Articles

Publié le 16 mai 2022 Mis à jour le 17 mai 2022

Pour une philosophie en acte - partie III - Pourquoi philosopher ?

Pour mieux voir venir...

Pourquoi réfléchir les pratiques de vie quotidienne, sinon parce que c’est le seul moyen d’avoir un reflet de sa propre philosophie en acte pour pouvoir l’observer et la transformer ?

C’est dans le reflet du vécu que du sens se construit. Le discours sur l’activité produit du sens et le sens contribue à l’élaboration de sa philosophie en acte. C’est l’élaboration de significations partageable et l’ajustement du système de croyance qui fonde la théorie en acte de l’acteur.

Contrairement à l’idée banale qu’on s’en fait, la pratique d’arts martiaux comme l’aïkido n’a pas comme finalité ultime d’être le plus fort et de savoir se battre mieux que tout le monde. Comme le disait maitre Ueshiba à propos de cet art martial ultime, l’aïkido, un art de paix ; c’est justement pour ne pas avoir à se battre, tuer dans l’œuf le conflit avant qu’advienne l’escalade de la violence du combat. Le but ultime de la pratique d’un art de paix comme l’aïkido est de développer les capacités d’attention du disciple. Une manière d’être présent à la situation qui conditionne la capacité à laisser advenir la bonne décision d’action, le geste juste, sans avoir à perdre le temps de la réflexion. C’est une pratique de l’attention consciente qui permet à l’intuition de se manifester.

La pratique de la philosophie est, pour la plupart d’entre nous, le moyen de nous alerter à temps pour pouvoir voir venir les pièges que nous nous tendons et avoir au moins le temps de se parer avant de tomber dedans. Du coup, les dégâts sont bien moindres.

À quoi peut bien servir la pratique de la philosophie ?

Principalement à développer une discipline d’attention. Savoir décider quand agir et quand ne pas agir. Et ainsi se donner le plus de chance de poser le geste juste.

Savoir nourrir son empathie d’une curiosité à l’expérience de l’autre. Influencer avec respect et intégrité. Laisser à l’interlocuteur un espace pour exister dans la relation.

La pratique de la philosophie a cette même finalité : devenir une pratique des gestes du questionnement qui permet qu’advienne la bonne décision de sens dans l’instant de l’action qui conditionne la bonne décision d’action.

La Praxisophie comme source de sérénité

Le projet pourrait d’arriver à être en intelligence avec soi pour être en intelligence avec les autres.

Vivre en bonne intelligence avec les autres suppose de pouvoir les reconnaitre et les accepter comme ils sont. Ce qui est plus difficile qu’il n’y parait ! Vivre en bonne intelligence avec soi aussi suppose de se reconnaitre dans ses mécanismes mentaux, ses réactions et ses manières de penser et de savoir les accepter. Ce qui est aussi plus difficile qu’il n’y parait. 

En ce sens la praxisophie joue ce double rôle de connaissance et d’acceptation de soi

Tayeb Chouiref, dans son commentaire de son œuvre,reprend la métaphore de Titus Burkhardt qui illustre bien cette question :  amour et connaissance sont les deux faces d'une même réalité. Comme le soleil est à la fois source de lumière (connaissance) et de chaleur (amour), la praxisophie permet de travailler à la fois la connaissance et la re-connaissance de soi : plus je me connais plus je suis capable de me voir venir dans mes errances et mes erreurs.

Plus je prends l’habitude de décoder les mécanismes du mental qui me font produire mes biais cognitifs, plus je suis capable de les voir en acte chez les autres. Plus je suis capable de me comprendre et de me pardonner plus je suis capable de comprendre et pardonner les errances des autres.

Comment développer des compétences de praxisophie ?

Partant du principe qu’on ne peut pas se regarder entrain de pédaler on peut déjà considérer que aucune démarche de praxisophie ne peut se concevoir sans l’interaction avec un autre humain. Un humain capable à la fois d’être un miroir neutre et non-déformant et en même temps etre cet « autre réactif » qui produit un dérangement de son idéologie. En ce sens toutes les propositions d’auto-coaching ou d’auto analyse peuvent etre vues comme des escroqueries ou des im-postures intellectuelles.

Produire sa propre philosophie en acte une compétence à s’étonner

Le sage est celui qui s’étonne de tout 

                                                            André Gide

Il s’agit de savoir voir le monde avec un œil neuf : La naïveté est une des principales qualités du praticien de la philosophie 

 « Travailler son pouvoir d’étonnement »  nous propose Joris Thievenaz. Il nous parle du sujet interloquant. Cette capacité à s’étonner est la condition première du projet de mourir un peu chaque jour à ses croyances obsolètes et ainsi laisser la place aux croyances utiles à l’intervention sur le monde à sa pratique de l’amour de la sagesse.

Celui qui sait trouver les mots justes qui lui permettent de développer sa conscience et d’inscrire cette conscience dans une durée  impermanente.

S’étonner c’est s’offrir l’occasion de questionner sa pensée automatique.

Philosopher c’est agir par un questionnement adapté pour révéler la réalité de mon modèle du monde pour en vérifier la congruence, la fidélité avec l’expérience que je fais du monde. il s’agit d’affuter ses outils pour produire une réalité de la plus haute fidélité.

Il y a dans la pratique de la philosophie comme dans la pratique de arts martiaux une permanence de l’éphémère ou une impermanence continue : rien n’est vrai pour toujours et la capacité à philosopher se perd comme se perd la capacité à jouer de la musique ou à pratiquer les arts martiaux.

« Je considère que la philosophie est du côté de l’incomplétude. C’est par manque, par incapacité, par “inaptitude à” que j’en suis là. Je pense que si j’avais le sentiment d’une quelconque maîtrise et que si ma relation avec l’existence allait de soi, je ne serais pas dans cet univers de la philosophie.

                                                              Cynthia Fleury

Le questionnement ou l’art d’affuter sa pensée

Le questionnement philosophique a pour finalité l'accès à l'intime, là où s'enracine la source des modes de significations : comment on décide du sens des choses.

En ce sens le questionnement philosophique a besoin d'être fait à la fois de questions vides de contenu et d'outils conceptuels des plus affûtés. Les outils conceptuels servent à l'apprenti praxisophe à sculpter ses propres représentations du monde et à affûter ses propres outils conceptuels. On les trouve sous différentes formes dans les différentes traditions spirituelles et leur forme est fonction de l'environnement dans lequel ils ont émergé, la bouche par laquelle ils sont passées.

Le questionnement vide de contenu est à la fois universel et complètement spécifique et contextuel: de quelle question ouverte a besoin notre apprenti philosophe à cet  instant dans ce contexte spécifique, pour qu'elle vienne faire voler en éclats le paradoxe de croyances dans lequel est l'apprenti philosophe. Comment ce coup d'interrogation va alors créer une prise de conscience ( Satori? Samadhi ?) à la fois libérateur et source de clarté ?

Illustration : DepositPhotos - ngupakarti


Pour une philosophie en acte - Partie 1 - Philosophie ou praxisophie ?

Pour une philosophie en acte - Partie 2 - Philosopher c’est mourir

Pour une philosophie en acte - Partie 3 - Pourquoi philosopher ?


Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

  • Les cours
  • Les ressources d’apprentissage
  • Le dossier de la semaine
  • Les événements
  • Les technologies

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner à l'infolettre

Superprof : la plateforme pour trouver les meilleurs professeurs particuliers en France (mais aussi en Belgique et en Suisse)


Effectuez une demande d'extrait d'acte de naissance en ligne !


Ajouter à mes listes de lecture


Créer une liste de lecture

Recevez nos nouvelles par courriel

Chaque jour, restez informé sur l’apprentissage numérique sous toutes ses formes. Des idées et des ressources intéressantes. Profitez-en, c’est gratuit !