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Le défi de l'intégration des élèves de quartiers sensibles

Si la France et d'autres pays ont créé une certaine ségrégation des citoyens provenant d'ailleurs, ils ont aussi les moyens de les intégrer

Par Alexandre Roberge , le 25 septembre 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 15 mars 2019

En voilà un sujet délicat. L’intégration des nouveaux arrivants et de leurs enfants à la société d’accueil. Le thème suscite des grincements de dents partout en Occident. Le dilemme est déchirant. Il faut bien accueillir des gens désespérés d’avoir une meilleure vie et être ouvert. Par contre, il y a aussi de fortes mouvances voulant freiner le flot et, surtout, remettant en question les possibilités d’intégrer des individus aux valeurs nationales. Certains événements malheureux qui jalonnent l’actualité alimentent évidemment ce point de vue, alors que la que la très large majorité des immigrants ne demandent qu'à s'intégrer.

Bref, l’intégration est difficile. Les fossés sociaux se creusent et les migrants et leurs familles se retrouvent dans lesdits quartiers sensibles. On a beau avoir tenté d’améliorer ces secteurs plus pauvres, il reste que la séparation invisible dure depuis 30 ans dans l’Hexagone. Jusqu’à tout récemment, il n’y avait pas de réelles études scientifiques sur l’intégration des nouveaux arrivants en France. Heureusement, cela a changé avec la publication à l'hiver 2016 de l'étude de l’INED (Institut national d’études démographiques).

Les Français qui n'en sont pas aux yeux des autres

La recherche qui a été faite en 2008-2009 sur les deux premières générations d’immigrants que si de leur côté, ils se sentent Français, le sentiment n’est pas réciproque. Une « francité » à sens unique et qui joue particulièrement dans la sphère socio-économique où même la deuxième génération, pourtant née en France, a plus de difficultés à accéder au marché du travail. Et quand elle y arrive, il s’agit souvent d’emplois bien en-dessous de leurs compétences et avec une ascension très lente. La discrimination est encore plus grande auprès des hommes et fils de Maghrébins qui ont une scolarité moindre, voire pas de diplôme dans le tiers des cas, et se retrouve à peupler ces quartiers dits sensibles.

Et voilà qu'on en vient à l’école. L’INED s’y est intéressée et a signalé qu’il s’agissait peut-être du maillon faible de l’intégration française. En effet, le décrochage est beaucoup plus important chez les garçons que chez les filles. L’INED souligne un certain laxisme envers les enfant mâles, particulièrement dans les familles qui viennent de culture plus masculines. Ainsi, les adolescentes n’abandonnent pas ou peu puisqu’elles cherchent à s’émanciper par rapport aux hommes.

Des réalités dures pour les professeurs

Au-delà de l’étude, ce sont les enseignants qui doivent se confronter à cette réalité. Et essayer de jongler avec toutes les situations qui s’accumulent en classe. Ce professeur, Rachid Zerrouki, en fait un portrait juste, un brin triste mais avec une petite pointe d’espoir. Parce qu’il en faut de l’espoir quand il y a cette impression que les parents chômeurs vont transmettre le même destin aux petits, qu'il y a tous les jours des conflits à gérer et que les réalités des enfants sont multiples passant de réfugiés de la guerre à descendants de peuples nomades qui sont ébahis devant les conforts et technologies actuels.

Sans compter que, comme le rappelle l’enseignant, les enfants d’immigrants même nés en France ne sont pas naturalisés avant leur 18 ans. La tâche de transmettre des valeurs républicaines à des jeunes pratiquement exclus de cette république jusqu’a leur majorité devient alors fort ardue. D’autant plus qu’il faille souligner les «bienfaits» de la colonisation sans en apporter un portrait plus neutre et nuancé (avec côtés moins reluisants).

Et pourtant, malgré ce que croient bien des gens et des médias, ils ne portent pas de haine en eux. Ils ne veulent majoritairement que plaire à leur professeur. Or, il y aurait selon le sociologue Robert K. Merton un effet Pygmalion inversé, un effet Golem (référence à un mythe juif d’un personnage d’argile sans libre arbitre) qui subrepticement les encourage à devenir ces mots médiatiquement associés aux nouveaux arrivants : revendeurs de drogue, chômeurs, criminels, terroristes…

Des initiatives porteuses d'espoir

Alors que faire devant un constat aussi triste? Ne surtout pas se décourager. Certes, l’intégration n’est pas parfaite, mais il est encore possible de le faire. D’autant plus que bien des enfants de la deuxième génération finissent par s’intégrer et créer la troisième. D’ailleurs, l’INED va s’y intéresser dans les prochaines années. Il n’en reste pas moins qu’il y aura beaucoup de travail à faire pour briser la discrimination socio-économique auprès des migrants.

Et si le numérique pouvait aider les jeunes à s’intégrer à la société française? En 2011, déjà, des organisations cherchaient à éviter une fracture numérique auprès de ses quartiers défavorisés, comme CitésLab qui propose toutes sortes d’activités pour les jeunes hommes et femmes des quartiers prioritaires afin qu’ils deviennent, entre autres entrepreneurs. 

À Marseille, tout récemment, les jeunes adultes de quartiers prioritaires peuvent bénéficier de SIMPLon Mars, une fabrique sociale de jeunes codeurs dans lesquels ils apprennent gratuitement à coder dans la prestigieuse école d’ingénieurs Centrale. Une façon de leur donner des outils et compétences pour obtenir ou se créer en emploi dans le numérique.

Or, ces quelques exemples ne sont que quelques projets ici et là. Pour une réelle et massive intégration, il faudra des actions de plus grande envergure pour encourager les générations de migrants à croire qu’ils ont un avenir dans leur pays d’accueil. Bref, il est temps d'agir.

Illustration : Dreaming in the deep south via Foter.com / CC BY

Références

Assoumani, Ali. "Comment Enseigner Dans Les Quartiers Nord De Marseille a Changé Ma Vision De La Société." VICE. Dernière mise à jour : 6 avril 2015. http://www.vice.com/fr/read/tribune-comment-enseigner-dans-les-quartiers-nord-de-marseille-a-change-ma-vision-de-la-societe-783?utm_source=vicefbfr.

Baumard, Maryline. "Emploi, école : Les Réussites Et Les Blocages De L’intégration En France." Le Monde.fr. Dernière mise à jour : 8 janvier 2016. http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/01/08/les-enfants-d-immigres-s-integrent-mais-restent-victimes-du-chomage-et-de-la-discrimination_4843872_3224.html.

CitésLab. Consulté le 20 septembre 2016. http://www.citeslab.fr/grand_public/actualites-citeslab/.

François, Jean-Baptiste. "La Difficile Intégration Des Immigrés De La Deuxième Génération." La Croix. Dernière mise à jour : 8 janvier 2016. http://www.la-croix.com/Actualite/France/La-difficile-integration-des-immigres-de-la-deuxieme-generation-2016-01-08-1401825.

"L'«intégration à Sens Unique» Des Immigrés En France - Libération." Libération.fr. Dernière mise à jour : 8 janvier 2016. http://www.liberation.fr/france/2016/01/08/l-integration-a-sens-unique-des-immigres-en-france_1425133.

"L’intégration En France, Enfin Une étude Scientifique !" Les Clés Du Social. Dernière mise à jour : 12 mars 2016. http://www.clesdusocial.com/l-integration-en-france-enfin-une-etude-scientifique.

"Quand Le Numérique Aide à L’insertion Dans Les Quartiers Défavorisés." Regards Sur Le Numérique. Dernière mise à jour : 18 mai 2011.
https://archives.rsln.fr/fil/quand-le-numerique-aide-a-linsertion-dans-les-quartiers-defavorises/

Rouchard, Samantha. "Quand Les Jeunes En échec Scolaire D'hier Deviennent Les Diplômés Du Numérique De Demain." Basta !. Dernière mise à jour : 13 janvier 2016. http://www.bastamag.net/Les-Marsiens-de-Centrale.

Stive, Dany. "Quartier Populaire : Qu’est-ce Que ça Veut Dire ?" L'Humanité. Dernière mise à jour : 1er avril 2016. http://www.humanite.fr/quartier-populaire-quest-ce-que-ca-veut-dire-603535.

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