La mise en commun pour faire une action commune nécessite plusieurs ingrédients. C’est un processus d'intelligence collective qui est basé sur le concept de co-création. Mais, comme pour l’intelligence collective, la co-création induite n'est plus seulement un concept. Pour être efficace et constructive, la co-création ne consiste pas à mettre tous les ingrédients dans une bouteille et à secouer la bouteille comme se fabrique le beurre.
La co-création nécessite la mise en place de processus collectifs très précis pour être juste et équitable.
Ainsi, l’un de ces processus formalisés est le code social :
“Le code social est un concept développé initialement par la SAS ChezNous. C’est un texte qui décrit les fondements de son action. Dans sa version initiale, il est constitué de 6 chapitres principaux qui incluent un certain nombre de valeurs et de procédures dans un même document, reliées de manière cohérente à une pratique (actions).
C’est en nous inspirant de cette première version que nous faisons la proposition d’un modèle de code social pour la Contributive Commons. Il serait ainsi défini :
- Le code social est un texte qui présente les différents fondements, principes et modèles qui fondent les actions d’une communauté.
- Son nom repose sur l’analogie au « code logiciel » plus souvent appelé « code source » d’un programme informatique ou d’un langage destiné au web.
- Il est construit sur la complémentarité du contexte théorique et de sa mise en application concrète. C’est cette dualité qui différencie le code social d’une charte ou d’un manifeste.
Cela signifie qu’à l’inverse d’un texte théorique qui fixerait ce que doit être le réel, le code social décrit le fonctionnement existant et les valeurs sur lesquelles ce fonctionnement est basé. En ce sens, son objectif n’est pas de décrire de simples règles mais vise à permettre à tout nouvel arrivant de s’imprégner du fonctionnement naturel de la communauté afin de faciliter son intégration dans le flux créatif et/ou ses interactions avec la communauté.
- Il est duplicable, intégrable, modifiable pour chaque projet, mission, communauté qui souhaite s’en emparer. Il représente le fondement des actions en tant que conduite à suivre librement en toute transparence.
- La communauté étant évolutive, le code social est naturellement en constante évolution selon un processus décrit dans le code social lui-même, de manière à maintenir une cohérence et un dialogue constant entre les textes et les actes”.
Source : Le code social : une définition - https://contributivecommons.org/le-code-social-une-definition/
Ayant fait partie des premières équipes ayant pratiqué le code social, il y a une dizaine d’années, je l’ai expérimenté dans tous les sens et je l’utilise toujours dans les organisations et il apparaît comme une pièce fondamentale dans beaucoup de nos statuts d’association ou ONG.
C’est un outil extrêmement puissant pour qui sait l’utiliser. Il peut remplacer des statuts, des contrats divers. Il accompagne les groupes et les communautés dans leurs créations et intègre toutes les visions et divergences communes dès l’origine. Par exemple, prenons le cas de la création d’une école privée de quartier fondée par des parents. Certains vont y participer pour leurs enfants, d’autres car cela leur donne un travail ou encore d’autres pour la méthode pédagogique.
Avec le temps, les parents fondateurs vont laisser leur place à d’autres. Le code social permettra aux nouveaux parents d’avoir accès à l’historique de la structure de sa création à leur date d’arrivée ainsi qu’à tous les processus mis en place validés, modifiés ou annulés qui leurs permettront de s’intégrer naturellement dans la structure. Le code social, si il est bien implémenté, ressemble à une norme ISO simplifiée.
La co-création est un phénomène identifié tout récemment
L'école se doit de s’y intéresser non plus comme modèle empirique mais comme un sujet d’apprentissage en lui-même. La pratique permet d'avoir assez de recul en 20 ans pour recueillir assez d’exemples, de sources sur ce qui fonctionne et sur ce qui ne fonctionne pas, sur ce qui est intéressant à transmettre ou pas à des étudiants. La co-création est un des piliers des compétences essentielles de demain.
“Comme très souvent, les ruptures de modèles n’apparaissent que rétrospectivement, au regard de pratiques nouvelles, dont il faut discerner tout le détail et attendre le succès avéré pour être à même d’en mesurer tout à fois la portée rénovatrice et la valeur d’exemple. L’émergence du logiciel libre fait partie de ces évènements qui ont démontré a posteriori que les modèles de développement de nouvelles offres, construits lors de la dernière décennie, s’avéraient insuffisants pour décrire et comprendre les logiques en œuvre. Cette émergence, appuyée sur des modèles de coopération inédits, a été la première d’une série de remises en cause plus profondes encore. L’évolution continue des technologies liées à l’Internet, en permettant de nouveaux modes de socialisation, de coopération et de coordination, a induit un renouvellement en profondeur des logiques et processus d’innovation…
De la co-production à la co-création d’offres: Émergence de formes nouvelles d’innovation
“Sans qu’il soit possible de le faire formellement, on peut trouver une origine des modèles d’innovation en co-création dans deux domaines distincts et qui ont fait l’objet d’un très grand nombre de publications.
D’une part, la littérature sur le marketing des services a très tôt mis en avant le rôle déterminant du client dans la production/consommation de l’offre.
…Dès les premiers textes fondateurs, la littérature en marketing des services insistera sur le rôle premier des clients dans la production de prestation. D’une part, dans leur caractère intangible, les services ne peuvent proprement trouver une forme concrète sans la présence du client (Shostack, 1977).
Mais en outre, la servuction, ou production de service, ne peut se concevoir en effet sans la contribution active du client tout au long du processus (Eiglier Langeard, 1987,1988), cette implication permettant tout à la fois la création de valeur et l’atteinte des objectifs de productivité.
L’émergence des logiciels libres à la fin des années 1990...
…soutenue par le développement et l’adoption rapide des technologies liées à l’Internet, se différencie des « innovations propriétaires » en trois principes fondamentaux (Von Krogh et Von Hippel, 2003, West et Gallagher, 2006) :
La première est la diffusion des codes sources :
La différence entre une approche propriétaire et une approche dite « open source » réside essentiellement en ce que les codes source, instructions permettant le fonctionnement du logiciel, sont librement diffusés.
A l’opposé des approches propriétaires qui cherchent à protéger les codes source de façon à maximiser la rente liée à l’innovation, les approches en Open Source visent à permettre le libre accès et les droits de modification des codes.
Il s’ensuit que les logiciels ainsi créés doivent rester fondamentalement libres pour les utilisateurs qui vont à leur initiative amender, améliorer et développer de nouveaux composants au logiciel.
La seconde est la production de l’innovation par la collaboration :
Dès lors que les principes d’accès aux codes et de modification libre sont définis, il est possible à tout développeur extérieur à l’entreprise de contribuer au développement. La motivation de ceux-ci est donc déterminante dans la capacité du système à produire un résultat performant.
De fait, les travaux de recherche se sont très tôt intéressés aux sources de motivation que l’on peut regrouper autour de trois grandes catégories (Von Krogh, Von Hippel, 2006, Vujovic, Ulhøi, 2008), “Online innovation: the case of open source software.
La recherche d’utilité fonctionnelle renvoie au fait que les développeurs et leurs entreprises recherchent des fonctionnalités spécifiques inexistantes et décident de les développer eux même.
La recherche de bénéfices intrinsèques au projet désigne le fait qu’une contribution permet à la fois de réaliser des apprentissages, de partager des connaissances avec les autres membres de la communauté mais également d’atteindre des objectifs de réalisation personnelle.
Enfin les effets de signalement indiquent qu’une contribution performante permet de démontrer des compétences professionnelles et par conséquent de gagner en respect et notoriété dans la communauté de référence ainsi que d’employeurs éventuels.
En tout état de cause, le mode de production en collaboration oblige l’entreprise à inventer de nouveaux modes de régulation des communautés créées.
A l’opposé de modes de gouvernance en commandement et contrôle, la régulation des communautés est marquée par les principes de découpage en modules et de distribution (Vujovic and Ulhøi, 2008).
Le découpage en modules permet de réduire la complexité inhérente à tout logiciel en divisant le travail de développement en modules simples pris en charge par un ou plusieurs développeurs.
La distribution renvoie aux principes de coordination entre modules, principes qui vont garantir la cohérence de l’ensemble des composants développés.
Dans la logique de l’open source, ces deux approches peuvent être réalisées de façon communautaire, par simple choix des développeurs eux même. Le système peut cependant être plus formellement guidé, le mode de gouvernance d’une communauté ayant une influence reconnue sur le succès de celle-ci.
Le dernier principe repose sur la contribution des firmes :
L’adoption des principes de l’Open Source remet en cause le modèle d’affaire de la firme en supprimant la rente associée à la propriété des codes…Ces préoccupations vont porter à la fois sur les impacts intra et inter-organisationnels.
Ainsi, on observe que les entreprises et organisations définissent à la fois les principes de liberté d’accès, de modification des codes et d’usage des logiciels par les développeurs tout en élaborent des chartes de droit visant à assurer l’indépendance et la permanence des développements (O’Mahony, 2003).
En outre, l’examen approfondi des logiques d’action montre que les entreprises adoptent cette approche dans tous les cas ou les modèles d’affaires propriétaires s’avèrent insuffisant pour maintenir ou développer l’activité existante (Vujovic and Ulhøi, 2008).
De fait, les études de cas en profondeur (IBM, GNU/Linux, Squirrelmail) montrent que l’adoption de démarche d’innovation en open source, tout en cohabitant avec les logiques propriétaires, vont permettre de faciliter l’émergence de standards inter entreprises, d’accélérer le développement, d’obtenir une forme de domination du marché, d’enrichir la production d’idées et enfin de faciliter l’adoption des produits par les utilisateurs.
L’ensemble des travaux sur la question souligne que l’émergence et la diffusion des pratiques de développement du logiciel libre est soutenue par l’adoption des outils liés aux technologies de l’internet en ce qu’elles permettent l’association de compétences dispersées géographiquement, la coopération, la communication et la coordination entre acteurs. En permettant la création de communautés de développeurs autonomes, capables de développer des offres complexes en dehors du périmètre de la firme, l’internet aura permis l’émergence de nouveaux modèles d’affaires qui renouvellent les structures et positions de l’entreprise innovante.
L’émergence du modèle open source, le succès afférent des logiciels libres et la diffusion rapide des technologies liées à l’Internet ont permis tout à la fois de répandre un nouveau mode de développement d’innovation et de populariser la notion de communauté d’utilisateurs. Les démarches parallèles de communauté de marques, créées à l’initiative de services marketing, ont en parallèle renforcé l’attention portée aux logiques de co-création.”
Source : Co-création de valeur et communautés d'utilisateurs : Vers un renouvellement des modèles de chaine de valeur et d'innovation - Eric Stevens - Dans Management & Avenir 2009/8 (n° 28) - https://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2009-8-page-230.htm?contenu=article
Le projet de l’open source permet d’avoir une vision à 360° des tenants et aboutissants de la co-création
La diffusion, le mode de production et le fonctionnement des entreprises, tout est chamboulé pour créer un modèle inédit dans l’histoire qui est en train de devenir une norme sociale et entrepreneuriale.
“À l’ère du travail hybride et digital, « le management collaboratif est devenu la nouvelle norme », avancent Robert Walters et le Learning Lab Human Change du CNAM. L’infographie qui résume cette enquête parvient notamment à la conclusion que l’une des clés du travail d’équipe est aujourd’hui la reconnaissance de l’engagement de chaque collaborateur au collectif.
Les salariés sont désireux de travailler en équipe, et pour cela, appellent de leurs vœux le développement d’un management « collaboratif », davantage « à l’écoute » et globalement « plus performant » : tel est le constat de la mini-enquête menée par le cabinet Robert Walters et la Chaire d’entreprise sur le futur du travail et du management du CNAM, « le Learning Lab Human Change » [...]
La reconnaissance et le respect seraient à la base du travail collaboratif.
« Le management collaboratif est devenu la norme de travail dans le nouveau normal hybride », commente Cécile Dejoux, conférencière, chercheuse en sciences de gestion et directrice du Learning Lab Human Change. Dans l’infographie réalisée avec Robert Walters, l’experte en RH rappelle sa théorie des « 5R de collaboration », à même de faciliter le travail en équipe. Ce modèle, qui définit selon elle « le cadre d’un système d’engagement avec le numérique et le collaboratif », repose sur :
Des rôles (chacun des membres d’un groupe doit avoir un rôle dédié, afin de ressentir un sentiment d’utilité) ;
Des règles (co-construites, afin de d’établir un cadre de prises de décisions efficace et considéré comme équitable) ;
La reconnaissance (chacun doit être reconnu individuellement dans son apport au collectif, pour favoriser l’engagement) ;
Des routines (en créer permet de renforcer la cohésion du troupe) ;
Le respect (instaurer des règles de savoir-vivre et des codes de bonne conduite permet d’harmoniser un groupe quand il est très hétérogène).
Dans leur enquête, le Learning Lab Human Change et Robert Walters nous apprennent que les cadres, interrogés sur les facteurs clés de l’intelligence collective, placent d’abord la reconnaissance et le respect en tête de liste (avant les règles et les rôles). « Ces deux éléments sont essentiels à la réussite de l’implication du collaborateur dans un collectif à long terme », observe Cécile Dejoux.
Le besoin d’un management collaboratif et « à l’écoute »
L’infographie se penche aussi sur les piliers d’un management « collaboratif » et « plus performant ». Selon l’enquête, 40 à 50 % des cadres estiment que l’entreprise peut « gagner en compétences » en s’appuyant sur 3 principaux « leviers de motivation » : un management « à l’écoute et efficace », des missions « stimulantes et intéressantes », et une plus grande autonomie.
Enfin, Robert Walters indique que pour se tourner vers des modes de travail plus collaboratifs, les organisations gagneraient à faire appel à des managers de transition. Ces experts sont, selon le cabinet de recrutement, « habitués aux modèles flexibles » et agiles. « Leurs compétences spécifiques (adaptation, valorisation des équipes, reconnaissance des individus) sont précieuses pour développer un management collaboratif », ajoute Cécile Dejoux. Robert Walters, qui en a interrogé une centaine, constate par ailleurs que ces derniers pensent que les entreprises peuvent encore « se perfectionner » :
en déployant des outils collaboratifs « facilitateurs » ;
en développant la confiance accordée aux collaborateurs ;
et en encourageant la transversalité et l’agilité.
« L’un des facteurs clefs du management collaboratif, c’est finalement de mettre en place un processus de reconnaissance du collaborateur dans sa contribution au collectif », conclut Cécile Dejoux”.
Source : Le management collaboratif, la nouvelle norme à l’ère du travail hybride ? - mai 2022 - https://www.parlonsrh.com/media/le-management-collaboratif-la-nouvelle-norme-a-lere-du-travail-hybride/
Bien au-là du système de management, c’est un changement de processus de création de valeurs auquel nous faisons face. Tout comme l'école formate les modèles de managements, les modèles de management innovants comme celui de la co-création viennent par besoin reformater les processus scolaires lorsque ceux-ci deviennent incontournables.
La co-création n’est pas une option dans les cursus scolaires, c’est une nouvelle discipline à part entière qu’il faut maîtriser puis enseigner afin d’apporter cette compétence essentielle pour le nouveau monde du travail.
Source image : Pixabay - Geralt - https://pixabay.com/fr/illustrations/foule-gens-silhouette-2045499/
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