Mr.Goodfish : consommer du poisson en préservant la survie de l'espèce
Mr.Goodfish un programme de sensibilisation à la consommation du poisson dans une démarche de développement durable.
Publié le 04 avril 2023 Mis à jour le 04 avril 2023
Les défis climatiques entrainent une reconsidération de nos modes de consommation et de production. On voit émerger des initiatives en faveur de la protection de la planète, allant des objectifs mondiaux de développement durable à ceux de l’Accord de Paris. Tout le monde s’y met et tente de passer du discours à la pratique. Des concepts accompagnés de l’adjectif «vert» par analogie à la nature, voient le jour. Ici, tout devient « vert », même les entreprises, car il faut préserver la planète pour les générations futures.
Le secteur du bâtiment n’y échappe pas. Des maisons vertes poussent de terre comme des champignons, y compris en Afrique subsaharienne, même si ce type de construction ne date pas d’aujourd’hui. Très souvent perçues comme un signe de pauvreté, ces maisons faites de matériaux locaux intègrent pourtant plusieurs atouts environnementaux qui contribuent à mieux préserver la planète. Cet article présente quelques prototypes de maisons écologiques africaines.
Tout droit venu de la haute Égypte actuelle, la voûte nubienne est une forme de construction à la fois ancestrale et innovante, qui semble être une solution aux divers défis actuels et à venir que connaît l’Afrique à savoir : la démographie galopante, le réchauffement climatique, la désertification, le problème de logement… la réponse à ces défis repose sur le fait qu’il s’agit d’un savoir-faire architectural accessible à toutes les couches sociales, élaboré à base de matériaux naturels.
Ces matériaux sont essentiellement composés de brique de terre faite d’eau et de banco, c’est-à-dire une espèce de pisé que l’on obtient en mélangeant de la terre, de la paille et des cailloux. En plus de cela, il est nécessaire de se procurer une bâche en plastique servant d’isolation du toit, et d’un enduit constitué généralement d’eau de karité, d’une infime quantité de goudron et du sable.
Cette technique ancestrale permet de construire des habitations aux toitures voûtées sans coffrage. Elle est parfaitement adaptée aux variations climatiques des pays du Sahel, caractérisées par un fort degré de pluviométrie et des chaleurs intenses. Sa particularité repose sur une étanchéité moindre face aux pluies et une régulation de la température pendant les temps chauds. Ceci est d’autant plus vrai que ce fait est approuvé par un maçon d’une association franco-burkinabé qui s’est donnée pour objectif de redorer le blason de cette construction ancienne lorsqu’il affirme :
« Quand il fait froid dehors, il fait bon dedans et tu n’entends pas le bruit ».
Cette affirmation sous-entend que séjourner dans une maison faite avec une voûte nubienne donnerait l’impression d’être bien au chaud dans un cocon. En plus de cela, l’on ne saurait être embêté par la chaleur ou l’humidité selon les saisons. Ainsi, ce type de maison paraît moins énergivore parce qu’on n’a pas besoin de s’encombrer de climatisation pour lutter contre l’extrême chaleur.
Dans ce cas, il est question d’une maison verte qui, non seulement n’est pas couteuse lors de sa construction, mais aussi après cette étape. La présence des matériaux locaux que l’on peut facilement retrouver près des chantiers constitue une aubaine, en ce qui concerne la réduction des gaz à effets de serre produits dans le cas où ils auraient été transportés. Aussi, cette structure permet de faire d’énormes économies car l’on n’utilise pas des matériaux couteux comme du bois, et des tôles.
Les maisons en voûte nubienne hormis ces multiples avantages susmentionnées, sont d’une beauté à couper le souffle. Elles donnent la possibilité d’avoir des toits terrasses. On les trouve aussi bien dans les campagnes que dans les quartiers huppés dans la capitale burkinabé par exemple ; mais comme toute construction il y a des problèmes à soulever comme la construction des maisons sur des terrains inondables ou encore un mauvais drainage des eaux de surface. Alors, il faudrait porter une attention particulière à ces deux aspects. Cela dit, la voûte nubienne ne représente pas l’unique forme de maison écologique que l’on peut observer en Afrique.
Tout comme la maison en voûte nubienne, celle en brique de terre compressée et le poto-poto sont des constructions traditionnelles aux mêmes propriétés en termes de régulation de température, de limitation de dépense ; à la seule différence que dans ce cadre, la technique de construction n’est pas la même.
Pour ce qui est de la construction en brique de terre compressée, son façonnage dépend de la bourse du propriétaire. Il peut arriver que la brique soit fabriquée artisanalement ou à l’aide de machines. Dans le premier cas, le plus impressionnant, après avoir eu une quantité importante de terre, les briques peuvent enfin être formées. Elles sont principalement composées de terres argileuse et sableuse, soigneusement mélangées par un artisan qui se sert d’une bêche et de l’eau afin de former une pâte homogène prête à être usitée pour faire des briques. Ensuite, elles seront séchées au soleil et ensuite enfournées. À la principale différence de la voûte nubienne, ici on a besoin du bois pour servir de coffrage et des tôles. Mais la construction reste écologique et moins couteuse, car elle n’a besoin que d’une petite quantité de bois.
Par ailleurs, le prix de la brique de terre demeure moindre. C’est justement ce que signale Anaïne Tchadféké, propriétaire de nationalité tchadienne d’une maison en brique de terre qui signale qu’il a déboursé trois fois moins en construisant sa demeure avec des briques de terre c’est-à-dire qu’il a dépensé 500 000 francs CFA au lieu de 900 000 francs CFA dans le cas où il opterait pour du ciment.
Très proche de la maison en brique de terre, le poto-poto lui, même s’il est fait à base de pisé de terre, ne nécessite pas de brique. La confectionne des murs est faite selon Djatcheu à base d’une « armature composée de piquets verticaux en bois et de bambous horizontaux attachés aux piquets, sur lesquels on projette à la main des boules de terre malaxée avec de l’eau. ». Ici, la structure est moins solide que la précédente. Toutefois, elle garde toute son originalité et son côté écologique. Ce style de maisons est retrouvé dans les campagnes des pays d’Afrique subsaharienne tels que le Sénégal, le Cameroun. Le poto-poto est une habitation à caractère précaire, spontané. Il est pratique pour l’isolation, mais ne résiste pas aux intempéries et à l’humidité. C’est pour cette raison qu’il est souvent recouvert d’enduit plus tard.
Ces maisons en apparence archaïques semblent constituer des solutions à la problématique du changement climatique et même à lutte contre la pauvreté. Mais pour que cela ait de l’effet, il faut une prise de conscience de la part de la nouvelle génération, de la formation et du financement afin de perpétuer les traditions africaines et en même temps préserver la nature.
Illustration : La voûte nubienne - Galerie Photo - Voûte nubienne rurale à Danou
Références
Association la Voûte Nubienne (AVN), « Construire autrement en Afrique »
https://www.lavoutenubienne.org/-le-concept-technique-
Association « la Voûte Nubienne », 2016, « pathologie, désordres et sinistres VN »
https://www.lavoutenubienne.org/IMG/pdf/16-07-16_pathologies-desordres-sinistres-vn_mh_v1.2.pdf
- Paquin Marc, Rinaudo Cécilia, « La voûte nubienne, un habitat qui contribue à la transition énergétique »
https://www.mediaterre.org/docactu,TWVkaWF0ZXJyZV9Bcm1pbmVzL2RvY3MvcGFnZXMtZGUtNzMxbGVmLTEwOC0wMDU=,1.pdf
- POUFFARY Stéphane, DELABOULAYE Guillaume, WATERKEYN Philippine, « Le bâtiment durable en Afrique : enjeux, défis et réalités »
https://www.mediaterre.org/actu,20150525155743,11.html
- Servane Philippe, Dobret Anaïs, 2017, « Les voûtes nubiennes : la nouvelle vie d’une technique de construction ancestrale » https://reporterre.net/Les-voutes-nubiennes-la-nouvelle-vie-d-une-technique-de-construction-ancestrale