Phylo - Apprenez à séquencer un génome !
Un jeu pour entrer dans l'univers fascinant de la génétique.
Publié le 20 novembre 2024 Mis à jour le 20 novembre 2024
Y a-t-il une recette de la réussite ? Tous l’ont cherchée dans bien des secteurs. Parfois, il semble que certains touchent du doigt un certain temps une approche qui fait fureur et, finalement, cela finit par faire chou blanc. La plupart des créateurs savent qu’il s’agit plus souvent d’essais, d’erreurs et d’alignements de bons moments.
Qu’en est-il de l’école ? La plupart des enseignants adoreraient connaître les éléments qui assureraient les succès de chaque élève. Pour l’instant, les théories sont diverses et le plus souvent est privilégiée l’idée de l’influence de l’environnement social et familial. Est-ce que cela explique tout ? Non, cela serait trop simple et des mesures auraient déjà été mises en place. Et si nous nous trompions de cible ? Et s’il fallait voir du côté des gènes ?
La conception est en soi très controversée. Serions-nous génétiquement prédisposés à réussir ou non à l’école ? Pourtant, avec les avancées en génétique des dernières décennies, certains proposent cette piste depuis quelques années déjà.
Les premières recherches se sont intéressées aux vrais et faux jumeaux et auraient montré que les premiers avaient des résultats scolaires similaires, contrairement aux autres. Ce qui a laissé présager une composante génétique dans le succès scolaire. Depuis, les chercheurs se sont penchés sur le profil génétique des enfants et aussi celui de leurs parents. Ces derniers transmettraient en bonne partie les gènes qui favoriseraient ou pas la réussite à l’école. Même les réalisations socioéconomiques dans la vie adulte seraient influencées par la génomique.
D’autres études plus récentes ont montré la relation entre la génétique et les résultats académiques par le pointage polygénique. Ainsi, les scientifiques auraient additionné les effets des variations géniques avec les niveaux d’éducation obtenus dans une population donnée, entre autres. Parmi les plus ardents défenseurs de cette théorie, le généticien américain Robert Plomin, dans son livre « L’Architecte invisible » (2023), a décrit comment bien des gènes influencent autant nos attributs physiques que mentaux, dont la réussite scolaire et l’intelligence générale.
L’idée du chercheur est d’abord de déculpabiliser les parents qui auraient l’impression que tous leurs choix et leurs attitudes mènent aux échecs de leurs enfants à l’école. Ces effets seraient alors bien plus mineurs que ce qu’en disent les sciences sociales depuis des décennies. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne doivent pas s’occuper des petits. Néanmoins, ils doivent relativiser leurs répercussions sur les notes des enfants et s’assurer plutôt de leur apporter amour et soutien.
Un autre partisan, cette fois français, de la théorie est Franck Ramus. Celui-ci montre à travers diverses études réalisées à quel point les enfants sont influencés par les générations précédentes par rapport aux succès scolaires, aux potentiels troubles d’apprentissage ou de comportement qui seraient transmis génétiquement.
Ces théories ont de quoi soulever une multitude de questions et de craintes. Le système scolaire habitué de juger sa masse d’élèves sous les déterminants socioéconomiques pourrait être tourmenté par ces recherches.
Tout ne tiendrait-il qu’à une loterie génétique ? Certains en doutent, d’ailleurs. Il s’agit, selon bien des critiques, d’une nouvelle démarche eugéniste qui mettrait toute la faute sur une génétique, poussant ceux n’ayant pas eu de chance chez les « élèves indésirables » qui n’auraient pratiquement aucun soutien. Les partisans de l’approche génomique s’en défendent. Ramus écrit, par exemple, dans cette chronique de l’Express que, au contraire, le but n’est pas de classer les enfants. De toute façon, comme il l’affirme, cela se fait déjà consciemment ou non chez les enseignants par la race, le milieu socioéconomique, etc. L’idée serait plutôt d’avoir un portrait plus juste de la réalité de chaque élève et d’ajuster les approches didactiques en conséquence de ce qui est su.
Il réfute d’ailleurs l’idée d’une approche scientifique de droite, voire d’extrême droite. La science n’a, pour lui, aucune valeur politique. Elle est objective. Robert Plomin, de son côté, se considère plus un homme de gauche, par ailleurs, tout en étant partisan de cette théorie.
Cela ne convainc toutefois pas des critiques comme Catherine Bourgain, directrice de recherche de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) en génétique humaine qui, en plus d’y voir une approche idéologique dangereuse, estime que les méthodologies utilisées jusqu’à maintenant sont bancales. La plupart des échantillons pris ne seraient pas représentatifs de la population humaine dans son ensemble et emploient des mesures scolaires qui seraient sorties de leur contexte.
Un autre critique, Julien Larregue, un postdoctorant en sociologie des sciences, trouve qu’il s’agit d’une façon d’éclipser les sciences sociales de l’éducation. Surtout, il souligne un aspect paradoxal : à supposer que la génétique aurait vraiment 50 % ou 60 % d’influence sur les capacités scolaires, cela laisse quand même une marge de 40 % à 50 % d’effets provenant de l’environnement. Totalement ignorer cet aspect serait contreproductif, même sur le principe des capacités génétiques.
Alors, qui croire ? Et si la réponse se trouvait entre les deux ? Ce critique de l’approche génétique affirme dans son texte le postulat suivant (traduction libre).
Nous savons quoi faire pour nos élèves : les nourrir, les sécuriser, respecter leur autonomie, les mettre au défi et les soutenir, leur donner l’espace pour échouer, supprimer la ségrégation de leurs écoles et leurs quartiers, aider les professeurs […] Ce n’est pas mystérieux et les remèdes à nos problèmes ne se trouvent pas dans l’ADN.
Peut-être pas complètement mais, si les recherches venaient à montrer bel et bien dans les prochaines années et décennies que certains gènes jouent un rôle important dans l’apprentissage, pourrait-on les nier ? N’aurions-nous pas intérêt à les prendre en compte comme des informations pour mieux accompagner l’enfant dans son émancipation ? Le danger d’eugénisme génétique est présent, sans aucun doute. Tout baser sur le simple profil actuellement semble insensé. Néanmoins, un portrait social et génique complet ne serait-il pas l’idéal pour tous les acteurs en éducation ? La question est lancée.
Image réalisée par IA (Copilot)
Références :
Bourgain, Catherine. "Réussir à l’école, une prédisposition génétique ?" Archive Ouverte HAL. Dernière mise à jour : 18 janvier 2024. https://hal.science/hal-04397970/document.
Larregue, Julien. "Réussite scolaire : « Rien ne permet d’affirmer que le QI est lié pour 50 % au patrimoine génétique »." Le Monde.fr. Dernière mise à jour : 20 mai 2018. https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/20/reussite-scolaire-non-la-genetique-ne-determine-pas-tout_5301859_3232.html.
"L’ADN, facteur de succès académique?" Pieuvre.ca. Dernière mise à jour : 8 septembre 2024. https://www.pieuvre.ca/2024/09/08/societe-education-enseignement-adn/.
Mahler, Thomas. "Robert Plomin : "Les parents et l’école influent peu sur la réussite des enfants"." L'Express. Dernière mise à jour : 12 janvier 2023. https://www.lexpress.fr/sciences-sante/robert-plomin-les-parents-et-lecole-influent-peu-sur-la-reussite-des-enfants-D2AB2XQ4DNAYRGFUDAWZTHY5OU/.
Olson, Richard, Brian Byrne, et Katrina Grasby. "Les gènes peuvent influencer jusqu’à 80 % les résultats scolaires." The Conversation. Dernière mise à jour : 27 juin 2016. https://theconversation.com/les-genes-peuvent-influencer-jusqua-80-les-resultats-scolaires-61321.
"A parent’s genes can influence a child’s educational success, inherited or not." UCL News. Dernière mise à jour : 6 mai 2022. https://www.ucl.ac.uk/news/2021/aug/parents-genes-can-influence-childs-educational-success-inherited-or-not.
Ramus, Franck. "Quand les sciences sociales rencontrent la génomique." Ramus Méninges. Dernière mise à jour : 29 octobre 2024. https://ramus-meninges.fr/2024/10/13/sciences-sociales-genomique/.
Ramus, Franck. "Réussite scolaire : que faire face à la loterie génétique ? Par Franck Ramus." L'Express. Dernière mise à jour : 11 avril 2023. https://www.lexpress.fr/sciences-sante/reussite-scolaire-que-faire-face-a-la-loterie-genetique-par-franck-ramus-V5D7ORM46VEQZLM4AJN5FU3NEM/.
"Same genes predict educational attainment and socioeconomic success." MedicalResearch.com. Dernière mise à jour : 7 juin 2024. https://medicalresearch.com/same-genes-predict-educational-attainment-and-socioeconomic-success/.
"Selon ce généticien, l’ADN a plus de poids sur la personnalité des enfants que l'éducation des parents." Parole De Mamans. Dernière mise à jour : 7 février 2024. https://paroledemamans.com/ma-vie-de-maman/psycho-2/selon-ce-geneticien-ladn-a-plus-de-poids-sur-la-personnalite-des-enfants-que-leducation-des-parents.
Warner, John. "Why we shouldn't embrace the genetics of education." Inside Higher Ed. Dernière mise à jour : 25 juillet 2018. https://www.insidehighered.com/blogs/just-visiting/why-we-shouldnt-embrace-genetics-education.