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Communiquer avec des équipes pluriculturelles

De la hiérarchie vers la co-création

Par Virginie Guignard Legros , le 03 décembre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 31 janvier 2019

Image Pixabay

Communiquer avec des équipes pluriculturelles ou à travers le monde peut quelquefois paraître complexe mais peut aider aussi à manager le quotidien présentiel. À quels genres de situations peut-on avoir affaire ? La compréhension des diversités aide à y faire face.

Typologies verbale, managériale ou technologique

Le langage en est un des vecteurs fondamentaux dde la communication. Lorsque que vous travaillez avec des personnes d’origines diverses que ce soit sur place ou à distance, avoir une langue commune à tous est essentielle. Souvent, cela peut-être l’anglais, l’espagnol, le français… qu’importe, sans cette langue commune, peu est possible.

“Tout d’abord, la barrière de la langue. La langue la plus prisée au sein des équipes multiculturelles est bien évidemment l’anglais, langue internationale des affaires, mais même si vous maîtrisez correctement l’anglais, il est parfois nécessaire de s’adapter à l’anglais « local », pratiqué dans l’entreprise.

Si l’anglais n’est pas la langue commune aux différents membres de l’équipe, alors il est parfois nécessaire d’apprendre une nouvelle langue”.

Source : Comment travailler efficacement dans une équipe multiculturelle ? par Matthew Maclachlan - 2016 - https://www.communicaid.fr/blog/formation-interculturelle/travailler-equipe-multiculturelle/

Le management peut être aussi une source de compréhension ou d’incompréhension. Dans une époque disruptée, souvent deux monde s’affrontent : d’un côté le monde monde ancien hiérarchique et de l’autre le monde nouveau co-créatif. Et si un manager co-créatif doit manager des collaborateurs qui fonctionnent sur des schémas hiérarchiques, il va se retrouver face à une complète incompréhension de son équipe et vice-versa.

“Vers un renouveau managérial…

Face au constat de l'inadaptation croissante des modes de management, de nombreux dirigeants et consultants s'interrogent sur de nouveaux modèles à explorer, capables de développer conjointement performance (pour l'entreprise) et épanouissement (pour les salariés).

Jusqu'alors très rationnel, analytique et standardisé, le management de demain devra mobiliser l'autre partie de notre humanité : l'intuition, la relation, les plaisirs, l'aventure.

Une tendance se dégage nettement : celle de la valorisation de "l'intelligence humaine". Ces dernières années auront été marquées par un nouveau courant de pensée : le management collaboratif (parfois intitulé coopératif ou démocratique, c'est comme vous voulez).

Contrairement à la perception "X" de la théorie de McGregor, le management collaboratif repose sur un état d'esprit "Y" qui part du principe que les salariés ont des capacités, du goût pour le travail, le sens des responsabilités et l'envie d'être associés aux projets de l'entreprise, donc qu'il est possible de leur faire confiance”.

Source : Les 4 piliers du management collaboratif par Françis Boyer - 2012
https://www.journaldunet.com/management/expert/52542/les-4-piliers-du-management-collaboratif.shtml

La technologie participe elle aussi au bon déroulement d’un travail en équipe.

Basiquement la technologie de connexion, comme les systèmes de visioconférences, impose des inégalités sur internet lorsqu’il s’agit de communication. Vous pouvez avoir une liaison impeccable avec le fin fond du Sahel et de l’autre une connexion inaudible avec l’Auvergne depuis la Suisse. Un jour la connexion est excellente et une heure plus tard elle peut se brouiller terriblement.

La technologie peut aussi selon ses algorithmes faciliter ou pas le travail ou les résultats d’une équipe.

“C’est dans la manière dont les plateformes gouvernent leurs populations qu’on peut trouver une réponse. Avec le concept de gouvernementalité de Michel Foucault, définit rapidement comme l’influence sur les conduites qui transforme les populations en ressources, un cadre d’analyse cohérent peut être formulé. La gouvernementalité se manifeste par trois grands éléments : l’architecture des plateformes qui capacite ou restreint l’action de ses membres et des populations ; une capacité normative et de surveillance -une police ; un dispositif incitatif qui stimule l’activité des acteurs individuels et mobilise les foules.

La spécificité de ces politiques est d’être largement algorithmique, se nourrissant d’un flux de données important (le big data) qui à la fois permet de produire la connaissance nécessaire et la mise en œuvre des politiques dans le flux des microdécisions prises par l’organisation et les individus. Un mécanisme comme le «surge pricing» (augmentation du prix en pérode de pointe) de Uber en est un exemple remarquable : à l’échelle de quelques minutes et d’un quartier, Uber peut faire varier les tarifs en fonction de l’offre de VTC (Voiture de transport avec chauffeur) et de la demande, dans le but principal de limiter l’attente à moins de cinq minutes”.

Source : Gouvernance d’entreprise : de l’économie collaborative au gouvernement algorithmique des plateformes par Christophe Benavent - 2016
https://management-datascience.org/2017/06/26/gouvernance-dentreprise-de-leconomie-collaborative-au-gouvernement-algorithmique-des-plateformes/

Dans ce cas-ci les équipes tournent à fond grâce à une communication optimum avec la plateforme.

La compréhension des sujets abordés ou leur présentation ou des mots posés peuvent aussi faciliter ou pas la communication

L’incompréhension des différences de cultures, de langages vernaculaires, de générations, de regards est au coeur de la non-communication. Mais est-ce que ce mots “différence” est bien celui à utiliser ?

“Avec la distinction entre différence et écart, François Jullien se montre capable de désigner clairement les limites du « comparatisme de la différence ». En effet, sa critique est dirigée contre la fixation sur les différences improductives et promeut un travail avec des écarts, qui mettent à distance des moments culturels pour leur permettre d’entrer dans une tension productive et de stimuler la pensée. Jullien propose alors un rejet très convaincant d’une compréhension comparative des différences, qui porte toujours en elle le danger de la stérilisation par une essentialisation qui empêche la fécondité philosophique”.

Source : Qu’est-ce que la philosophie interculturelle ? Entre comparatisme et critique transculturelle (Un dia-logue avec François Jullien) par Fabian Heubel - 2014 -
https://journals.openedition.org/transtexts/554

La différence compare et donc met en compétition des êtres, des systèmes. Aujourd’hui avec la co-création apparaissent des compréhensions différentes de ces situations. La compétition est un des moteurs du système hiérarchique et elle est exclue du système co-créatif. Pour co-créer en intelligence collective, chacun doit poser ses diplômes, ses récompenses, ses positions hiérarchiques à la porte pour entrer dans la pièce de travail et dans le groupe comme un simple individu qui se joint à d’autres pour faire avancer un projet pour le bien de la société ou de l'organisation. On mettra plutôt ici en valeur la notion d’écart, car elle induit la différence sans en faire un stigmat au sein du groupe. Les individus sont accueillis sur ce qu’ils sont et non un jugement qui peut stériliser toute co-création.

“Comment s’ouvrir un chemin vers l’Autre ?   Je proposerai ici deux concepts médiateurs : d’écart et d’entre. À la différence de la différence, qui reste à la remorque de l’identité, l’écart est fécond en ce qu’il est exploratoire, aventureux, et met en tension ce qu’il a séparé. De là que ouvrir un « écart », c’est produire de l’« entre » ; et que produire de l’« entre » est la condition pour promouvoir de l’« autre ». Car dans cet entre, que n’a pas pensé notre pensée de l’Être, s’intensifie la relation à l’Autre qui se trouve ainsi préservé de l’assimilation à soi. Ce n’est donc pas à partir du semblable, comme on voudrait le croire, mais bien en faisant travailler des écarts, et donc en activant de l’entre, qu’on peut déployer une altérité qui fasse advenir du commun. Un commun effectif est à ce prix.   Qu’on s’en souvienne aujourd’hui où le danger d’assimilation, par temps de mondialisation, partout menace”.

Source : L'écart et l'entre de François Jullien - 2012 - http://www.editions-galilee.com

La communication des écarts est quelquefois juste à notre porte.

Hier, aujourd’hui encore la normalisation prévaut sur la co-création. Question de culture locale. Mais, si on fait des efforts pour comprendre l’autre venant de cultures lointaines, est-ce que l’on ne devrait pas aussi le faire pour ceux qui sont dits différents à l’école comme les aspergers, les autistes, les dyslexiques, les décrocheurs...

“Un des domaines de la responsabilité des États, celui de l’enseignement, est en ce sens particulièrement instructif. La tentation des responsables de l’enseignement est toujours la normalisation pédagogique: même livre, même support de cours, même programme, même évaluation, même encadrement, alors que justement la qualité des enseignants et de leur enseignement est essentielle. Tout repose in fine sur eux.

En effet, soit ils ont des qualités propres comme l’enthousiasme, le charisme et la capacité naturelle à la pédagogie participative, soit il semble impossible de tenter de les leur enseigner. C’est donc bien plus une question de gestion de ressources humaines qu’une gestion de normalisation de l’enseignement à laquelle nous devons faire face. Cela paraît évident pourtant ce n’est malheureusement pas toujours le chemin que nous empruntons. La «co-création» avec les enfants et leurs parents dans les systèmes d’enseignement devrait être à la base de tout système qui pourrait bien sûr être adaptée dans les structures actuelles pour en diminuer les risques et en maximaliser les réussites”.

Source : Processus participatifs: La co-création dans les administrations par Xavier Comtesse - Avenir suisse
https://www.avenir-suisse.ch/fr/processus-participatifs-la-co-creation-dans-les-administrations/

Une piste est une meilleure intégration des parties prenantes dans les décisions et actions des services publics.

“Comment imaginer que les clients ici les citoyens, les entreprises, les organisations de la société civile puissent participer à la «co-création» des services publics qui par définition, sont l'oeuvre des administrations? Tel est l'un des défis des administrations de demain”.

CF : Processus participatifs: La co-création dans les administrations

 

La compréhension des différences, ou des écarts si on veut être exact, doit s’apprendre dès l’école. L’école de demain sera co-créative et sera un modèle pour les entreprises du futur, car ce n’est pas une mode, mais une rupture de paradigme dont la gestion des différences est un signe avant coureur.

Source image : pixabay quimono

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