Dossiers de la semaine

Ce qu'ils ne comprennent pas

Ses étudiants ont-ils compris ? Un enseignant n'attend pas la période des examens pour s’en assurer, ce sera trop tard. Il observe plutôt leurs réactions et en tient compte… ou non. Entre l'attitude attentive recherchée et l’apathie d’une classe entière en fin de période, on trouve l’espace des interventions pédagogiques.

La connaissance est faite de connexions, d’évaluations et de contextes. Les difficultés apparaissent lorsque l’on essaie de raccorder de nouvelles connaissances aux précédentes, absentes, erronées ou dont le contexte a changé et ne sont plus valides. Pour apprendre les nouvelles, il faut pratiquement désapprendre les anciennes, ce qui n’est guère apprécié, surtout s’il faut reconnaître son erreur, son entêtement ou son ignorance.

Il est si facile d’éviter la discussion et d’afficher une acceptation de surface. On se contente alors d'un pseudo savoir, balisé d'arbitraires et d'arguments d'autorité, qui peut même s’étendre à l’échelle du groupe.  Pas toujours facile de partager la connaissance, comme nous le rappelle Guy Béart : «Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté» - La vérité. Et il ne parle même pas de Galilée.

Venir à bout de «ce qu’ils ne comprennent pas» consiste aussi à confronter «ce qu’ils ne veulent pas comprendre». En s’attaquant à l’aspect «évaluation» de la connaissance, la philosophie démontre son utilité. La capacité de jugement améliore les possibilités de compréhension : «Toutes les affirmations n’ont pas la même valeur et le jugement s’exerce dans un contexte». Enseigner la philo, c’est enseigner à comprendre.

À un autre niveau, il est aussi difficile de comprendre ce que l’on ne perçoit pas. Les personnes hypersensitives voient et comprennent des choses que l’on soupçonne tout juste et leur entourage peine à les comprendre. La proposition est inversée : c’est nous qui ne comprenons pas ce qu’elles comprennent et qui diffère de ce que l’on croit savoir. Bienvenue dans le monde des neuro-atypiques et des intelligences artificielles.

Qu’est-ce qu’un anorexique mental comprend ? Son observation est apparemment déformée et arrive à une autre conclusion; «même décharné je suis gros». Connexion, évaluation, contexte… quelque chose empêche la re-connaissance. On pourrait aussi bien étendre ce genre d’analyse à notre aveuglement collectif dans nos rapports avec la nature et même aux autres humains. Que ne comprenons-nous pas ?

Nous avons encore beaucoup à apprendre… et à enseigner.

Bonne lecture

Denys Lamontagne - [email protected]

Illustration : Le monde connu en 1436, Andrea Bianco

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