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Publié le 15 décembre 2022 Mis à jour le 21 décembre 2022

De l'empathie pour un Noël étudiant

Crise économique, études et qualité de vie

Une récession de plus en vue. Comment la vivre et l'accompagner en formant des élèves épanouis ?

Nous sommes au centre d’une crise économique de plus. Vous en êtes-vous aperçu ? Si vous avez un bon revenu peut-être un peu mais pas beaucoup. Peut-être la percevez-vous plus au travers de vos étudiants, les moins aisés, les plus fragiles, ceux qui ont des problèmes qui s’amplifient en classe, aux niveaux universitaires, ceux qui sont de moins en moins présents et qui disparaissent un jour de votre horizon...

Certains ne sont jamais formés. Pourquoi ? Quelquefois pour des raisons personnelles ou de compétences mais aussi pour des raisons économiques. Le COVID a abimé l’écosystème des petits boulots d’appoint. La situation financière des familles se détériore, d’abord après la COVID puis ensuite avec les restrictions économiques.

“Trop de jeunes gens de par le monde sont coupés de l’éducation et du marché du travail, ce qui peut compromettre leurs perspectives à long terme et nuire, au bout du compte, au développement social et économique de leurs pays», a déclaré Sangheon Lee, Directeur du Département des politiques d’emploi de l’OIT. «Mais les raisons qui les conduisent à devenir des NEET [Not in Education, Employment or Training) sont extrêmement variées. Le défi consistera à conjuguer l’approche flexible dont on a besoin pour toucher ces jeunes gens avec des politiques et des mesures fermes, nécessaires pour obtenir des résultats. Une approche ‘unique pour tous’ ne fonctionnera pas.»

Le GET Youth 2020 montre que les jeunes qui ont effectué des études supérieures ont moins de risques de voir leur poste remplacé par l’automatisation. Cependant, ils sont confrontés à d’autres difficultés puisque la hausse rapide du nombre de jeunes diplômés dans la population active a dépassé la demande de main-d’œuvre diplômée, tirant les salaires des diplômés vers le bas.”

Source : L’exclusion des jeunes de l’emploi et de la formation s’accroît - mars 2020
https://www.ilo.org/global/about-the-ilo/newsroom/news/WCMS_737060/lang--fr/index.htm

Qu’est-ce que des NEET ?

“NEET, qui signifie Not in Education, Employment or Training est une classification sociale d'une certaine catégorie de personnes sans emploi ne poursuivant pas d'études et ne suivant pas de formation.”

Source Wikipedia : NEET - https://fr.wikipedia.org/wiki/NEET

Le nombre des NEETS augmentent dans le monde avec des situations plus ou moins aiguës ou cachées selon leur géolocalisation dans le monde. Pas de formation, remplaçables par les machines, ceux-là feront le bonheur des services sociaux encore pour un moment. Ceux qui étudient comme ils peuvent dans des systèmes d’éducation plus accessible, comme en France, où l’école publique est gratuite, mais pas aux USA et encore moins les universités qui endettent les étudiants bien avant la fin de leurs études.


Dans le rêve américain, il est dit que tout le monde a des chances égales de s’élever dans la société. Mais, est-ce vraiment une réalité ?

“Pour comprendre les chances des individus de s’élever ou de descendre d’une position sociale à une autre, on parle de mobilité sociale. Elle se décline en deux catégories de mobilité, c’est-à-dire la mobilité intergénérationnelle et intragénérationnelle. 

La mobilité intergénérationnelle s’intéresse à comparer la situation actuelle des individus avec celle de leurs parents ou de leurs arrière-grands-parents. Si l’on constate que toutes les générations occupent la même position sociale, l’on considère qu’il y a très peu de mobilité intergénérationnelle et que notre place dans la société est en grande partie déterminée par celle de nos parents. Cette comparaison permet également de comprendre des changements en termes d’accessibilité à l’éducation et à la santé, en plus de la différence de revenu entre les générations. 

La mobilité intragénérationnelle se penche plutôt sur les parcours individuels. On peut ainsi comparer le premier emploi à temps plein d’une personne avec celui qu’il occupe lorsqu’il a 40 ans. De cette manière, on peut voir si l’on a des chances de voir ses revenus augmenter au cours de sa vie et si le dernier salaire obtenu à un lien fort avec le premier.

Alors où se trouve le voisin américain sur ces données ? Selon le rapport «L’ascenseur social en panne ? Comment promouvoir la mobilité sociale de l’OCDE» publiée en 2018, le revenu des enfants est fortement lié aux revenus de leurs parents et il faudrait en moyenne cinq générations pour que les enfants d’une famille à faible revenu atteignent le revenu moyen. 42% d’enfants de père à bas revenu obtiennent également un salaire bas, la moyenne de l’OCDE étant de 31%. Concernant l’éducation, dans le cas de parents peu éduqués, seulement 15% des enfants obtiennent un diplôme d’études supérieures aux États-Unis. Ce pourcentage est de 60% pour les enfants de parents éduqués. On remarque également des inégalités en termes de mobilité sociale dans les groupes racisés”.

Source : le rêve américain - Ludovic Dufour - 8 novembre 2021
http://impactcampus.ca/le-mag/le-reve-americain/

Apparemment s'il y a eu un rêve américain, il s’effrite, depuis les années 80. Aujourd’hui, il faut 5 générations pour sortir de la pauvreté, c’est énorme. Et, nous ne parlons là principalement que d’ascension sociale. S'il faut 5 générations pour s’élever, 5 ans suffisent à retomber dans l’extrême pauvreté. Malchance direz-vous ? Non, pas quand la malchance s'abat sur des milliers de personnes en même temps.

Pour se rendre compte de la situation réelle des étudiants allons voir une population similaire dans sa fragilité à celle des étudiants. C’est la population des personnes âgées ayant un tout petit revenu, elle aussi dépendante et prise en charge par un cadre institutionnel.

Qu'est-ce qui arrive aux seniors depuis le début de la Covid  ?

"Nous assistons à un énorme boom du nombre de sans-abris chez les seniors", a déclaré Kendra Hendry, une assistante sociale du plus grand refuge d'Arizona. "Ce ne sont pas nécessairement des gens qui ont des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie. Ce sont des gens qui sont poussés à la rue par la hausse des loyers".

Selon le rapport, les chercheurs prévoient que le nombre de ces personnes va presque tripler au cours de la prochaine décennie, et ils ont mis au défi les décideurs politiques de Los Angeles à New York d'imaginer de nouvelles idées pour trouver un abri aux derniers baby-boomers à mesure qu'ils vieillissent, deviennent plus malades et moins capables de payer des loyers qui montent en flèche.

"Errant sur les trottoirs en fauteuil roulant et en déambulateurs, les sans-abri âgés ont un âge médical supérieur à celui qu'ils ont réellement, avec des problèmes de mobilité, cognitifs et chroniques comme le diabète. Beaucoup ont contracté la COVID-19 ou n'ont pas travaillé en raison des restrictions liées à la pandémie", a également précisé le rapport.

Selon une étude de 2019 sur les sans-abri âgés menée par l'Université de Pennsylvanie, la population américaine des sans-abris de 65 ans et plus devrait presque tripler, passant de 40.000 à 106.000 d'ici 2030, entraînant une crise de santé publique alors que leurs problèmes médicaux liés à l'âge se multiplient”.

Source : 12.4.2022 - Le nombre des sans-abris âgés de plus en plus important aux Etats-Unis
http://french.news.cn/2022-04/12/c_1310553575.htm

Le point commun avec les personnes âgées et les étudiants est qu’ils ont les deux de tout petits revenus et lorsqu’on a un tout petit revenu alord que les coûts des loyers, de l’énergie et de l'alimentation augmentent. Lorsque ces coûts principaux sont incompressibles, les économies se font sur l’alimentation. Quand, on a plus rien à manger le 25 du mois, on se serre la ceinture. Et, quand le frigo est déjà vide le 20 du mois, plus rien ne tient et les locataires arrêtent de payer leurs loyers, les propriétaires arrêtent de rembourser leurs prêts et tous finissent à la rue.

“La précarité et le gaspillage alimentaire sont les deux faces d’une même pièce : le système capitaliste. Dans un contexte de pandémie qui creuse davantage les inégalités, trois étudiant.e.s toulousain.e.s ont alors décidé de fouiller systématiquement les poubelles des enseignes à la tombée de la nuit, afin de mieux subvenir à leurs propres besoins mais, aussi, dans le but de redistribuer à celles et ceux en situation de précarité. Reportage sur le terrain. 

Glaner. Si ce mot vous est inconnu aujourd’hui, il était pourtant très utilisé par le passé.  Historiquement, le glanage est un droit d’usage sur la production agricole : avant l’apparition des engins agricoles modernes, au Moyen-Age, la coutume voulait que des personnes dans le besoin puissent glaner ce que la moisson avait laissé. De nos jours, glaner consiste à récupérer des produits alimentaires invendus qui sont jetés, alors même qu’ils sont encore comestibles.

Il existe plusieurs « niveaux » de glanage : faire les fins de marché, demander directement aux enseignes ce qu’elles vont jeter et … fouiller les poubelles. Des tonnes et des tonnes de denrées alimentaires y sont jetées tous les jours. Tandis que la précarité, notamment étudiante, ne cesse d’augmenter dans un contexte de pandémie qui creuse davantage les inégalités (rapport d’Oxfam, Le virus des inégalités, 25 janvier 2021, ).”

Source : Ces étudiants font les poubelles contre la précarité et le gaspillage - Monsieur mondialisation - 2021
https://mrmondialisation.org/ces-etudiants-font-les-poubelles-contre-la-precarite-et-le-gaspillage/

Cette situation touche les plus pauvres me direz-vous ? Sans doute mais la crise affecte aussi la classe moyenne. Et en particulier, les parents qui choisissent de soutenir leurs enfants dans leurs études. Ces frais leur incombent si ils soutiennent leurs enfants et ils peuvent être élevés, voire très très élevés si on reste sur l’exemple américain.

“Le Covid-19 a frappé de plein fouet financièrement nombre d'étudiants pauvres ou appartenant à classe moyenne dans le monde.

Aux États-Unis, elle a obligé les parents à s'enfoncer dans un lourd endettement pour payer des études à leurs enfants, représentant parfois deux fois leur revenu annuel, selon des statistiques officielles citées par le « Wall Street Journal ».

Les étudiants les plus touchés n'appartiennent pas aux plus grandes universités, comme Yale ou Harvard, mais suivent leur cursus dans des établissements souvent historiquement à majorité noire ou encore de petits collèges privés.

D'après ces statistiques, les premières du genre sur l'endettement des parents, dans 150 universités, les parents ont emprunté au moins 50.000 dollars. Dans plus de 500 autres, le niveau médian se situe entre 25.000 et 50.000 dollars.

Le médian pour les parents des diplômés du Spelman College, une école historiquement noire d'Atlanta, s'établit à 112.000 dollars. Un record pour ce type d'établissement. La moitié des parents ont fait appel à des fonds fédéraux. Ce qui les obligera à rembourser plus de 1.200 dollars par mois, l'équivalent du remboursement moyen mensuel d'un prêt immobilier”.

Source : Le lourd endettement des étudiants aux Etats-Unis - Les Echos - 3.12.2020
https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/le-lourd-endettement-des-etudiants-aux-etats-unis-1270800


L’exemple américain est-il extrême ? Sans doute, mais ailleurs, le tableau n’est pas forcément plus lumineux. Si on met de côté les frais d’écolages des pays qui financent beaucoup l’éducation, il existe d’autres pays plus ou moins aidants. Que se passe-t-il ailleurs ? En Italie par exemple. À qui cela sert de faire des études, si à la fin, il n’y a pas d’emploi pour les jeunes ? Les crises et actions d’encadrement aident à faire changer les chiffres. Il y a 10 ans, il y avait 34 % des jeunes italiens au chômage. Cette situation a provoqué une émigration importante des jeunes à l’étranger. Ceux qui sont restés n’ont pas plus trouvé de travail et se sont lancés dans de longues études ce qui a fait baisser le taux des demandeurs d’emploi pour un moment.

“Le taux de chômage en Italie est resté stable en juin, à 8,1%, mais celui des jeunes, très élevé, a encore augmenté, a annoncé lundi l'Institut national des statistiques (Istat). Le chômage des jeunes de 15-24 ans est passé ainsi à 23,1%, gagnant 1,7 point par rapport au mois précédent. Le taux de chômage en Italie reste nettement supérieur à celui de la zone euro, qui a reculé en mai à 6,6%, son plus bas niveau historique”.

Source : Italie : taux de chômage stable en juin, celui des jeunes en hausse - Le figaro - 1.08.2022
https://www.lefigaro.fr/flash-eco/italie-taux-de-chomage-stable-en-juin-celui-des-jeunes-en-hausse-20220801

Les 2 crises sont passées à travers lesquelles il faut ajouter celle de la mise en retraite des papy boomers qui a généré une nouvelle crise, celle de la pénurie d’employés. Mais, celle-ci ne bénéficie pas aux jeunes. On cherche des gens formés avec de l’expérience et en Italie, il faut avoir 30 ou 35 ans pour espérer avoir un vrai travail. 

“D’un autre côté, les italiens sont confrontés à une pénurie de l’emploi : En mai 2022, on prévoit 444 310 embauches, dont la majorité (126 690) avec un diplôme de l’enseignement secondaire. En revanche, les professions les plus recherchées sont celles qui nécessitent une formation universitaire (45,5 % des postes vacants), notamment les dentistes (68,6 % des postes vacants), les personnes travaillant dans le domaine de la santé et du paramédical (58,9 %) et dans le domaine des sciences mathématiques, physiques et informatiques (58,5 %).

On trouve ensuite les professions nécessitant un titre ou un diplôme de formation professionnelle (43,5 % des postes vacants), notamment dans les secteurs du textile et de l’habillement (72 %), de la réparation des véhicules à moteur (68,8 %), de la filière de l’électricité (57,3 %) et du bien-être (56 %). En revanche, les professions qui connaissent une pénurie de personnel ayant un diplôme de l’enseignement secondaire (39,3 %) se situent notamment dans les filières mécanique, mécatronique et de l’énergie (62,1 %), de l’électronique et de l’électrotechnique (47,2 %), de l’informatique et télécommunications (46 %), de la production et de la maintenance industrielle et artisanale (45,2 %).”

Source : EURES - https://eures.ec.europa.eu/living-and-working/labour-market-information/labour-market-information-italy_fr$

Actions dans ses cours

Toutes ces situations sont inédites dans notre société. En tout cas à cette échelle. Que faire ? Quelles solutions en cette veille de Noël au cœur d’un hiver qui s’annonce difficile pour beaucoup ?

  • Une première action c’est faire preuve d'empathie, d’attention à l’autre, à ses camarades, à ses étudiants qui s’éclipsent de vos univers. Pensez qu’une parole, un mot, un regard de compassion peut illuminer la vie d’une personne en difficulté et peut-être lui donner le courage de s’accrocher plutôt que de couler.

  • Une deuxième action est de renforcer les différentes formes de soutien para-universitaires qui peuvent améliorer leurs vies comme modérer les loyers de logements universitaires en fonction de la crise, mettre en place des aides alimentaires, des aides psychologiques pour passer à travers les crises, des groupes d’entraide.

  • La promotion et la formation à l’entraide bénévole, à la générosité individuelle active dans vos établissements et dans vos classes. Je parle de cette générosité où chacun s’implique avec son coeur plutôt que de faire un chèque qui va dédouaner de la culpabilité d’être au chaud à la maison à faire la fête alors que d’autres sont dans moins de bonheur.

Le bonheur ne réside pas dans la consommation de produit mais dans la sécurité affective, la sécurité du logement, la sécurité alimentaire… Tant de sujets ne sont plus transmis par les familles, mais qui pourraient faire l’objet d’enseignements et d’activités scolaires et universitaires.

Offrez-vous le cadeau de Noël d’inviter à votre table des personnes qui ont moins que vous. Découvrez d'autres facettes de vos étudiants.

Source image : Pixabay Anncapictures


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