est par exemple le cas de Loomio, qui permet pour un collectif de choisir une date optimale, de classer les préférences, de prioriser des options, de mesurer une opinion, et de trouver des volontaires pour une action.

La solution intégrée au réseau social Slack est particulièrement efficace.   Bluenove, s'apppuie aussi sur des rôles au sein de communautés pour faire grandir des décisions et des projets ensemble. L'éditeur de logiciel repère des rôles sociaux essentiels qui favorisent la prise de décision collective tels que : Animateur de communautés (éphémères), attrapeurs de pépites, alchimistes de synthèse, analyste de contenus, révélateurs de cultures, activateurs techniques.

Ecosystème de décision 3 : le recours à des intelligences artificielles et à des algorithmes de décision automatisés

La puissance de calcul est également utilisée par le moyen des intelligences artificielles dans des décisions automatisées. C’est le cas des fameux algorithmes de décisions financières souvent précurseurs en la matière.

Selon Xavier Dupré senior data scientist chez Microsoft, la « finance haute fréquence » qui représente aujourd’hui plus de 50% des échanges, aurait décollé en 2003. Ces algorithmes permettraient de nombreux usages tels que : mise au point de stratégie par comparaison de données, optimisation des meilleurs paramètres, tests exhaustifs sur les paramètres choisis, réalisation de simulation et de coûts, construction de portefeuille de stratégies.

On note de nombreux recours aux algorithmes de calcul qui s’invitent dans les transports, la sécurité, l’industrie et une variété de services, jusqu’aux drones militaires qui pourraient mener des opérations d’élimination de personnes humaines sur la base de « méta données ».

L’expérience d’un affrontement simulé entre le pilote expérimenté, le Colonel  Gen Lee, et l'intelligence artificielle Alpha fait frémir tellement la supéiorité de la machine est écrasante. La question du recours aux intelligences artificielles auxquelles on délègue des décisions éthiques reste ouverte : Quelle trajectoire de véhicule privilégier en cas de dysfonctionnement ? Qui essayer de préserver en cas de collision de voitures sans chauffeur ? La vielle dame ? Le nourrisson ? Le dirigeant ? Quelle éthique des intelligences artificielles ?

La décision en formation

Comment se présente la décision en formation ?

La décision en formation commence dès le choix d’une matière ou d’une discipline, avec des logiciels d’aide à l’orientation puis, à chaque moment, l’apprenant va orienter son parcours et intensifier ou non ses efforts en fonction des situations qu’il rencontre et qu’il analyse ou des rétroactions qui lui sont faites (« essaye encore »).  De plus en plus fréquemment il lui est proposé des aides numériques pour faire des choix :

  • Choix d’orientation par exemple en fonction de test (ex : ONISEP)
  • Aide à la  décision dans l’apprentissage, avec les learning analytics
  • Amélioration de sa capacité à décider par la pratique de jeux sérieux ou de jeux vidéos de plus en plus immersifs et réactifs aux décisions de l’apprenant;
  • Utilisation d’intelligence artificielle : Educavox repère 5 usages tels que automatiser l’évaluation, s’adapter aux besoins de l’élève, proposer des améliorations à l’enseignant, être un tuteur virtuel pour l’élève, sortir l’apprentissage des murs de la classe;
  • Système tutoriel intelligent qui adapte ses réponses à chaque apprenant en fonction des dimensions affectives, cognitives et contextuelles;
  • Proposition d’environnement intelligent d’apprentissage qui guette les préférences de navigation ou de recherche des apprenants.
     

Une ergonomie de l’apprentissage à distance se met en place en observant et analysant les usages. Les propositions d’environnement d’apprentissage vont devenir affordant, (affordance learning), c’est-à-dire qu’ils vont pleinement épouser nos préférences, dans l’ordre d’apparition des informations. Cette perspective tendra-t-elle au repérage précoce de ceux qui ne sauront apprendre ? Uniformisera-t-elle les trajectoires ? Compensera-t-elle les handicaps initiaux de chacun ? Et que se passera-t-il pour ceux qui n’auraient pas accès à ces prothèses d’apprentissage ou bien qui les refuseraient ? Comment seront traités les problèmes éthiques liés à l'usage des intelligences artificielles en apprentissage? Le rééquilibrage possible des apprentissages par ces systèmes sera t-il un nivellement ?

Rassurons-nous, en cas d’absence de moyens numériques, il reste toujours notre cerveau humain dont l’encyclopédie Universalis annonce qu’il est capable de traiter de 1013 à 1019 instructions par seconde (pas mal) ce qui reste toujours utile quand une absence d’électricité nous prive du potentiel de calcul auquel nous sommes devenus accrocs pour vivre et apprendre.

Sources :

Loomio https://www.loomio.org/

Bluenove http://assembl.bluenove.com/

Wikipédia – La prise de decision - https://fr.wikipedia.org/wiki/Prise_de_d%C3%A9cision

Morel Chistian (2002), Les décisions absurdes. Paris : Gallimard
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-des-Sciences-humaines/Les-decisions-absurdes

Les échos -  1997 : Kasparov s’incline face à Deep Blue
https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/030475334820-1997-2109945.php

Sciences et avenir - Jeu de Go : nouvelle victoire de la machine face à l'humain
https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/intelligence-artificielle/jeu-de-go-nouvelle-victoire-de-la-machine-face-a-l-humain_113199

Encyclopédie Universalis - La puissance de calcul et l’intelligence
https://www.universalis.fr/encyclopedie/informatique-ordres-de-grandeur/4-la-puissance-de-calcul-et-l-intelligence/

Sup-Numérique.gouv – Learning Analytics une tendance en émergence dans l’éducation  
http://www.sup-numerique.gouv.fr/cid113065/learning-analytics-une-tendance-emergente-dans-l-education.html

Educavox -  5 rôles possibles de l’intelligence artificielle en éducation
http://www.educavox.fr/innovation/pedagogie/5-roles-possibles-de-l-intelligence-artificielle-en-education

ONISEP –Les outils numériques d’aide à l’orientation.
http://www.onisep.fr/Pres-de-chez-vous/Pays-de-la-Loire/Nantes/Equipes-educatives/Ressources-pedagogiques-regionales/Les-outils-numeriques-d-aide-a-l-orientation-de-l-Onisep

La modélisation du tutorat dans les systèmes tutoriels intelligents
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00696375/document

Cadre Emploi - Une partie de jeux vidéo pour améliorer sa prise de décision
https://www.cadremploi.fr/editorial/actualites/actu-emploi/detail/article/une-partie-de-jeux-video-pour-ameliorer-sa-prise-de-decision.html

Jupytalk - Les algorithmes, outils de décision automatique. L’exemple du trading algorithmique
http://www.xavierdupre.fr/app/jupytalk/helpsphinx/notebooks/automation_finance_trading.html

Zone Militaire - Le Drian fait de l’intelligence artificielle un enjeu stratégique pour la défense.
http://www.opex360.com/2017/02/17/m-le-drian-fait-de-lintelligence-artificielle-enjeu-strategique-pour-la-defense/

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire