La différence a toujours existé mais on ne s’y est peut-être pas intéressé au même degré que de nos jours. Impulsée par un vent inédit en France en 1789 avec l’avènement de la Déclaration de l’égalité du genre humain, puis renforcé par la mondialisation des intérêts communs à travers le rapport de Brundtland sur le développement durable, notamment la construction des sociétés plus inclusives, il fallait s’attendre à ce que l’école s’adapte à ces changements.
C’est ainsi que la loi portant sur « L'égalité de droits et de chance, la participation à la citoyenneté des personnes handicapées »(février 2005), et celle de 2013 sur « L’orientation et la programmation pour la refondation de l’école de la République », sont mises sur pied en vue d’adapter de l’école aux besoins de tous. Ainsi, les élèves et les enseignants ont dû s’accommoder de la présence de nouveaux scolarisés atypiques qu’il faillait accompagner, surtout côté enseignant, afin qu’ils réussissent leur scolarité.
S’il est vrai que les plus jeunes élèves ne s’intéressent pas réellement à la différence quelle qu’elle soit, une fois cheminant vers l’âge de raison, des questions sur la différence fusent, et parfois même, les élèves n’étant pas considérés différents sont tout simplement marginalisés. Face à cette réalité, comment l’école parvient-elle à travers l’enseignant à créer un climat d’apprentissage bienveillant facilitant l’apprentissage des élèves ? Un contexte malveillant peut affecter l’expérience scolaire de l’élève, encore plus s’il est confronté à des difficultés physiologiques.
C’est quoi la différence ?
La différence fait partie des mots dont la définition est connue de tous, tout en restant difficile à définir. Heureusement qu’il existe des usuels pour trancher le débat. Selon le Centre national des ressources textuelles et lexicales (CNRTL), elle un caractère qui, à la suite d’une comparaison distingue un être ou une chose des autres personnes ou choses. C’est donc quelque chose qui est propre à chaque élève, pouvant influer sur sa capacité d’apprentissage. De la sorte, l’identification des besoins prioritaires de chacun par l’enseignant représente un facilitateur pour l’acquisition des connaissances.
Sachant les types les différences d’ordre socioaffectif, cognitif, scolaire, recensés par Jean-Michel Zahkartchouk, les différents besoins énoncés par Maslow sont étroitement liés aux sources de marginalisation telles que abordé par Robert Castel :
- la pauvreté,
- le chômage,
- la dépendance addictive, affective et
- le handicap physique.
Malheureusement, elles débouchent sur une catégorisation si stigmatisante que Castel préfère le terme désaffiliation au terme «exclusion sociale» ou «marginalisation», qu’il regroupe en trois catégories :
- la zone d’intégration caractérisé par la stabilité sociale,
- celle vulnérable et la dernière
- la zone de désaffiliation qui regroupe des personnes en décrochage.
Au vu de l’importance du bon management de la différence pour une bonne scolarisation des apprenants, comment l’école parvient-elle à gérer ces différences ?
La différenciation pédagogique et son effet sur le climat de classe
Afin de rendre la scolarisation des élèves plus inclusive, plusieurs méthodes pédagogiques ont été mises sur pied, notamment le mode individuel, mutuel, en passant par celui simultané, pour finir par l’avènement de la différenciation pédagogique.
La première méthode consiste à prendre chaque enfant individuellement pour lui enseigner une leçon par exemple, la deuxième utilise le système de tutorat et la simultanée suppose un usage différent de supports didactiques en vue de s’adapter aux besoins particuliers de chaque élève.
La différence perçue
Comme une suite logique à ces méthodes, Appoline Grevet dans son mémoire de Master «Aborder le thème de la différence avec les élèves afin de créer un climat de classe propice aux apprentissages», choisit d’expérimenter la différenciation pédagogique d’une manière assez innovante dans sa classe de CE2 (3ième année élémentaire), en vue d’apaiser les tensions entre les camarades qui se moquaient de leurs comparses atypiques, créant un environnement de travail assez chaotique.
Pour avoir une image globale de la classe, sur un total de vingt-huit (28) élèves, l’on peut compter quatre élèves possédant des troubles de toutes sortes à savoir le TDAH, la myopathie, la maladie de William-Beuren, et la dyslexie et la dysorthographie.
En vue de créer un climat d’apprentissage bienveillant, sur plusieurs semaines, l’enseignante a mis sur pied une démarche pédagogique subdivisée en trois (03) phases à savoir :
- questionner les élèves sur leur perception de la différence,
- la mise en exergue de la différence à travers un exercice simple : ramener de chez soi un objet qui caractérise chaque élève, et enfin
- faire une charte de la différence afin de garder une trace écrite de leur activité. Ceci pour rappeler aux élèves en cas d’écart de comportement l’importance d’être tolérant vis-à-vis de la différence
Contre toute attente, les élèves ont été réceptifs et, au final, ils ont pris conscience de l’injustice qu’ils faisaient vivre à leurs camarades ce qui a amélioré considérablement le climat de classe.
Somme toute, la meilleure manière d’enseigner la différence c’est la communication; l’éducation débouchant sur une prise de conscience réelle des effets négatifs de l’intolérance pour la personne qui subit cette forme de stigmatisation.
Si des discussions constructives concernant l’importance du respect de la différence quelle qu’elle soit, sont organisées au sein des familles, il est fort probable que les humains seraient moins injustes les uns envers les autres.
Illustration : Rosy / Bad Homburg / Germany - pixabay
Références
Grevey Apolline - Aborder le thème de la différence avec les élèves afin de créer un climat de classe propice aux apprentissages, Mémoire de Master, Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation, en ligne- https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03253468v1
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