L’implication nouvelle génération dans l’apprentissage par Diana G. Oblinger *
Un processus cognitif des plus complet.
Publié le 26 février 2024 Mis à jour le 09 janvier 2026
"Un concept est une invention à laquelle rien ne correspond exactement, mais à laquelle nombre de choses ressemblent."
Friedrich Nietzsche (Extrait de Posthumes)
Un “concept”, est une idée générale et abstraite que se fait l’esprit humain d’un objet de pensée concret ou abstrait.
Le terme vient du latin cum capio : «saisir ensemble». C’est une représentation abstraite d’un objet ou d’un ensemble d’objets ayant des caractères communs. En d’autres termes, un concept est une construction mentale, une représentation appliquée à un objet dont on peut ainsi résumer et généraliser les caractéristiques. Un objet relève d’un concept donné si et seulement si il en possède les caractères (Roche 2008), cette précaution a été apportée par les experts en analyse linguistique.
Le concept est donc identifié comme un « élément de pensée » (Felber 1987). Comme le précise la norme française ISO 704, les concepts
« sont considérés comme des représentations mentales d’objets dans un contexte ou un domaine spécialisé ».
Dire n’est pas concevoir. Les choses ne sont pas telles qu’elles sont dites (Roche 2008), en sémantique c’est toute la nuance entre le signifié et le référent.
Le concept peut être confondu avec le mot qui le désigne, ou le support qui le véhicule. Le concept structure donc la réalité de manière stable, indépendamment de la langue – il y a ici bi-univocité entre le concept et sa dénomination. La conséquence en est que la conceptualisation d’un domaine ne peut être extraite d’une seule analyse linguistique de corpus textes ou verbatims oraux. Autrement dit, pour reprendre Aristote (Extrait de Traité de l'âme, IVe s. av. J.-C. ) « II n'y a pas une méthode unique pour étudier les choses. » Conceptualiser épouse plusieurs cheminements.
“Conceptualiser” est un verbe qui signifie élever au niveau du concept des pratiques empiriques ou organiser en concepts. Conceptualiser désigne alors l’action consistant à faire abstraction de la réalité afin de produire, de dégager un concept, une idée plus générale d’une chose donnée. Popper affirme que la science commence par des problèmes (1991 p. 287 ; 1985 pp. 230, 329). À le lire, la problématisation précèderait la conceptualisation. Quand le problème se répète, il y a incitation à identifier ce qui en est à l’origine et de comprendre les processus à l'œuvre.
Pour Roche (2008 p 6)
“Deux objets relèvent d’un même concept, non pas parce qu’ils partagent les mêmes caractéristiques, mais inversement, c’est parce que les caractéristiques essentielles du concept leur sont applicables. Ce sont ces caractères essentiels qui font le sujet « autre » et qui, s’ils lui étaient retranchés, il ne serait plus ce qu’il est.”
Conceptualiser est donc la recherche des caractères essentiels, c’est à dire ceux dont le manque empêche tout rattachement de l’objet au concept. Ces caractères sont décrits par des attributs auxquels sont associées des valeurs qui se positionnent sur une échelle, permettant de relever la proximité ou l’éloignement de la signification du concept. Les concepts sont ainsi définis par les attributs qui les caractérisent.
Les définitions sont basées sur l’utilisation des caractères essentiels et permettent d’inclure ou d’exclure, de poser une frontière entre ce qui est ou n’est pas le concept. Par ailleurs, le concept prend toute sa signification dans un système de concepts comprenant d’une part des relations hiérarchiques, (relations génériques), ou relations partitives (décomposition du concept en ses parties) ou d’autre part des relations associatives (relations externes entre concepts dont l’association est fondées sur l’expérience).
Le concept permet d’une part de décrire en spécifiant les caractères et d’autre part de comprendre. Les définitions créent en même temps les concepts et la structure de leur compréhension. Par sa définition le concept devient prédicatif et peut se combiner pour devenir une formule bien formée.
Gerring (1999) propose huit critères pour créer une définition d’un concept :
Un point important est notamment la mise en perspective du concept par le processus de construction théorique, et notamment dans sa mise en relation avec d‟autres concepts dans une classification hiérarchisée et ordonnée.
Pour Dumez (2011),
“Il n‟y a véritablement concept que quand il existe des interactions dynamiques entre ces trois dimensions : la dénomination doit s‟accompagner d‟une tentative de définition et d‟un renvoi à une classe de faits empiriques".
Or trop souvent, un auteur avance un mot nouveau sans consistance ou lien avec une structure qui lui donne sens.
Les sciences de l’éducation utilisent diverses méthodes de conceptualisation pour comprendre et analyser les processus d’apprentissage et d’enseignement. Voici quelques-unes de ces méthodes identifiées par Mialaret (2008):
Ces méthodes ne sont pas exhaustives et les chercheurs en sciences de l’éducation peuvent utiliser une combinaison de ces méthodes et d’autres approches en fonction de leurs objectifs de recherche spécifiques.
Un paradigme est une perspective ou un cadre de référence qui permet de visualiser le monde social, décomposant la complexité du monde réel. Il est constitué d’un ensemble de concepts et d’hypothèses. Les concepts jouent un rôle crucial dans la formation d’un paradigme car ils servent de blocs de construction pour définir et comprendre le monde à travers ce cadre.
Par exemple, le paradigme marxiste utilise des concepts tels que classe, conscience de classe, moyens de production, surtravail, exploitation et débat. Ces concepts aident à définir la perspective marxiste et à comprendre le monde à travers ce prisme. De plus, chaque paradigme a ses propres problèmes de recherche qu’il considère comme essentiels, qui sont également définis par ses concepts.
En outre, un paradigme fonctionne comme un modèle conceptuel par analogie. Un exemple bien connu sert à déchiffrer l’inconnu. Par exemple, le tissage, défini par l’entrelacement de la chaîne et de la trame, peut suggérer la nécessaire composition des tempéraments fougueux et modérés lorsqu’il est rapporté à l’art politique.
En résumé, les concepts contribuent à l’apparition d’un paradigme en fournissant les éléments fondamentaux nécessaires pour définir et comprendre le monde à travers une perspective particulière. Ce n'est pas parce que les algorithmes proposent des rapprochements de mots dans tous les sens qu'ils permettent un ordonnancement, une définition et une compréhension du monde. Les choix de cette symbolisation appartiennent au libre arbitre humain.
Sources
Dumez. H (2011).Qu’est-ce qu’un concept ?. Le Libellio d’AEGIS,, 7 (1, Printemps - Supplément), pp.67-79. ffhal-00574166ff
Felber H. (1984), Manuel de terminologie (Paris, Unesco).
Gerring John (1999) “What makes a concept good ? A criterial framework for understanding
concept formation in the social sciences”, Polity, vol. 31, n° 3, pp. 357-393.
Ginzburg Carlo (2004) “
Larousse https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/conceptualiser/17884
ISO 704:2022 - Travail terminologique — Principes et méthodes https://www.iso.org/fr/standard/79077.html
Jepense.org Concept, notion, théorie, idée, définition et différence
https://www.jepense.org/concept-notion-theorie-idee-definition-et-difference/
Mialaret, G. (2004). Observation des faits et des situations d'éducation. Dans : Gaston Mialaret éd., Méthodes de recherche en sciences de l'éducation (pp. 59-74). Paris cedex 14: Presses Universitaires de France.
Orange, C. (2005). Problématisation et conceptualisation en sciences et dans les apprentissages scientifiques. Les Sciences de l'éducation - Pour l'Ère nouvelle, 38, 69-94. https://doi.org/10.3917/lsdle.383.0069
Roche, C. (2008, June). Faut-il revisiter les Principes terminologiques?. In Actes de la conférence Toth (Vol. 8, pp. 5-6).