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Publié le 01 juin 2022 Mis à jour le 01 juin 2022

La confiance, la base du bien vivre en société, oui mais de quelle société parlons-nous ?

L'ère COVID et son effet sur nos sociétés.

Confiance

En 2019, est arrivée l'épidémie du COVID 19 en Chine.

Nous l’avons regardée de loin, de trop loin peut-être ce mal qui créait de drôles de comportements institutionnels et sociaux.

Les pays asiatiques étaient déjà connus pour leurs masques, les gens malades ou asthmatiques ou sensibles aux pollutions atmosphériques portaient le masque par respect social pensait-on de nos lointains pays. Mais, c’était déjà les germes de tout autre chose, celle de la méfiance sociale ou alors celle de la défiance sociale ? Il y avait perte de la confiance sociale dans tous les cas.

La confiance sociale nécessaire

“La vie en société suppose d’accorder une part de confiance à autrui : c’est le principe même de la soumission à une autorité. Lorsque les citoyens votent, ils confient à leurs représentants une parcelle de souveraineté…

Thomas Hobbes a souligné l’importance de la confiance dans la construction du corps social et de l’État moderne. Les individus vivent dans un état de guerre souvent réduit à l’expression d’une défiance vis-à-vis des autres individus. Cet état de guerre est l’expression de l’envie ou de la haine. La confiance revient à soumettre sa propre volonté à la volonté du Léviathan, ce qui signifie que cette soumission est plus qu’un simple consentement : on abandonne son droit à gouverner parce qu’on a confiance dans l’État, entendu par Hobbes comme le civitas…

Cette confiance dans les institutions est essentielle et conditionne l’état d’esprit du corps social…”

Source : Défiance, méfiance ou confiance dans la société contemporaine -
Groupe ISP – dépt formation - ENM  - 2011
https://www.prepa-isp.fr/wp-content/uploads/2018/09/ENM-Annales-CG-2011.pdf

La confiance sociale dans nos sociétés de typologie hiérarchique repose sur le chef qui a le pouvoir. Et, elle se décline du haut jusqu’à la base. Dans une société corrompue depuis le sommet par exemple, il ne peut pas exister de confiance sociale, car la tête va entraîner par ses façons de faire toute la structure dans le modèle qui la structure.

La confiance sociale vertueuse

“La confiance est une étape indispensable pour le sens des responsabilités : avoir confiance dans quelqu’un, dans une action contribue au fonctionnement des groupes sociaux et l’autonomie des individus. C’est d’ailleurs un élément clé de l’éducation parentale ou du principe hiérarchique.

Dans ce dernier cas, le supérieur confie des attributions à un subordonné, à charge pour lui de rendre compte en cas de difficultés. En termes de management, cette solution est supposée davantage motiver l’agent en question. La confiance est donc un moyen de gestion ou d’organisation…”

Source : Défiance, méfiance ou confiance dans la société contemporaine
Groupe ISP – dépt formation - ENM  - 2011
https://www.prepa-isp.fr/wp-content/uploads/2018/09/ENM-Annales-CG-2011.pdf

Dans ce cas, la confiance sociale est de typologie hiérarchique ascendante. C’est la base qui va faire sa part pour solidifier la confiance de l’édifice global. 

La confiance est à double sens, descendante et ascendante à la fois et les deux imbriqués forment un édifice cohérent et solide. Mais si l’un des deux phénomènes est perturbé alors cela peut mettre en péril l’ensemble.

La confiance sociale trahie

“Donner sa confiance peut s’avérer risqué. Les sociétés modernes ont pu témoigner des méfaits du charisme ou du développement du culte du chef. Les individus, mobilisés dans la masse, sans corps intermédiaires, se laissent guider (Duce, surnom donné à Mussolini, vient du latin ducere, conduire).

Le corpus législatif comprend au demeurant des dispositions visant à empêcher la trahison de confiance. L’abus de confiance, prévue par le code pénal, réprime le fait par une personne de détourner, au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu'elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d'en faire un usage déterminé. Transition : la perte de confiance semble aux yeux de certains s’être muée en société de défiance dans laquelle l’ère de soupçon est devenue permanente. Le développement des théories du complot n’est que l’un des témoignages de ce phénomène et en souligne les limites sinon les dangers”. 

Source : Défiance, méfiance ou confiance dans la société contemporaine
Groupe ISP – dépt formation - ENM  - 2011

Pour garantir la stabilité de l’édifice, il faut des gardes fous, des lois, des déontologies, une éthique. Mais, lorsqu'un phénomène est atypique comme une épidémie telle qu’on en a une par siècle, il n’y a pas de gardes fous ou de normalités auxquelles se raccrocher et la confiance sociale peut alors s'effriter par la base, car la tête n’est pas prête à gérer l’atypisme auquel elle doit faire face.

La distance, nouvelle morale sociale

“Les mesures sanitaires ont œuvré, dans un vaste mouvement, à la mise à distance généralisée d’autrui. Les relations sociales ont subi des assauts insoupçonnés, via maintes expérimentations pilotées par les experts conseillant nos dirigeants, experts férus de psychologie sociale, de neurosciences ou autres précautions «milgramisant» nos vies. (Expérience de Milgram)

Ainsi en va-t-il de la pratique du nudge, qui nous amène à accepter « par petites touches » ce qui au départ paraissait inconcevable : confinement, auto-attestations de sortie, port généralisé du masque, couvre-feu, vaccination par doses rapprochées, passeport vaccinal, QR-codisation de nos vies. Bien des changements comportementaux ont été présentés comme « citoyens et responsables », instaurant un nouvel éthos basé sur la distance, le soupçon, un autocontrôle lui-même renforcé par des vigies technologiques (bornes, passes et QR codes) et les vigiles de ce nouvel ordre sanitaire, payés pour faire appliquer les directives. Une nouvelle ère du soupçon est montée en puissance…

La finalité, c’est de mettre de la distance entre les individus et aussi d’exercer un contrôle sur eux, de vérifier que les dispositifs de distanciation, secondés par l’ingénierie sociale les renforçant, sont appliqués et scrupuleusement respectés.

Hors toute considération sanitaire, les conséquences sont importantes : voici l’ère de relations distendues, défigurées (cf. la généralisation du port du masque), vidées par la force des choses de leur densité symbolique et sensible. Et « l’archipellisation » de la société se trouve accélérée par cette distanciation. C’est ce que soulignait Pierre Rimbert quand il mettait en parallèle « crise sanitaire et numérisation du monde », s’attachant à démontrer que s’impose la numérisation de nos relations, conçues par des geeks asociaux”.

Source : De la société distante à la société méfiante - May 15, 2022
https://theconversation.com/de-la-societe-distante-a-la-societe-mefiante-182817

La distanciation sociale est à l’antipode de la confiance sociale. Comment gérer cette nouvelle société émergente ? Quelquefois le destin fait bien les choses. Hier, il était décrié de préférer rester derrière son ordinateur plutôt que d’aller se promener dans les parcs ou avoir des activités collectives. L’ère COVID est l'émergence d’une nouvelle civilisation basée sur la juxtaposition sociale et non plus l’inclusion sociale. 

La confiance, au coeur du pacte social

“Comment « faire société » à distance et sans confiance, quand chacun se méfie de tous, et vice versa ? Car le Covid a ouvert une crise de confiance, à tous les niveaux de la société. Se sont trouvées instituées comme nouvelles valeurs sociales la distance, la suspicion, la méfiance. Et du gouvernement aux médias, une chasteté relationnelle a été promue massivement via affichettes, spots télévisuels, bandes-son lancinantes. Se méfier de ses proches, se tenir « à bonne distance », se protéger coûte que coûte, considérer les autres, l’environnement, les objets comme des dangers possibles. Le Covid a institué une paranoïa sociale d’un nouvel ordre, avec sa morale hygiéniste et ses nouveaux rites, dont le gel, bénitier séculier invitant à des ablutions précautionneuses. Il y a derrière tout cela des raccourcis scientifiques à défaut de pensée magique.

De manière plus profonde, on assiste en sous-main à un incroyable maillage de la société et des individus, sur fond de « Big Brotherisation » généralisée. Vivre «avec le Covid», c’est vivre avec le «sans contact» (bancaire) et les QR codes, avec les attestations qui autorisent mais traquent et tracent aussi. C’est accepter un bénéfice/risque où faire don de ses données personnelles autorise à être un «citoyen Premium», connecté et protégé. Voici venir la société des sésames et des passe-droits, où certains auront un accès illimité aux lieux et aux services car ils auront accepté de passer sous les Fourches caudines des pouvoirs politique et médical. Ceci est un constat plus qu’un jugement…

On sait combien l’ouvrage de Klaus Schwab «The Great Reset» a été glosé, récupéré, déformé parfois, et combien il a apporté de l’eau au moulin des thèses complotistes. Pouvait-il en être autrement ? En tout cas, le patron de Davos y explique en substance que l’épisode Covid peut constituer une « rare fenêtre d’opportunité », pour précisément « réinitialiser » la société, en imposant la distance et la numérisation comme de nouveaux paradigmes sociaux…”

Source : De la société distante à la société méfiante - Mai 15, 2022
https://theconversation.com/de-la-societe-distante-a-la-societe-mefiante-182817

La chaîne des liens sociaux s’est distendue isolant chacun derrière sa machine alors que celle des liens digitaux s’est durcie, poussant chaque internaute à se réunir non plus physiquement en présentiel mais dans la l’espace contrôlant et sanitairement sécurisé du digital avec tout autant de virus mais qui ne portent globalement pas atteinte à la santé physique. L'ère COVID a amorcé en deux ans l’ère du Metaverse. Des univers digitaux de loisirs et d’évasion où tout est possible et plus que le monde réel. Mais, est-ce suffisant pour nourrir l’être humain avide de liens sociaux ?

L'Humain commence avec le souci de l'Autre

..., posait Emmanuel Levinas. Pour le philosophe français, nous sommes ainsi caractérisés par notre socialité, c'est-à-dire la tendance de l'espèce à nous organiser en société, à construire des interactions entre individus ou groupes. Mais cette socialité, comment l'avons-nous acquise ?

Le neuropsychologue Nassim Elimari, doctorant à l'Université de Reims Champagne-Ardenne, avance une réponse : "Les espèces sociales sont le fruit d'un processus évolutif dans lequel les facultés sociales accroissent les chances de se reproduire."

Dans cette optique, l'entraide et la coopération constituent un avantage, assurant une meilleure protection contre les prédateurs et facilitant la recherche de nourriture. Mais la vie en commun pose aussi des problèmes. Guillaume Dezecache, chercheur en psychologie cognitive à l'université Clermont-Auvergne, le rappelle : "Pour chaque individu, il existe une tension entre les avantages de la coopération et le risque de compétition pour la nourriture ou la reproduction."

Source : Ce besoin viscéral de vivre en société - 15.01.2022
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/ce-besoin-visceral-de-vivre-en-societe_160265

Quatre paramètres sociaux sous tendent la société : coopération, compétition, nourriture et reproduction. Aujourd’hui une partie d’internet des affaires sur internet est basé sur les jeux et  le sexe, mais il manque le contact entre les humains, celui du regard, celui du toucher, celui de la rencontre et du partage, tous mis à mal avec la distanciation sociale de l’ère COVID et tous, sont des sources principales des problèmes psychologiques auxquels notre société doit faire face. À ceux-ci,  il faut ajouter le stress. Les humains sont encore des êtres sociaux. Et certains essayent de prendre des mesures pour réparer les dégâts.

“La situation sanitaire actuelle, en raison de la pandémie, a des répercussions considérables non seulement sur le plan sanitaire ou économique, mais également sur le plan social. Les pertes de revenus d'une partie de la population, l'augmentation de la précarité et du recours aux prestations sociales, couplées aux mesures limitant les contacts interpersonnels et les interactions entre les individus altèrent notre cohésion sociale et notre vivre-ensemble.

La limitation des déplacements, des loisirs, des réunions ou des rencontres a des conséquences négatives sur notre santé, nos comportements et notre rapport aux autres. Dans ce contexte particulier, dont on ne connaît pas l'issue à ce jour, il est aujourd'hui nécessaire de renouer les liens de proximité et de solidarité, notamment dans les quartiers les plus précarisés du canton. En effet, la crise actuelle détient pour effet une distanciation sociale qui ne va pas sans affaiblir la cohésion au sein de la population.

L'annulation de la grande majorité des événements publics dans les domaines de la culture, du sport ou autres événements sociaux, des rituels (mariages, enterrements, anniversaires, etc.) ne va pas sans affecter, peut-être durablement, les relations entre les individus composant notre société. Dans ce contexte, et pour répondre au besoin de refaire société, le département de la cohésion sociale (DCS) lance un appel destiné à financer et promouvoir des projets s'inscrivant dans les domaines de la culture, du sport ou de l'action sociale et qui visent à renforcer la cohésion sociale en milieu urbain.

Dans la mesure où une réponse plurielle et transversale est nécessaire pour répondre à ces enjeux, les projets articulant au moins deux de ces domaines sont encouragés. “

Source : Etat de GENEVE  - Appel à projets - Reconstruire la cohésion sociale après le COVID-19 - 22 mars 2021
https://www.ge.ch/document/appel-projets-reconstruire-cohesion-sociale-apres-covid-19


Reconstructions

L’école, comme les associations, les États, les élus… ont un rôle primordial de modèles en matière de reconstruction de la confiance sociale. Peut-être un jour, la confiance fera-t-elle l'objet d’un cours de confiance dans l’autre comme individu et dans la société.

La confiance naturelle, plus primitive, est loin de nous, nous sommes face aujourd’hui à de nouveaux niveaux de conscience de la confiance, plus individuelle, plus intellectuelle, plus encadrée, plus artificielle avec ses avantages et ses défauts.

“ Le caractère sociologique se réfère à la nature sociale de l'individu et de ses représentations qui s'ancrent dans des pratiques sociales et des institutions, mais surtout à notre société comme expérience du changement. Dans une société marquée par l’essor de l’individualisme, les individus se retrouvent face aux institutions, démunis de corps intermédiaires ou de solidarités.

« L’individu incertain » (Alain Ehrenberg, 1995) éprouve davantage le besoin d’avoir confiance dans les institutions. Or, la société contemporaine exprime également différentes formes d’angoisse ou de solitude qui pèsent sur ces individus victimes de la « fatigue d’être soi » (Alain Ehrenberg, 1998). N’y faut-il pas voir là un lien avec l’autonomisation accrue de l’individu ?

Dépourvu de soutien, (familial ou social par exemple), il dépérit. Ce serait donc le rôle des institutions de redonner du sens et de la confiance aux individus : l’exemplarité des élites, le rôle de l’éducation, du civisme, contribueraient à la confiance du corps social entre soi et en soi. ”

Source : Défiance, méfiance ou confiance dans la société contemporaine - Groupe ISP – dépt formation - ENM  2011
https://www.prepa-isp.fr/wp-content/uploads/2018/09/ENM-Annales-CG-2011.pdf

Peut-être faudra-il inventer de nouveaux mots face à cette mutation de la société. La confiance sanitaire, la confiance digitale, la confiance dans le Métaverse, l’éthique digitale, la déontologie artificielle, j’ai l’impression que l’on va devoir tout réinventer.

Source Image : DepositPhotos - Citalliance


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