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Publié le 27 septembre 2022 Mis à jour le 04 octobre 2022

Habiter l’université ou le calvaire des étudiants dans les campus africains

Électricité, espace, ressources...

Au XXIe Siècle, malgré l’évolution de l’éducation en Afrique, l’accès  au savoir n’est toujours pas une équation facile pour des milliers d’étudiants des universités. En quête de connaissances, plusieurs de ces étudiants ont élu domicile à l’université : ils habitent à l’université.

Il ne s’agit pas ici de vivre dans les campus universitaires comme c’est le cas dans les dortoirs mais de passer des nuits dans les amphis et les jours sur le campus pour plusieurs raisons n’émanant pas nécessairement d'un choix délibéré. Après la description de cet état de chose  dans un premier temps, je reviendrai dans un second temps avec quelques pistes de solutions.

1-Une nuit à l’amphi contre une place le lendemain 

La forte croissance démographique en Afrique s’accompagne de la forte demande en formation et la plupart des universités sur le continent ont du mal à s’adapter à cette croissance. C’est ainsi que plusieurs étudiants une fois à l’université découvrent la face cachée du campus.

En 2005, l’artiste camerounais Sultan Oshimih dans une chanson intitulée « Quelle école», devenue classique dans le milieu estudiantin camerounais, décrivant les tares du système scolaire  de son pays, dénonce la surpopulation dans les amphis :

« À l’université, on va au cours à 5 heures du mat/ On y va très tôt et speed pour avoir une place/ On attend le professeur jusqu’à 8 h 30/ Amphi 500, pour trois mille étudiants ».

Un amphithéâtre censé accueillir un maximum de 500 étudiants accueille environ 3000 étudiants. Cette situation décrite en 2005 n’a pas beaucoup changé. En 2021, la situation est pareille voire  pire. Le Cameroun n’est pas le seul pays qui vit cette situation. A la Faculté de médecine et d’odontostomatologie (FMOS) à Bamako, la situation est pareillement catastrophique.

Dans un article publié sur Bamada.net, plusieurs étudiants en médecine affirment dormir à l’amphi pour pouvoir avoir une place le lendemain lors du cours. Un amphi prévu pour accueillir 700 étudiants accueille entre 3500 et 4000 étudiants. Du coup, pour avoir une place, il faut soit dormir à l’amphi soit arriver très tôt le matin. Dans la chanson susmentionnée, l'artiste précise qu’il faut arriver à 5h30  et attendre le professeur jusqu’à 8h30. Cette situation est la même en Côte d’Ivoire et dans bien d'autres pays d’Afrique. 

Avoir une place à l’amphi implique ne pas rester debout ou être assis à même le sol durant des heures pour suivre un cours ; c'est aussi ne pas se retrouver au fond de la salle et de ne rien entendre des explications de l’enseignant.  La chasse d'une place n'est pas la seule raison pour laquelle les étudiants élisent domicile au campus.

2-Dormir à l’amphi pour profiter de l’électricité

Un fait majeur m’avait marqué lors de mon inscription en 2010 à l’université : les étudiants, une fois la nuit tombée, prenaient leurs cartables et leurs ordinateurs pour se rendre dans les amphis à la quête de l’énergie produite par le groupe électrogène de l’université. Dans la ville de Dschang, surnommée «Cité du savoir», qui abrite l’une des meilleures universités en Afrique Centrale, les étudiants sont piégés par les coupures intempestives de courant. 

Le Cameroun, l’un des pays ayant le plus de cours d’eau en Afrique, est aussi béni par le soleil qui  brille presque tous les jours mais il reste l’un de pays ou l’accès à l’électricité est un calvaire. Selon la Fondation Veolia, dont le but est de favoriser l’accès de la population africaine à l’électricité ou l’énergie, seulement 27% des ménages ont accès à l’électricité au Cameroun. Je vais m’attarder sur la ville de Dschang qui me permet d’expliquer l’effet de ce déficit sur les étudiants.

Le courant passe... parfois

Dans une étude réalisée par Kévine-Ornelard Djoufack et al (2022) l’évolution des coupures électriques est résumée de manière suivante :

« Les mois à durée de coupure élevée (février, juillet et septembre) dont les durées de coupure atteignent facilement pour la période d’observation les 15 000 minutes soit plus de 250 heures sans électricité. Les mois de durée moyenne de coupure qui concerne les mois de mars, mai et août. On remarque une hausse considérable des durées de coupures d’électricité qui représentent 25,36 % soit 40 571 minutes sur la période étudiée. C’est surtout à partir du mois de mai que l’augmentation de la durée des coupures devient véritablement sensible. Les durées de coupure mensuelles oscillent autour de la moyenne de coupure soit 13 327 minutes. Enfin, les mois à durée de coupure relativement faible (janvier, avril, juin, octobre, novembre et décembre). » 

À partir de ces chiffres, on constate que les étudiants de la ville, comme plusieurs personnes habitant dans cette cité, passent des milliers d’heures par an sans électricité. Du coup, ils se rabattent sur les moyens de bord, comme le groupe électrogène. Les étudiants ne pouvant pas s’offrir ces groupes sont obligés, pour certains, de passer des nuits dans les amphis pour réviser leurs leçons, surtout à l’approche des examens.  Les coupures n’étant pas seulement faites dans la nuit, ils se retrouvent souvent à passer toute une journée à l’université non parce qu’ils le veulent mais parce qu’ils souhaitent profiter de l’énergie produite par le groupe électrogène. Ce fut mon cas à l’époque où j’étais étudiant et c’est encore le cas pour plusieurs étudiants.

3-Habiter l’université délibérément 

Au-delà du délestage et du manque de places, le campus peut être un espace agréable. Ce ne sont pas tous les étudiants qui passent leur temps au campus à la quête des places ou à la recherche des bornes d’énergie, il y en a aussi qui préfèrent le campus parce qu’il est un cadre adéquat pour les études. Les cités universitaires sont souvent des endroits de convivialité, de fête mais aussi de discussions ou débats de tout genre, d'où l'absence de tranquillité.

Dans la quête d’un endroit calme, nombreux sont les étudiants qui restent des journées et des nuits entières à l’amphi, sur les gazons, dans les gradins des infrastructures sportives pour étudier. Ce n’est d’ailleurs pas un comportement particulier aux seuls étudiants africains, il est presque le même dans plusieurs institutions universitaires. Par contre en Afrique, des solutions d’amélioration peuvent être envisagées. 

De la nécessité de mettre sur pied des infrastructures modernes

Je ne suis pas certainement le premier à proposer la  mise sur pied des infrastructures. D’ailleurs même les responsables chargés de l’éducation reconnaissent ce manque criard d’infrastructures. Dans le cas de la Faculté de médecine au Mali que nous avons mentionné, le Doyen propose des cours à distance. C’est une alternative mais  le problème d’électricité, l’accès au réseau internet, l’achat des appareils adéquats (téléphones inteligents, PC.., haut-parleurs…) n’est pas à la portée de tout le monde sans oublier que les cours à distance nécessitent la mise sur pied de technologies spécifiques.

Donc, résoudre le problème de la surpopulation à l’université passe par la mise sur pied à court et à moyen terme des amphithéâtres ou salles équipées des places assises et des outils nécessaires pour mieux transmettre le savoir: vidéoprojecteur, micros, ordinateur etc.

Assurer la sécurité des étudiants 

Passer la nuit au campus, que ce soit pour la quête d’une place, la recherche de l’énergie ou  un cadre approprié pour étudier implique une prise de risques, surtout lorsqu’on connaît l’insécurité qui règne dans plusieurs villes africaines. Cet état de  chose est bien présenté dans un article rédigé par Mwanza Wa Kalombo Claude et Mumba Kakudji Martial (2020) sur l’Université de Lubumbashi  en République Démocratique du Congo.

Il ressort de leur texte que l’insécurité  n’est pas seulement causée par des facteurs externes (criminalité) mais également par des facteurs internes (revendications estudiantines) liés aux manques d’infrastructures et autres dysfonctionnements que rencontrent les universités africaines. En conséquence, il est important pour les chefs de ces établissements de travailler non seulement avec les autorités chargées de la sécurité dans les villes mais aussi de plaider auprès des gouvernements pour l’amélioration des  conditions de sécurité et de sûreté des étudiants. 

Prévoir des  énergies alternatives

L’Université de Dschang que nous avons  cité,  malgré son groupe électrogène, se retrouve  souvent sans énergie. Soit le groupe est en panne, soit il n’a plus de carburant pour fonctionner. Les autorités doivent trouver des solutions alternatives durables afin d’assurer la continuité des services de l’université pour que le choix d’habiter à l’université soit une volonté personnelle de l’étudiant et non une contrainte.

Les facultés de technologie doivent focaliser leur attention sur le problème afin de produire des sources variées d'énergie. l’Institut Universitaire de Technologie Fotso Victor de Bandjoun qui dépend de l’Université de Dschang pourrait se donner pour objectif de satisfaire la demande de l’université en termes d’énergie à travers les panneaux solaires. 

Rechercher des financements alternatifs 

Toutes ces solutions impliquent l'engagement de ressources financières énormes. Vu que les gouvernements sont incapables de satisfaire les demandes des universités, il serait mieux de se tourner vers les entreprises privées ou la recherche de financements alternatifs. Dans certaines universités les fondations sont mises sur pied afin de mobiliser des ressources, c’est le cas de la Fondation de l’Université de Dschang. Cette université tout comme les autres pourraient aussi procéder par le financement participatif en mettant sur pied des campagnes de Crowdfundings.

Au demeurant, « en moyenne, seuls 7 % des jeunes ont accès à l'enseignement supérieur en Afrique contre 76 % dans les pays occidentaux» , dixit Sarah Masson. Malgré ce faible taux, les étudiants ont du mal à suivre les cours normalement. Ils sont obligés d’élire domicile à l’université malgré tous les risques que cela comporte. Vivre à l’université peut être aussi un choix  délibéré et non une coercition mais pour cela, il faudrait que les autorités prennent à bras le corps le problème des infrastructures, de l‘accès à l’énergie et surtout assure la sécurité de ces personnes en quête de  connaissances.


Bibliographie

Bamada.net, «FACULTÉ DE MÉDECINE: LE CALVAIRE DES ÉTUDIANTS POUR AVOIR UNE PLACE DANS L’AMPHI», http://bamada.net/faculte-de-medecine-le-calvaire-des-etudiants-pour-avoir-une-place-dans-lamphi, 2022. 

Djoufack , Kévine-Ornelard et al, «Energie électrique dans la ville de Dschang entre accès et croissance urbaine » in BENOÎT MOUGOUÉ DE LA CROISSANCE URBAINE À L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, MÉLANGES EN L’HONNEUR DU PROFESSEUR BENOÎT MOUGOUÉ. 2022. (pp.319-332).

Mwanza Wa Kalombo Claude et Mumba Kakudji Martial, « De la sécurité dans les milieux universitaires : cas du campus de l’université de Lubumbashi », KAS African Law Study Library – Librairie Africaine d’Etudes Juridiques,  https://www.nomos-elibrary.de/10.5771/2363-6262-2020-1-144.pdf?download_full_pdf=1, 2020. 

Sultan Oshimih, «Quelle école», https://kamerlyrics.net/lyric-199-sultan-oshimihn-quelle-ecole, 2005.


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