“La force de l’eau vient de la source”
Proverbe Persan
Contexte de la «rencontre des sources»
Sur la base de la “rencontre des sources” initiée par deux “personnes sources”, Cécile et Denis avec l’appui méthodologique et logistique de Frédérique, l’idée de cet écho est de dénouer l’expérience vécue et d’en comprendre la portée. La rencontre des sources a réuni pendant 3 jours 25 participants sur l’idée d’apprendre à s’entraider, en partant d’un territoire, en affichant d’une part le rejet de méthode pour la méthode, en générant de la co-responsabilité de tous envers tous, et en s’appuyant sur l’ouverture de personnes de milieux différents (fonctionnaires, entrepreneurs, start-uppers, coachs, facilitateurs, citoyens localement engagés, acteurs culturels).
L’ensemble des coûts visibles (lieu et nourriture) est co-financé en conscience par chaque participant à la hauteur de ses possibilités, les coûts d’initiative et de préparation sont financés par les personnes sources initiales, les coûts individuels d’hébergement et de transport sont financés par chacun.
Intention initiale découverte a posteriori
La rencontre des sources procède d'Intentions pédagogique, politique et locale qui se combinent en espace d'exploration collectif visant l’entraide et l’accompagnement mutuel.
- Pédagogique car le format du forum ouvert permet des apprentissages croisés, individualisés et documentés. Chacun est force de proposition d'ateliers de réflexion et de temps conviviaux, à la mesure de ce qu'il souhaite y emmener. Le temps pédagogique est aussi une exploration car nul objectif clair n’est formulé, pas plus qu’un processus évident; l’objectif se dévoile progressivement, par friction.
- Politique parce que le choix de l'organisation a misé sur l'autogestion en tant que principe de co-responsabilité. Si l'intention est portée par un couple d'initiateurs, avec l'appui d'une facilitatrice localement implantée, le choix d'un effacement sur les contenus, les processus voire même sur le sens ouvre des possibilités aux membres du groupe de construire leur cadre.
Si des temps de partage d'intention sont bien menés en amont par le moyen de webinaires visant l’interconnaissance, si les grandes lignes du processus à vivre sont affichées selon le fil du forum ouvert, le programme demeure lâche, autogéré, modifiable à chaque instant. L'important est placé sur le "qui", plutôt que sur le "quoi" (contenu), le "comment" (processus), voire même les quoi poursuivis sont à tout moment négociés. La radicalité de cette situation en fait tout le caractère innovant.
- Local, car il s’agit, pour que les projets prennent corps, qu’ils soient ancrés dans le réel d’un territoire avec ses acteurs locaux, ses ressources et ses fragilités. Le territoire est une matérialité, un environnement qui s’impose et résiste aux idées vagues.
Les enjeux
À relire l’expérience selon l’approche de la systématisation, la “rencontre des sources” permet de vivre plusieurs enjeux. Tout d’abord :
- Apprendre à vivre l'autogestion en termes de leadership distribué ou tournant. C’est un leadership qui n’est donné à personne, c’est chacun qui compose sa légitimité à partir de la pertinence de son initiative ou de sa proposition. Au “pouvoir sur” traditionnel, hiérarchique, descendant, se confronte un “pouvoir de” oser, s’engager, faire des choix, proposer et accepter de ne pas être suivi.
- Apprendre à vivre une expérience avec un maximum d'espace ouvert, tant sur le contenu que sur le processus ou le sens. Cet apprentissage prépare au champ social complètement informel où nul n’est placé par son rôle ou son statut en surplomb des autres. C’est donc un apprentissage du dialogue au sens fort, puisque même les règles de celui-ci sont à négocier avec les autres. Ainsi, ce qui dans des circonstances peut être une sécurité comme un tour de parole, une organisation spatiale en cercle ne va pas de soi.
- Établir le cadre de l'entraide en le vivant. Puisque la déconstruction des repères touche jusqu’aux modes mêmes de régulation, il faut bien apprendre à s’entraider. Des personnes de cultures complètement étrangères apprennent à coopérer sans arbitre ou cause ultime pour les rejoindre, même au coeur des tensions et des incompréhensions.
- Donner à chacun l'opportunité de reconnaître et d'être reconnu, de donner et de recevoir. Puisque le cadre est ouvert, chacun a le loisir de se mettre en avant lui, ses projets ou ses idées et par ses choix d’actions et de soutien de reconnaître et d’être reconnu. Dans la mesure où le programme est co-élaboré, de la conception amont jusqu’ à l’évaluation finale, c’est un système de don et de contre/don qui s’installe".
- Partager des méthodes est un résultat visible, en l'occurrence le partage des méthodes est colossal puisque ont pu être expérimenté en 3 jours : mur d’intentions, constellation systémique, accélération de projet, sophrologie, cercle d’entraide, codéveloppement professionnel, connexion au vivant et à la nature, dialogue en cercle, rôle et super pouvoir dans un groupe, facilitation graphique (en présentiel mais aussi à distance sur la base de récit en ligne !), réseau de préférence sociale, balade observation nature, écoute en binôme en profondeur, variété de marches apprenantes, méditation, systématisation de l’expérience, décision par consentement, cohésion d’équipe par la cuisine, les tâches communes, le chanter juste (si si ) ensemble ainsi qu’une variété d’outils et de pratiques en ligne pour tracer et capitaliser l’expérience (cafet, vidéo, conférence avec une haute qualité relationnelle, bullothéque et padlet, photos, capsules et vidéos).
Comment cela se régule?
Le processus à vivre est chaordique (mélange d’ordre et de chaos). Chaque étape qui s'enchaîne s’appuie sur une brique du vivant; un facilitateur prend la main et aide le groupe à avancer. Après le lancement par les “personnes sources” du départ, les participants sont appelés à cofaciliter, même si ce n’est pas leur métier. Ils apprennent en faisant sous l’oeil bienveillant de l’assemblée. Le binôme de facilitation, la facilitation tournante et la supervision de facilitation s'enchaînent pour garder le processus toujours en vie.
La régulation informelle en cuisine puisque les repas sont faits et pris en commun, et la régulation par la captation de capsule audio sur “qu’est ce qu’on est en train de vivre” permettent de déposer des émotions et des ressentis d’apprentissage. Une supervision thérapeutique est même proposée et mise en œuvre à la demande d’une personne auprès d’un thérapeute professionnel en marge du processus.
Ce que cela produit?
Le processus tire ses inspirations de différentes sources et orientations pédagogiques, Théorie U, Génération Présence, cercles de dialogues, forum ouvert, art of hosting, éducation populaire, cercle APE, risposte créative.
- Il produit des variations émotionnelles comme de la colère et de la frustration qui s’expliquent par l’écart entre ce que je m’imaginais trouver et ce que je vis effectivement avec l’obligation d’être non seulement acteur, mais également, auteur du processus jusqu’à la déclinaison pour moi et le groupe des intentions. Mais également sentiment de gratitude, dans le sentiment d’être écouté à défaut d’être compris, car, les relations qui s’installent sont ouvertes, sincères; un maximum de choses peuvent se dire, il y a de la place pour les tensions et les expressions divergentes. Ces variations sont des marqueurs positifs de l’apprentissage car celui-ci est favorisé par l’expression des émotions avec les moments vécus.
- Il produit des projets concrets d'entraide pour des porteurs de projets en phase avancée ou en exploration.
- Il produit un apprentissage sur les postures que chacun est à même d’auto évaluer de “je ne revivrai plus jamais un truc pareil de ma vie” à “je découvre de nouvelles pratiques pour rencontrer l’autre en profondeur”.
- Il favorise le réseautage entre acteurs locaux et nationaux, publics et privés, plus jeunes et plus âgés (32 ans à 68 ans), entrepreneur/fonctionnaire/citoyen/retraité, groupe distant (réseautage en archipel avec les Jardiniers du Nous), apporte une richesse inédite, variété de métiers et de fonctions mais aussi de richesse.
- Il crée de la valeur (surplus du paiement en conscience qui dépasse les besoins), mais aussi approfondissement des projets individuels et enrichissement du capital de réputation de tous qui ont vécu un apprentissage unique et enfin, production d’un “commun de la transition” sous la forme des ressources échangées et rassemblées (ressource à consolider).
Perspectives d’un incubateur humain, territorialisé, potentialisateur d’entraide
Ce qui a été vécu peut se décrire comme un incubateur humain. Cet incubateur est comme porté par les différentes sources que sont les participants sur différents points du territoire avec des connexions à la nature, avec le vivant comme boussole et le moteur du don/contre don, l'idée de l'entraide.
Cet incubateur pourrait faire l’objet d’une recherche d'appui financier pour que les acteurs puissent vivre de ce qui a une valeur sociale. Cet incubateur peut s’appuyer sur une concertation entre les sources initiales qui forme une communauté apprenante "communauté des sources". L’incubateur peut engager les pratiques de l'intervision et de l'entraide entre les sources pour consolider le modèle. Un ancrage territorial semble pertinent pour rester très concret. Une gouvernance sociocratique des sources pourrait être à construire où il serait possible de gérer les énergies comme un bien commun. Un tel incubateur pourrait combiner des temps offerts pour les plus démunis et des temps payants pour ceux qui en ont les moyens.
Dans ce qui a été vécu, il y a l’idée de prendre soin des actes de transformation, de même que celle d’apprentissage génératif (celui qui permet à l'autre d'être créatif et fécond avec de nouvelles idées et réalisations) et d’apprentissage régénératif (celui qui répare les liens entre les humains en faisant vaciller les croyances limitantes)
Il y a aussi l'idée d'un apprentissage vivant qui explore le potentiel humain et qui augmente chacun de l'intérieur (comme se produit la croissance d'un arbre qui repousse l'écorce vers ses limites). Vient également l'idée qu’il y a plus en soi que ce que l'on imagine pouvoir y trouver et que chacun peut être un révélateur pour l'autre de ce pouvoir d'agir. Il est possible de creuser que le pouvoir est dans le groupe et qu'un collectif animé par une intention profonde ne saurait être limité.
Les façons de faire groupe et de dialoguer conditionnent les manières de faire société et de renforcer nos démocraties. Nous sommes encore des êtres de défi et qu'aujourd'hui le principal est d'apprendre à s'entraider plutôt que de se recroqueviller. La connexion au vivant comme moteur et comme inspiration pour parvenir à cette intelligence sociétale est un point clé. La perspective ultime est un changement civilisationnel pour reprendre l'aspiration d'Héloïse, l'une des participantes.
Pour recevoir ce prix, il reste à accepter la traversée d’un moment incertain de faire avec soi, ses frustrations, ses envies, ses besoins, ses modes spécifiques d’expression et d’être au monde en confrontation à celles des autres.
Sources
Wiki Rencontres des sources https://cocotier.xyz/forum/?PagePrincipale
Riposte créative territoriale https://ripostecreativeterritoriale.xyz/?PagePrincipale
Jardiniers du nous https://m.facebook.com/pg/jardinieresdunous/posts/?ref=page_internal
CercleApe https://www.cercleape.com
Art of hosting https://artofhosting.org/fr/
Génération présence https://www.linkedin.com/in/génération-présence-53924046/?originalSubdomain=fr
Théorie U - Otto Scharmer https://www.art-of-leading.fr/inspirations/cours-mooc-dintroduction-a-la-theorie-u-parotto-scharmer/
Thot cursus - Forum ouvert https://cursus.edu/fr/11799/forums-ouverts-une-technologie-sociale-accessible
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