Les bonnes idées sont rares. Les diffuser n'est pas facile. Il est nécessaire de savoir convaincre. Le mathématicien Cédric Villani prend l'exemple de Semmelweiss,
qu'il qualifie de "tragique".
Ignace Philppe Semmelweiss était un
obstétricien hongrois qui a découvert l'utilité du lavage des main avant
de procéder à un accouchement. Au contraire de ses confrères qui
s'obstinaient à disséquer les cadavres de parturientes décédés afin d'en
comprendre les causes.
Semmelweiss avait compris avant tout le monde que l'hygiène des mains avait un rôle majeur pour la réussite des accouchements. Il n'a pas su diffuser cette idée nouvelle. Le médecin a fini sa vie interné et rejeté de
ses confrères...
Comment naissent les idées?
Selon le chercheur et politicien Cédric Villani, une idée naît comme un "euréka"
" un petit flash dans un cerveau , qui vient d'on ne sait d’où"
Cédric Villani décrit
la naissance d'une idée comme une illumination qui ne concerne au
départ qu'un très petit nombre de cerveaux (bien souvent un seul).
Ensuite, tout un collectif se met en place autour de ce noyau de départ.
Une idée est pour lui "un éclair bref suivi d'année de développement". Une idée surgit dans un grand désordre.
Selon le mathématicien, les bonnes idées sont imprévisibles mais certains ingrédients sont très souvent présents:
- la documentation. C'est-à-dire ce qui a été fait avant;
- la motivation;
- un environnement propice (ville, environnement de recherche industrielle,
.. )
- les échanges
- les contraintes (stimulant de la créativité)
- le mélange
de travail et d'illumination (ex H Poincaré)
- la persévérance et la chance.
Les idées ne naissent pas dans le cerveau!
...mais dans la conscience... Et d'après le physicien Philippe Guillemant, la conscience n'est pas le produit du cerveau!
Tous les grands penseurs se sont intéressés à la façon dont leur viennent les idées. Les idées ne sont pas toujours, -même pas souvent- générées de façon volontaire. C'est ce que des chercheurs en neurosciences ont appelé le "mode réseau par défaut"
Que fait notre cerveau lorsque nous ne sollicitons pas. Par exemple dans une salle d'attente ou dans un transport sans support de lecture ou support numérique pour travailler?
Ce questionnement a permis de découvrir une aire cérébrale active dans ces situations d'inactivités apparentes baptisées "mode réseau par défaut" par les chercheurs.
Le cerveau serait continuellement en activité, même si l’individu n’est pas activement engagé dans une tâche
Dans cet échange, Fabrice Micheau et Philippe Guillemant discutent d'une nouvelle façon d'appréhender le fonctionnement cérébral grâce à la physique quantique. Le mode réseau par défaut ferait partie des spécificités chez les neuro-atypiques en plus d'être un fonctionnement habituel du cerveau.
Selon Philippe Guillemant, c'est la conscience qui est créative, pas le cerveau.
Le physicien distingue l'intelligence analytique (cerveau) de
l'intelligence vibratoire (intuition, ressentis, émotions) qui implique
une "reliance" à l'extérieur du cerveau.
Les mathématiciens de génie serait-ils plus enclins à cette intelligence vibratoire?
De la créativité et des mathématiques
Alexandre Grothendieck était un mathématicien. Il est décrit par ses pairs comme un des plus grands, comme un génie qui "a bouleversé les mathématiques".
En grande partie parce que sa façon de penser était particulière. Jean-Pierre Goux, lui même mathématicien, décrit cette façon d'aborder un problème par la généralisation. Cela consiste en l'observation d'un problème de la façon la plus générale possible, afin de le traiter dans son ensemble et ainsi aborder les choses sous un angle nouveau.
Grothendieck a fait preuve "d'une capacité de généralisation et d'abstraction hors du commun, une aptitude à aller d'emblée au plus général.»
« Cette recherche de généralité maximale et le refus des exemples font sa force." (Sources Ph. Pajot)»
Grothendieck a vécu une partie de sa vie en ermite, "reclus dans un village des Pyrénées" loin de toute médiatisation, à l'inverse de Cédric Villani qui a clairement communiqué sur son approche créative des mathématiques et construit son personnage politique.
Finalement ça sert à beaucoup de choses les maths
Pour la musicienne et chanteuse hypersensible Zaho de Sagasan, les mathématiques l'ont inspirée pour décrypter sa sensibilité. Pour elle, déposer ses ressentis en mots sur le papier c'est un peu comme résoudre une équation en maths: la visualiser
"Les problèmes c'est comme les équations, tant qu'on ne les pose pas, impossible de les résoudre"
Générerait-on des idées en résolvant des problèmes ? C'est une idée...
Sources
Christine Bastin (2018). Le réseau cérébral par défaut : un repos qui n’en est pas un. Revue de neuropsychologie, 10, 232-238. https://doi.org/10.1684/nrp.2018.0469
Philippe Pajot (2014) " A la recherche de la généralité maximale" La recherche 485 https://www.larecherche.fr/3-%C3%A0-la-recherche-de-la-g%C3%A9n%C3%A9ralit%C3%A9-maximale
Fabrice Micheau (2024) "Carte Blanche N°19 F. Micheau reçoit P. Guillemant ingénieur physicien, Centrale. Dr physique." https://www.youtube.com/watch?v=jxPabl_pQA4&t=1650s
Pierre Ropert (2014) "Les notes manuscrites de Grothendieck, un trésor des mathématiques maintenant en libre accès" France Culture https://www.radiofrance.fr/franceculture/les-notes-manuscrites-de-grothendieck-un-tresor-des-mathematiques-maintenant-en-libre-acces-9857480
Cédric Villani (2017) "La naissance d'une idée" Conférence à L'USI https://www.youtube.com/watch?v=prpoogz36Sc
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