Articles

Le déterminisme n’est pas une fatalité

Entre le déterminisme et le libre arbitre, le choix est-il binaire à ce point ? La question toujours débattue. Analyse !

Par Régis Vansnick , le 24 mars 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 26 mars 2019

Reussite-scolaire

Arriver devant une classe et se sentir impuissant face à des étudiants au futur sombre tout tracé, représente une frustration que bien des enseignants peuvent éprouver. Mais le futur est-il à ce point tracé ? Depuis des temps très anciens, en Grèce antique entres autres, la question du déterminisme et du libre arbitre a été débatue. Mais le choix est-il binaire à ce point ?

Qu’est-ce que le déterminisme ?

Le déterminisme est lié à l'idée de causalité, qui est la relation entre la cause et l'effet. Dans certaines conditions, un événement causera un résultat. Les déterministes croient qu'une grande partie de ce qui nous arrive est hors de notre contrôle. En d'autres termes, un ensemble spécifique de circonstances façonne chacune de nos actions, ce qui à son tour détermine ce qui nous arrive.

Le déterminisme scolaire

Le rapport PISA publié en octobre 2018 est sans appel, la France ne donne pas les mêmes chances aux élèves issus de milieux défavorisés. Seulement 17% des adultes avec des parents qui n’ont pas de diplôme du second cycle ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur, alors que c’est le cas de 73% des adultes avec des parents diplômés de l’enseignement supérieur, ajoute l'OCDE. 

Les adultes dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur ont 14 fois plus de chance d’être également diplômés de l’enseignement supérieur que ceux dont les parents ont un niveau d’éducation moins élevé !

Ainsi, le niveau des études des enfants est statistiquement très lié à celui de leur milieu familial. On met en lumière les facteurs culturels et sociaux des inégalités devant l’école. Les parcours scolaires des adolescents sont fortement liés au niveau de diplôme de leurs parents.

Les sociologues, dont Pierre Bourdieu parlent alors de transmission de capital culturel. Le diplôme étant l’état institutionnalisé du capital culturel, c’est-à-dire l’objectivation du capital culturel sous forme de titres.

L'acquisition et la maîtrise des normes scolaires par les enfants sont facilitées par la proximité de leur milieu à l'origine avec le système scolaire. A lui seul, ce patrimoine scolaire n’explique pas complètement les différences de réussite scolaire des enfants.

Les ambitions des parents sont souvent beaucoup plus fortes dans les milieux favorisés, et s’y traduisent par une plus grande persévérance autour de cet enjeu. Le lien entre inégalités devant l'école et milieu d'origine s’explique ainsi, autant par la transmission d'une culture scolaire que par une propension, variable selon la position sociale, a "investir" dans les études des enfants.[1]

Qu’est-ce que le libre arbitre ?

Le libre arbitre est qu’en tant qu'êtres humains conscients, nous sommes libres de faire des choix véritablement indéterminés dans des circonstances où nous sommes réellement capables de le faire, et où nous choisissons de le faire librement ou sans contrainte.

L’impossible généralisation ?

Faire de l’opposition entre déterminisme et libre arbitre, un choix binaire avec une vérité universelle fait peu de sens. Des exemples et des études peuvent donner des résultats contradictoires selon le point de vue. La question a plus de sens si elle est posée au niveau de l’individu plutôt qu'à celui de la société.

Des traits de caractères propres à chaque individu mais aussi développés avec l’influence du milieu familial ont un effet important sur la perception que l’apprenant a de lui-même et de sa capacité à prendre en main son avenir.

Le rôle de l’enseignant

Des enseignants ont déjà pu changer le destin d’apprenants en les aidant à franchir la frontière entre le déterminisme et le libre arbitre. Référons nous à trois modèles pour des pistes de solutions :

1-. Le «locus of control» ou la théorie de l’attibutionnalité

Le locus of control détermine où l’individu situe la cause de ses performances ainsi que de l’enchaînement des évènements de sa vie. Le locus of control a un impact très important sur les choix de vie, la motivation et le bien-être. [2]

Les perceptions des apprenants sont essentielles. Quelle différence entre penser que l’on a échoué à un épreuve parce que l’on n’a pas eu de chance, parce que l’on n’a pas étudié ou parce que l’on n’y comprendra jamais rien. [3] Dans ce dernier cas, l’apprenant ne pourra jamais être motivé pour réussir puisqu’il n’entrevoit pas la réussite comme une possibilité.

La chance dans ce cas est à voir comme le hasard car nombreux sont ceux qui pensent que la chance, dans le sens fortune, est controlable.

2-. Le modèle de Viau

Le modèle dynamique de la motivation en contexte scolaire de R.Viau peut nous aider à élaborer des pistes de solutions. [4] Dans son modèle, les déterminants sont les composantes de la motivation directement influencées par le contexte et ces trois types de perceptions :

  • la valeur d’une activité,
  • la compétence de l’apprenant à réaliser l’activité,
  • la contrôlabilité sur le déroulement de l’activité.

3-. L’effet Pygmalion

L’effet Pygmalion est une amélioration du rendement d'une personne lorsqu'on s'attend à ce qu'elle soit performante ou à ce qu'elle réussisse mieux.

Comme deux chercheurs, Rosenthal et Jacobsen l’ont démontré. Les attentes des enseignants envers leurs apprenants a une importance prépondérante. Leur expérience s’est déroulée dans une école primaire où les élèves ont passé des tests préliminaires d'intelligence. Rosenthal et Jacobsen ont ensuite informé les enseignants des noms de vingt pour cent des élèves de l'école qui montraient un potentiel inhabituel et qui s'épanouiraient sur le plan scolaire au cours de l'année.

À l'insu des enseignants, ces élèves ont été sélectionnés au hasard, sans aucun rapport avec le test initial. Lorsque Rosenthal et Jacobson ont testé les élèves huit mois plus tard, ils ont découvert que les élèves choisis au hasard dont les enseignants pensaient qu'ils obtiendraient de meilleurs résultats ont obtenus aux tests des scores meilleurs que ceux de leurs congénères.

Rosenthal insiste sur le fait que l'effet Pygmalion s'applique également à l'enseignement supérieur.

Enseignements à en retirer

  • L’apprenant doit avoir la perception du contrôle sur ses apprentissages.
  • L’apprenant doit se sentir compétent face à une activité.
  • L’enseignant doit être bienveillant avec ses apprenants, leur montrer de l’estime et avoir des attentes élevées.

 

Références

Equity in Education - Breaking Down Barriers to Social Mobility - PISA
http://www.oecd.org/education/equity-in-education-9789264073234-en.htm

 Les trois états du capital culturel [article] - Pierre Bourdieu
https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1979_num_30_1_2654

[1] Marc-Antoine Estrade, « Les inégalités devant l’école », INSEE N°400, Septembre 1995

[2] École – Hé Charlemagne - Le locus of control
https://www.hecharlemagne.be/le-locus-of-control/

[3] M. Houx, "Approche de L'adolescent, vie scolaire et gestion des groupes", Presse Universitaire de Mons 2002-2003

Comment faire pour avoir de la chance ? - Agir et entreprendre
https://www.agiretentreprendre.fr/avoir-chance/

Justine Sinoir. La motivation scolaire. Education. 2017

Pygmalion effect - https://dictionary.cambridge.org/dictionary/english/pygmalion-effect

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné