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Publié le 07 février 2022 Mis à jour le 09 février 2022

Le mystère des onomatopées animalières

Pourquoi le coq français fait-il "cocorico" et le coq anglais cock-a-doodle-doo ?

Le langage est-il le propre de l’homme ? Cette question a été posée par Hélène Bouchet, Camille Coye et Alban Lemasson, trois chercheurs du CNRS de Rennes, en Bretagne, en 2015, en se basant sur la flexibilité vocale sous influences sociales chez les primates non humains.

D’autres avant eux s’étaient déjà penchés sur le sujet, à l’instar de Descartes qui affiliait l’animal à une machine. Depuis lors, les mentalités ont évolué et les animaux ont retrouvé « de l’humanité »! Si la justice leur a rendu leurs droits, la science leur a reconnu une âme et des émotions. Alors pourquoi pas un langage ? 

À ce sujet, avez-vous déjà remarqué que, d’une langue à l’autre, les onomatopées décrivant les cris des animaux sont différents ? Comment et pourquoi ? Est-ce une simple perception culturelle ou sont-ce les sons eux-mêmes qui diffèrent ?  Vous donnez votre langue au chat ? Ne montrez pas les crocs, faites patte de velours car par ce froid de canard, il ne faut pas faire la poule mouillée pour découvrir ces subtilités animalo-linguistiques !

Tour du monde animalier

Voilà un exercice que j’adore faire avec mes étudiants : celui du tour du monde animalier ! Le but est simple, découvrir les différents sons que font les animaux dans leur pays et leur culture. Fou rire garanti !

  • Par exemple, si pour nous le chat fait « miaou », il est remplacé par « meow » en anglais, « miau » en allemand, espagnol et portugais, « miao » en italien et « miāo » en chinois. Ici, les sons sont relativement proches, pas de problème.

  • Le chien, quant à lui, fait « Ouaf ouaf » pour nous. Les anglophones entendent « woof woof » et les germanophones « waw waw » (prononcé vaov vaov). Là aussi, ça va encore. Mais ça se complique du côté italien (bau bau), espagnol (gau gau), portugais (ão ão), arabe (haw haw), voire chinois (wang wang) !

  • Le cochon : en français, c’est « groin groin », « oink oink » en anglais, et, pour aller encore plus loin, « wǔ wǔ yī » en chinois, « nöff nöff » en suédois et « chrum chrum » en polonais !

  • Si le canard francophone fait « coin coin », son homologue catalan fait « mec mec », « rap rap » pour le danois, ou « gaa gaa » pour le japonais !

  • Un dernier pour la route, sans doute le plus surprenant, l’emblème national français : le coq et son fameux « Cocorico ». Les Chinois entendent « Ō ō ō », alors que les Islandais se compliquent la vie avec « gaggalagaggalagó » ou encore le célèbre « cock-a-doodle-doo » anglais !

Les animaux « sonneraient-ils » différemment dans chaque culture ou est-ce juste notre perception qui, elle, diffère ?

Perception sensorielle

J'ai deux chats : un Québécois et l'autre Français. Quand ils miaulent, j'entends pourtant bien le même "miaou", et sans accent, s'il vous plait !  Le samoyède russe, une race de chiens, ne va pas aboyer en anglais quand il est importé aux États-Unis… Non, à priori car rien n’a encore été prouvé, les animaux ne sont pas bilingues, trilingues ou polyglottes.

Avant tout, il convient de noter que dans chaque langue, on retranscrit ce qu’on entend. Cependant, tout dépend des limites du système phonétique de ladite langue. Nous interprétons donc les sons émis par les animaux selon les phonèmes que nous connaissons et entendons, ce qui explique que, d’une langue à l’autre, on ne retranscrive pas de la même façon les onomatopées animalières : tout simplement parce que les phonèmes varient d’une langue à l’autre !

Il est à noter qu’un professeur australien, de l’université d’Adélaïde, Derek Habbot, s’est penché sur ce sujet afin de montrer à quel point l’onomatopée reflète le rôle de l’animal en question dans la culture.

Ses recherches ont ainsi démontré que les Anglais démontraient une réelle «diversité obsessionnelle» pour les chiens en octroyant à ces derniers par moins de cinq onomatopées différentes (« woof, yap, bow wow, ruff, et growl »), là où la majorité des autres langues n’en avait qu’une. Ceci s’expliquerait par le fait que ce sont les pays anglophones qui compteraient le plus de chiens par habitant…

Autre exemple probant de ses études, à l’échelle locale cette fois, qui concerne le chameau, ou plutôt le dromadaire. Cet animal africain est pourtant très présent dans l’Outback australien dans lequel il a été introduit depuis la fin du XIXe siècle et représente même la plus grande colonie sauvage au monde avec plus de 750.000 individus ! Bref, si les Australiens ont naturellement une onomatopée pour le son que produit ce camélidé (« grumph »), notre langue française ne peut pas en dire autant ! Pour nous, le chameau… blatère, point. Idem pour nos amis Suédois et leur élan national, qui fait partie intégrante de leur vie quotidienne, et son doux son de « broel ». Non, ne cherchez pas, en français on ne sait pas quel bruit ça fait, un élan !


Finalement, même si, en vérité, le canard ne fait pas « coin-coin » ou « kwak-kwak », c’est vraiment une question de perception et de compréhension, aussi loin que nous le permet notre système phonologique. Et si, après tout, c’est nous qui ne comprenions pas ce que les animaux disaient ?


Sources et illustrations



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